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Critique de film
Le film

La Patrouille de la violence

(Bullet for a Badman)

Partenariat

L'histoire

Griffin, une petite ville du Texas où Logan Keliher (Audie Murphy), ancien Texas Ranger, coule désormais des jours paisibles en tant que fermier auprès de sa jeune femme Susan (Beverley Owen) et de son fils d’une dizaine d’années. Jusqu’au jour où il se trouve pris dans une fusillade qui a lieu alors que Sam Ward (Darren McGavin) cambriole la banque avec sa bande. Tous les membres de cette dernière sont décimés sauf son chef qui, blessé à l'épaule, arrive néanmoins à fuir avec le magot. Sam se réfugie chez Susan dont on apprend qu’elle fut son épouse avant qu’il ne devienne un criminel et soit conduit en prison. Avant de mal tourner, il fit également partie des Texas Rangers aux côtés de Logan. S'il a attaqué la banque de Griffin, c’était dans le but de tuer ce dernier, jaloux du fait qu’il lui ait "pris" sa femme et son enfant. En s’enfuyant à nouveau après que Susan lui a dit que c’était définitivement fini entre eux, Sam jure d’assassiner Logan. Sachant désormais ses jours en danger, celui-ci organise une milice pour le rattraper et l’empêcher définitivement de nuire. Seulement, tous les volontaires de la patrouille n’ont qu’une idée en tête : s’accaparer du butin et prêts à s’entretuer pour y arriver. De leur côté, les Apaches belliqueux ne vont pas faciliter la tâche de Logan déjà bien compromise...

Analyse et critique

Pour la décennie qui nous concerne ici, La Patrouille de la violence est déjà le sixième western interprété par Audie Murphy. Autant dire que même si les années 50 furent les plus prolifiques pour le "comédien au visage poupin" (ce constat pouvant d’ailleurs également s’appliquer au western en général dont ce fut l’âge d’or), les suivantes ne laissèrent pas reprendre son souffle au "plus grand héros de la Seconde Guerre mondiale". Contrairement à ce que l'on aurait pu craindre, la qualité de ce corpus 60's demeura presque tout aussi honorable que le précédent malgré évidemment quelques petits ratés - Le Diable dans la peau (Hell Bent for Leather) de George Sherman. Le western de R.G. Springsteen, malgré la faible réputation de son réalisateur et sans posséder les qualités de ceux signés par Harry Keller, s’en sort relativement bien même s’il demeure dans l’ensemble assez moyen. Springsteen devant être souvent associé au producteur A.C. Lyles durant ces années, il allait de soi que son nom au générique pouvait faire craindre le pire au regard de ces productions non seulement fauchées mais de plus extrêmement médiocres. Les principales qualités de Bullet for a Badman pourraient alors provenir non seulement des magnifiques décors naturels mis à disposition de l’équipe de tournage, mais également du roman à l’origine du scénario écrit par Marvin H. Albert. Celui-ci fut déjà l'auteur du livre que John Sturges adaptera pour son psychologiquement très efficace Trésor du pendu (The Law and Jake Wade) ainsi que des ouvrages mettant en scène le détective le plus "cool" de la littérature policière, le fameux Tony Rome que campera à l’écran avec une délicieuse désinvolture Frank Sinatra dans deux films au moins tout aussi réjouissants réalisés par Gordon Douglas.

En effet, si le scénario n’a pas le temps en à peine 75 minutes de fouiller plus avant la psychologie de ses personnages, il bénéficie tout du moins des situations assez originales du roman qu’il adapte. Jugez plutôt ce postulat de départ qui aurait facilement pu faire de ce film un très émouvant western mélodramatique (à défaut de l’être, La Patrouille de la violence se suit néanmoins sans trop d’ennui). Audie Murphy interprète un ancien Texas Ranger qui s'est marié avec l’épouse d’un de ses "collègues" après que celui-ci est passé du mauvais côté de la loi au point de se faire appréhender et jeter en prison. Mère d’un petit garçon à l’époque, la jeune femme s’était retrouvée seule du jour au lendemain ; le brave Logan s’était alors senti dans l’obligation de prendre soin d’elle et de l’aider à élever son fils, sans que celui-ci ne soit jamais mis au courant de l’existence de son véritable père. Quelques années plus tard, le vil Sam, qui a réussi à s’évader, va essayer de récupérer ceux qu’il pense encore lui appartenir, ayant décidé dans le même temps d’assassiner celui qui a pris sa place au sein de son foyer. La milice qui se constitue pour le poursuivre après qu’il a cambriolé une banque ne sera composée (hormis l’angélique Audie Murphy) que de canailles bien plus préoccupées du butin provenant du hold-up que de l’homme à ramener. Ils sont tous prêts à s’entretuer pour s’accaparer l’argent alors que le petit groupe est acculé par des Apaches sur le sentier de la guerre... On imagine bien qu’avec tous ces éléments, les situations mélodramatiques développées, les énormes possibilités concernant les scènes d'action, les retournements de situations et les motivations de chacun, cette Patrouille de la violence aurait pu être grandiose, à la manière d’un film de Budd Boetticher ou d’Anthony Mann. Comme nous le disions en début de paragraphe, il ne se révèlera pourtant que plaisant ; mais c’est déjà ça de gagné !

