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Critique de film
Le film

Le Collier de fer

(Showdown)

Partenariat

L'histoire

Chris Foster (Audie Murphy) et Bert Pickett (Charles Drake) arrivent dans la ville d’Adonde pour encaisser leur paie. Ivre et mécontent d’avoir perdu aux cartes, Bert provoque une bagarre au saloon : les deux compères sont arrêtés par le shérif. A défaut de prison, ceux qui auraient mérité d’y être enfermés sont à la place enchaînés par des colliers de fer accrochés à un mât installé au plein milieu de la rue. Nos deux cow-boys ont pour voisins de "potence" une bande de malfrats capturés ce même jour et commandés par l’inquiétant Lavalle (Harold J. Stone). Profitant de la nuit, ils déterrent le poteau et réussissent tous à s’échapper après avoir causé quelques morts lors d’une fusillade et avoir emporté le contenu du coffre-fort de l'endroit où ils s’étaient réfugiés le temps de récupérer armes et chevaux. Chris et Bert sont malgré eux entraînés dans cette évasion ; ils vont avoir fort à faire pour sauver leur tête, simultanément otages des bandits et recherchés par la police. Une femme va être mêlée à tous ces événements : l’ancienne petite amie de Bert (Kathleen Crowley) qui va causer encore plus de ravages...

Analyse et critique


Même si les années 50 furent les plus prolifiques pour celui que les critiques français avaient l’habitude de nommer le "comédien au visage poupin", Audie Murphy tourna encore énormément durant la décennie suivante. Pour preuve, en 1963, avant le western qui nous concerne ici, Audie Murphy avait déjà été en tête d’affiche de cinq autres films. L’ultra prolifique réalisateur R.G. Springsteen ayant sillonné entre Republic, Universal et Paramount, et régulièrement associé dans les années 60 au tristement mauvais producteur A.C. Lyles spécialisé dans le recyclage d’ex-stars vieillissantes, il allait de soi que son nom au générique d’un western pouvait souvent faire craindre le pire, surtout au regard de certaines productions non seulement fauchées mais de plus extrêmement médiocres, voire nullissimes - cf. l’effroyable navet que sera Taggart (5 000 dollars mort ou vif). Ce n'est pas le cas de ses deux films avec Audie Murphy, et l'on peut dire à cette occasion que les amoureux de cet acteur estampillé Universal ont bien de la chance car malgré le fait que ce soit quasiment tous "d’obscurs films de séries B" - ces termes ne sont pas employés ici dans un sens péjoratif -, la majorité des titres de sa carrière sont disponibles dans notre contrée sur galettes numériques (on passera expressément sous silence celui sorti dans une honteuse version pan & scan).


Pour en revenir à Springsteen, son précédent western avec Audie Murphy, La Patrouille de la violence (Bullet for a Badman), n’avait pas été trop déplaisant. On ne demandait pas au cinéaste ni de révolutionner le genre ni d’être novateur, puissant ou original ; on attendait juste un honnête divertissement. C'était en effet le cas comme cela le sera donc également pour ce Showdown qui arrive presque à se hisser au niveau de l’un de ses meilleurs films, Cole Younger, Gunfighter, dont Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon parlaient dans leur 50 ans de cinéma américain comme du seul scénario adulte qu’eut Springsteen entre les mains. Comme pour Bullet for a BadmanLe Collier de fer partait sur un sacré potentiel de départ - celui notamment que reprend le titre français - avec d’autres éléments plutôt originaux et notamment une intrigue pleine de bruit et de fureur. Imaginez une petite ville de l’Ouest privée de prison - pour on ne sait quelles raisons - et qui pour la remplacer a érigé un mât au centre de la rue principale où sont fixées une dizaine de chaînes, avec à chacune à leur extrémité un "collier de fer" servant à emprisonner les malfrats ainsi coincés par le cou. Le shérif a décidé de faire ainsi "prendre l’air" aux habitants un peu trop turbulents le temps d’une ou deux journées ; et c’est ce qui arrive au début du film à nos deux "héros" qui avaient provoqué une bagarre un peu vigoureuse dans le saloon.


