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Critique de film
Le film

Le Grand Chef

(CHief Crazy Horse)

Partenariat

L'histoire

Le Major Twist (John Lund), retraité de la cavalerie américaine, revient sur les lieux où s’est déroulée la fameuse bataille de Little Big Horn qui vit la défaite du Général Custer face aux guerriers indiens. L’ancien officier ne retrouve plus dans ces plaines verdoyantes les beaux et majestueux campements indiens qui s’y épanouissaient, notamment ceux de la tribu des Sioux Lakotas dirigée par Crazy Horse (Victor Mature). Perdu dans ses souvenirs, il va nous narrer à présent l’histoire de ce grand chef avec qui il était devenu ami alors que, blessé, il fut amené dans son campement pour y être soigné. En 1854, avant de mourir suite à une blessure de guerre, le chef Conquering Bear prophétisa la venue d’un grand guerrier qui unirait toutes les tribus afin de remporter une grande victoire sur les Blancs, mais qui serait tué peu après de la main même d’un Indien Lakota. Pendu à ses lèvres, le tout jeune Crazy Horse (nommé ainsi après qu’un cheval fougueux ait traversé le campement le jour de sa naissance) a peu après une vision lui faisant se persuader que c’est de lui dont parlait Conquering Bear. Les années passent, les signes se multiplient pour Crazy Horse quant à la prophétie et les différents traités signés entre Indiens et Blancs se voient bafoués. Il est d’autant plus difficile pour les Tuniques bleues de faire régner la paix que de l’or a été trouvé dans les Black Hills ; les prospecteurs avides ne respectent plus les terres indiennes et Crazy Horse n’accepte pas qu’on vienne fouler le peu de territoire que les Blancs ont laissé à son peuple. Dans l’enceinte de son campement, il se voit dans le même temps jalousé par son cousin Little Big Man (Ray Danton) qui, comme lui, souhaiterait épouser la jolie Black Shawl (Suzan Ball). Malgré les efforts de Twist pour éviter que les guerres indiennes ne reprennent, les éléments vont se liguer contre une solution pacifique et les morts vont bientôt joncher les plaines...

Analyse et critique

Six mois après Sitting Bull, c’est un autre chef du peuple Sioux qui a l’insigne honneur de se voir figurer en tête d’affiche d’un western pro-Indien. Et c’est au cinéaste qui a pour l’instant le plus œuvré pour la défense des Natives américains dans le cinéma hollywoodien (plus encore que Delmer Daves, avec notamment Sur la piste des Comanches - Comanche Territory, Tomahawk et Au mépris des lois - The Battle of Apache Pass) de signer ce Chief Crazy Horse. La réhabilitation de George Sherman ayant été faite en France ces dernières années par Bertrand Tavernier et Patrick Brion en premier lieu, il est toujours aussi surprenant de constater dans 50 ans de cinéma américain que le duo Coursodon/Tavernier ait pu mettre sur un même pied d'égalité Tomahawk et Le Grand chef : "... Mais la vision de Tomahawk, biographie de Jim Bridger et de Chief Crazy Horse, pénible plaidoyer pro-Indien, est accablante." En effet, avec les mêmes intentions honorables de départ et la même indubitable sincérité, nous nous trouvons avec d’un côté une éclatante réussite et de l’autre un immense ratage. Vous ayant déjà dit tout le bien que je pensais de Tomahawk ainsi que de quasiment tous les premiers westerns de George Sherman pour la Universal, il n’est pas difficile de deviner que la vision de Chief Crazy Horse me fut assez pénible ; et de constater par la même occasion que depuis ce puissant et émouvant Tomahawk, la filmographie westernienne du cinéaste ne cesse de décliner, Les Rebelles (Border River) ayant été lui aussi, juste avant, assez catastrophique !