Car non seulement le couple de scénaristes, loin d’égaler Burt Kennedy ou Borden Chase, n'a ni le talent de ces derniers ni le temps d’approfondir les caractères ou les situations, mais l’interprétation s’avère de son côté très inégale. Si Audie Murphy est impeccable, tout aussi crédible en père de famille avec ses soucis ordinaires qu’en impitoyable tireur d’élite, Darren McGavin a du mal à nous convaincre dans la peau de ce salopard qui, dès la première séquence, afin de ne pas laisser de témoins, abat de sang-froid celui qui lui avait fourni les plans de la banque. Tenant le rôle souvent dévolu à Dan Duryea, il ne lui arrive évidemment pas à la cheville, ce qui rend bancales les relations entre les deux ex-amis qui avaient chacun bifurqué vers des chemins différents voire totalement opposés. Cela dit, la première séquence qui, à mi-film, nous rend le film enfin plus intéressant (les 40 premières minutes s’avérant assez laborieuses) est celle qui réunit de nuit les deux hommes et nous permet de comprendre les éléments de leur passé qui les ont amenés à cette inextricable situation. Dès ce moment-là, tout ce qui suivra, même si plus classique que ce qui a précédé, deviendra aussi bien meilleur puisque le spectateur a désormais toutes les cartes en main, ayant entre-temps appris les captivants tenants et aboutissants de l’intrigue. Paradoxalement, McGavin arrivera à nous émouvoir lors de la très belle séquence de rédemption finale, plus convaincant lorsqu'il retrouve un peu d’âme que dans son personnage de bad guy sans scrupules. Pour le reste du casting, si l’on est ravis de retrouver parmi les seconds rôles masculins (même s'ils sous-employés) les trognes d'Alan Hale Jr,. Edward Platt, Skip Homeier ou encore celle de George Tobias en old timer d’un cynisme sans fond, les deux actrices laissent sacrément à désirer, que ce soit la terne Beverley Owen dans le rôle de l’épouse ou la pénible Ruta Lee, l’une des Sept femmes de Barberousse de Stanley Donen, totalement déplacée ici dans le rôle de la femme dévoyée qui va essayer elle aussi de récupérer le magot.

Malgré un sacré potentiel de départ avec notamment une intrigue pleine de bruit et de fureur, La Patrouille de la violence se limite à un western de série B à budget très restreint au final sans réelles surprises, hormis donc celles octroyées par l’histoire originale ; un film qui se suit néanmoins avec un certain plaisir grâce à Audie Murphy et aux magnifiques décors naturels du Parc National de Zion situé dans le sud-ouest de l’Utah, et superbement photographiés par Joseph F. Biroc. De la part du cinéaste (qui tourna également pour le petit écran de nombreux épisodes d'Au nom de la loi ou Gunsmoke), on est même étonnés du rythme donné à certaines séquences d’action, comme celle de la milice poursuivie à cheval par les Indiens filmée à l’aide de superbes et longs travellings. Routinier, sans épaisseur ni ampleur, mais néanmoins suffisamment décent pour pouvoir satisfaire les aficionados du genre le temps d’un après midi pluvieux. A signaler enfin que l’efficace musique de Frank Skinner n’a pas été écrite spécialement pour le film mais provient d’autres de ses compositions précédentes, à commencer par le très beau thème principal que l’on entend au générique.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 30 mai 2015