Seulement, viennent les rejoindre toute une bande de dangereux malfrats que les autorités pensent mener au tribunal et pendre dès le lendemain. Il va sans dire que ces bandits vont tout faire pour se sauver ; alors que le garde s’est endormi, le chef de bande demande à ses hommes et à ses "voisins" de creuser discrètement le sol avec les mains autour du poteau afin de le desceller. Ils vont y passer toute la nuit et au petit matin, alors que la surveillance s’est relâchée, ils font basculer le m^tt et s’en servent alors comme bélier pour défoncer la porte d’une pièce où sont stockés les armes et le coffre-fort de la ville. Ce n'est ni une question de chance ni de hasard puisqu'un citoyen-prisonnier attaché à leurs côtés leur avait indiqué ce lieu où ils pourraient se procurer tout cela. Les outlaws en profitent pour se libérer de leurs entraves, pour se servir en fusils et en pistolets, pour soutirer l’argent du coffre et enfin pour fuir grâce aux montures qu’ils trouvent à l’arrière du bâtiment. Le tir étant nourri à l’extérieur, les morts s’accumulant tout autour, nos deux cow-boys, de peur de recevoir une balle perdue, se carapatent eux aussi. Ils tombent peu après à nouveau sur les scélérats qui les prennent en otage. En effet, dans la ville frontière où ils se trouvaient juste auparavant, Bert a subtilisé 12 000 dollars en obligations. Une indiscrète maladresse fait que ce pactole volé n'est plus un secret pour personne. Bert pense alors acheter sa liberté avec ce butin ; le chef de la bande le prend au mot mais l'envoie se faire payer ces actions en liquide, s’estimant trop connu dans la région pour pendre ce risque. Comptant sur l’amitié des deux hommes, il menace Bert d'abattre son compagnon s’il ne revient pas avec l’argent.


Voici nos deux hommes malchanceux pris entre deux feux, coincés entre les criminels et la police qui est partie à leur recherche. L’arrivée de la petite amie de Bert - dont les mérites sont vantés depuis le début de l’intrigue et à maintes reprises par son compagnon - va générer des dangers supplémentaires. En effet, elle est désormais en possession des obligations censées délivrer Chris - alors que Bert s’est fait rattraper et appréhender de nouveau par la bande - et ne veut surtout pas les restituer puisque l’on se rend vite compte qu’elle ne conçoit en fait que haine et mépris envers son soi-disant amant. Je ne vous en dirai pas plus afin de ne pas déflorer un plus grand nombre d’éléments du récit. Mais cette brève description aura probablement dû vous donner un aperçu de l’originalité d’une histoire qui de plus se révèle d’une rare noirceur, seul le personnage interprété par Audie Murphy pouvant être considéré comme droit et digne même si son honnêteté et sa naïveté ne l’empêcheront pas de n'avoir aucune hésitation lorsqu'il lui faudra tirer dans le dos de ses adversaires ou abattre leurs montures pour sauver sa peau. Le fait que le comédien soit un peu fatigué et qu’il ait pris un peu d’embonpoint rend son personnage de cow-boy accablé par la lassitude, mais constamment loyal, très crédible et très humain.


Si Harold J. Stone n’est pas forcément convaincant / inquiétant en chef de gang, la palette de seconds rôles interprétant ses hommes s'avère en revanche savoureuse ; même si très peu bavards, les excellents L.Q. Jones, Skip Homeier ou Henry Wills font leur effet surtout d’ailleurs à cause de leur laconisme. Charles Drake - déjà à maintes reprises le partenaire d'Audie Murphy - est très bon dans la peau du protagoniste le plus ambigu du récit et dont les mauvais côtés ressortiront au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue. Quant à Katherine Crowley, elle s'avère bien plus charmante que talentueuse, surtout lors de la séquence un peu pénible au cours de laquelle elle raconte à Audie Murphy ses malheurs passés. On appréciera par contre les deux enfants-comédiens que l’on retrouvera à plusieurs reprises tout au long de ce récit et qui lui apportent une dimension dramatique supplémentaire. S’il n'est pas dénué de défauts, le script de Bronson Howitzer - pseudonyme de Ric Hartman, scénariste très prolifique à la télévision dans le domaine des séries westerniennes - se tient plutôt bien et R.G. Sprinsteen nous surprend par son inspiration dans la composition de certains plans, par sa belle utilisation des paysages de Lone Pine et par une belle efficacité dans sa gestion des scènes d’action, lui qui ne nous avait pas spécialement habitués à une telle vigueur et à un tel savoir-faire. Notons également une partition d’un beau lyrisme de la part de l'un des compositeurs hollywoodiens les plus injustement méconnus, le génial Hans J. Salter, ainsi qu’une très jolie et âpre photographie signée Ellis W. Carter. Dommage que Audie Murphy n’ait pas reconnu cette dernière qualité, lui qui avait menacé de ne pas faire le film par le simple fait qu’il soit tourné en noir et blanc - pour des raisons budgétaires et non artistiques. Il avait dit d'ailleurs qu’on ne l’y reprendrait plus, ce qui fut effectivement le cas !


Loin d’être un grand western, Le Collier de fer est néanmoins une sympathique réussite de la série B qui devrait tout autant plaire aux amateurs de westerns mouvementés aux nombreuses péripéties et à l’action soutenue qu’à ceux qui apprécient plus particulièrement les films noirs dont il reprend ses éléments les plus sombres, et notamment une galerie de personnages peu recommandables ainsi qu'une atmosphère sinistre parfois teintée de barbarisme et de sadisme. Enfin, pour l’anecdote, il s'agira du dernier western produit sous l’appellation Universal-International.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 11 novembre 2017