Après le portrait du chef spirituel qu’était Sitting Bull tracé dans un film de Sidney Salkow ma foi plutôt réussi, c’est donc au tour d’une autre forte personnalité de la nation Sioux de s’avancer sur les devants de la scène : Crazy Horse, chef d’une tribu des Lakotas Oglalas. Comme le montre le film de George Sherman, Crazy Horse aurait bien été présent lors des derniers instants du chef Conquering Bear, mortellement blessé durant l’attaque de son camp par les troupes américaines. C’est après avoir assisté à cet instant qui l'aura fortement marqué que le jeune adolescent aurait effectivement erré plusieurs jours dans les plaines et qu’il aurait eu une vision qui le guidera le reste de sa vie. Il se bâtira une solide réputation de guerrier indomptable, courageux et énergique, faisant subir à la cavalerie ses pires défaites, ce qui le conduira logiquement à prendre le commandement lors de la fameuse bataille de Little Big Horn. Alors que Sitting Bull de Sidney Salkow s’était concentré sur une période historique très courte, le film de George Sherman ambitionne de suivre le chef indien Crazy Horse de sa prime jeunesse à sa mort en à peine 85 minutes. Le choix ne semble pas avoir été judicieux car, alors que le scénario de Sitting Bull se révélait assez bien écrit et fort intéressant, celui de Chief Crazy Horse ne nous apprend pas grand-chose, se contentant d’aligner des séquences sans grand liant entre elles, sans aucune intensité dramatique. Et puis, si Jeff Chandler, Burt Lancaster ou Robert Taylor étaient convaincants à défaut d’être crédibles dans la peau d’Indiens d’Amérique, il faut bien admettre que ce n’est pas le cas de Victor Mature qui est pour beaucoup dans l'impression de naïveté et de niaiserie que dégage le film ; et l'on atteint des sommets d’emphase risible lors des séquences de vision qu'on pourrait croire hors contexte et sortir tout droit d’un péplum, d'autant qu'elles sont portées par des chœurs célestes qui feraient presque regretter tout le bien dont on peut penser de la partition de Frank Skinner.

Le ratage du film est d’autant plus rageant que les premières images nous laissaient présager un western ample et majestueux, George Sherman confirmant sa parfaite maitrise du cadre. Il n’est même pas interdit de penser que l’utilisation du Cinémascope dans ce western est encore plus impressionnante que celles préalables d’Otto Preminger pour Rivière sans Retour (River of No Return) ou de Henry Hathaway pour Le Jardin du diable (Garden of Evil), ce qui n’est pas peu dire ! Si l’on pourrait trouver à redire concernant les gros plans ainsi que ceux d’un ridicule achevé nous faisant comprendre l’immense amour que Crazy Horse porte à son épouse, tous les plans d’ensemble sont d’une beauté à couper le souffle ; ceux sur le campement indien, ceux montrant l’avancée des soldats au milieu de la plaine verdoyante, ceux des mises en place des batailles... Bref, un splendide livre d’images d’autant plus que la photographie est superbe et que les costumes et coiffes sont rutilants (même si loin de la véracité historique sans que cela ne nous gêne vraiment) : rarement un campement indien aura été aussi photogénique. L’exaspération nous reprend d’autant plus accentuée que, au vu des moyens financiers restreints (le plus grande partie du budget semblant avoir été affectée dans la fabrication des costumes ainsi que dans le matériel nécessaire au tournage en Cinémascope), au milieu de la plupart de ces plans magnifiques viennent s’intercaler des stock-shots hideux pour d’une part avoir bien vieilli et, pire encore, pour avoir été pris de films au format 1.37 que l’on a étirés pour les transformer en images larges. Les scènes de transition (avec voix off) et de batailles sont donc composées d’une succession de très beaux plans filmés par George Sherman et d’autres (pour les parties mouvementées principalement) tirés de films plus anciens. Autant dire que ces séquences, de spectaculaires deviennent vite pénibles au possible et que l’on abdique très rapidement devant ce mélange ô combien inharmonieux ! Les auteurs ont eu la bonne idée de nous épargner la bataille de Little Big Horn, le nombre de figurants à leur disposition étant minime et de toute manière ce fait historique avait été très bien reconstitué dans le film de Sidney Salkow qui pourtant ne devait pas avoir bénéficié d’un budget bien plus conséquent.

Le Grand chef est un film dont il ne nous viendrait pas à l'idée de douter de sa sincérité, mais il se révèle tellement naïf et dépourvu du moindre sens de la dramaturgie que l'on ne s’y passionne à aucun moment, pas plus que l’on ne s’attache aux personnages. Cependant Frank Skinner a composé une très belle partition et George Sherman se fait plaisir à filmer les magnifiques paysages des Black Hills avec un sens du cadrage en scope assez hallucinant. Par le fait de pouvoir contempler le superbe travail de Sherman à la composition de ses plans de paysages (filmés sur les lieux où se sont déroulés les faits et non au Mexique comme pour Sitting Bull), pour le foisonnement de couleurs des costumes, pour John Lund qui s’avère décidément un comédien attachant ainsi que pour la beauté de la photographie, ce western peut à la limite faire passer un bon moment. Autrement, c'est malheureusement plus que moyen et de plus en plus ennuyeux à mesure que le film avance ; nous sommes avec ce western pro-Indien très puéril à des années lumières du puissant Tomahawk ! A noter pour finir que ce sera la dernière apparition dans le rôle de l’épouse de Crazy Horse de l’actrice Suzan Ball qui mourut cette année-là d’un cancer à seulement 22 ans. En revanche, dans le rôle de Little Big Man (personnage n'ayant strictement rien à voir avec celui que dépeindra Arthur Penn plus tard) , Ray Danton fit ici ses débuts à l'écran.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 31 octobre 2012