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Critique de film
Le film

La Fille de Neptune

(Neptune's Daughter)

Partenariat

L'histoire

Betty Barrett (Betty Garrett) est une coureuse d'hommes. Après les footballeurs et les toreros, elle décide de jeter son dévolu sur un joueur de polo ; en effet, la société de création de maillots de bain dans laquelle elle travaille doit organiser un défilé pour une équipe sud-américaine venant jouer dans la région. Elle se jette immédiatement au cou de celui qu'elle prend pour le capitaine de l'équipe qui n'est en fait qu'un simple masseur (Red Skelton), "puceau" qui plus est. Sa sœur Eve (Esther Williams), estimant que le comportement de Betty est indécent, veut empêcher qu'elle ait une histoire avec ce sportif. Elle décide d'aller trouver le capitaine, le "vrai" (Ricardo Montalban), pour le contraindre à ne pas répondre à ses avances ; mais elle tombe amoureuse de ce dernier. Les deux filles pensant sortir avec le même homme, quelques quiproquos cocasses vont en découler. Vont aussi prendre part au "jeu" de dangereux gangsters ainsi que l'amoureux transi d'Eve, son associé (Keenan Wyn).

Analyse et critique

Neptune’s Daughter est le second film de l’association Esther Williams / Edward Buzzell (après Easy to Wed), les autres réalisateurs attitrés de la comédienne championne de natation ayant tout d’abord été Richard Thorpe puis l’excellent et mésestimé Charles Walters. Buzzell, sans parvenir à certains sommets que réussit parfois à atteindre Walters (y compris avec Esther Williams, voire plus tard Dangerous When Wet) fait le travail en grand professionnel, tout comme Richard Thorpe d’ailleurs mais avec un peu plus de dynamisme et d’efficacité. Quoi qu’il en soit, une fois encore, avant d’aborder un film de ce style, il faut de nos jours prendre quelques "précautions" et tenir compte de quelques avertissements préalables afin de savoir à quoi s’attendre. En effet, même si Red Skleton et Esther Williams étaient des valeurs sûres de la MGM à l’époque - voire même deux des "attractions" les plus rentables du studio du lion -, l’incompréhension pourrait s'avérer totale aujourd'hui surtout que nous ne sommes pas ici chez Vincente Minnelli ou chez Stanley Donen qui font pourtant déjà parfois grincer les dents de quelques cyniques n’ayant pas l’habitude du musical hollywoodien des années 40.


Imaginez par exemple Red Skelton, masseur puceau et un peu idiot, pourtant pris pour un célèbre joueur de polo sud-américain par une nymphomane interprétée par l’énergique Betty Garrett ! Red Skelton encore qui se travestit en femme pour se cacher, vêtu en maillot et bonnet de bain, au sein d’un groupe de nageuses (il l’avait déjà fait dans Le Bal des sirènes mais en tutu parmi une troupe féminine de danse) ! Le légendaire Mel Blanc - la célèbre voix de Bugs Bunny entre autres - en second couteau dans le rôle d’un Mexicain parlant avec l’accent de Speedy Gonzales, l’une de ses plus fameuses "créations" vocales ! On imagine aisément que nous sommes ici plus proches de Max Pecas que d'Ernst Lubitsch. Mais un Pecas dopé façon Tex Avery puisque certaines séquences cartoonesques virent parfois au splastick le plus déjanté - parfois bien plus que chez Frank Tashlin dont on a à mon humble avis souvent exagéré la loufoquerie -, notamment lors de la poursuite de Red Skelton par un mafioso interprété par Mike Mazurki. Le fameux The Naked Gun (Y-a-t'il un flic...) des ZAZ rendra d’ailleurs à plusieurs reprises hommage au film d’Edward Buzzell, notamment lors des séquences avec Ricardo Montalban qui fera effectivement partie des aventures de l’inénarrable inspecteur Leslie "Drebin" Nielsen. Certains pensent d'ailleurs que le comédien, à l'affiche des deux films, est à l'origine de ces idées de pastiches.


Si vous n'êtes donc allergiques ni au cabotinage éhonté de Red Skelton - qui ferait passer le jeu de Jack Nicholson pour de l'underplaying - ni à la bêtise d'un scénario cependant rempli de quiproquos assez drôles, ni encore au kitsch coloré de ce genre de comédies musicales destinées uniquement au pur divertissement, vous pourriez tout comme moi trouver ce Neptune's Daughter assez jubilatoire même au bout de plusieurs visions. Il se situe exactement dans le même style et la même lignée que le réjouissant Bal des sirènes (Bathing Beauties) de George Sidney, y compris dans la mise en scène et la manière de filmer et de monter les numéros musicaux aquatiques ou exotiques : c'est-à-dire une caméra toujours en mouvement, un montage parfois très cut et assez euphorisant (le ballet final des plongeons) ainsi que des travellings assez savants, notamment ici lors du numéro I Love those Men chanté par Betty Garrett. Parlons-en justement plus en détail de cette bande originale plutôt réussie signée Frank Loesser, à commencer par On a Slow Boat to China, morceau durant lequel on assiste à un bien sympathique défilé de mode de maillots de bains, mais surtout la superbe Baby, It's Cold Outside qui récolta à juste titre l'Oscar de la meilleure chanson en 1949 et dont la version la plus célèbre sera sans doute celle réunissant Dinah Shore et Buddy Clark.


Une chanson qui a tout récemment, fin 2018, fait le buzz après avoir été interdite d’antenne aux États-Unis et au Canada pour incitation au harcèlement ; autant dire que la bêtise de ce genre d’interdits féministes n’a plus de limites car en remettant le tout dans le contexte de l’époque et du genre, la séquence reste toujours aussi bon enfant, le harcèlement gentillet d'Esther Williams par Ricardo Montalban étant immédiatement suivi par la situation inverse puisque c’est au tour de la nymphomane Betty Garrett de forcer Red Skelton à rester chez elle pour essayer de le faire "passer à la casserole". Autant dire que tout cela est bien plus amusant que choquant. Montalban est d'ailleurs très convaincant en sympathique latin lover et s'en sort plutôt pas mal du tout lorsqu’il nage aux côtés de sa partenaire et même lorsqu'il se met à entonner la très romantique chanson My Heart Beats Faster. Il se voit même attribuer quelques répliques très amusantes (« You've showed me pirates cove with no pirates, inspiration point with no inspiration, and lovers lane with no love », totalement dépité de sa sortie sinistre avec Esther Williams) : il faut dire que les dialogues sont dans l’ensemble plutôt bien tournés. Betty Garrett pète la forme - exubérante dans le numéro I Love Those Men - dans un rôle qu’elle reprend à peu de chose près la même année dans le bien plus connu - à juste titre - On the Town (Un jour à New York) de Stanley Donen, tandis qu'Esther Williams se révèle toujours aussi pulpeuse (sublime même grâce à la costumière Irene dans sa robe noire et rouge lors de sa danse avec Ricardo Montalban), d’abord glaciale et quasiment psychorigide puis au fur et à mesure qu’avance l’intrigue, amoureuse et langoureuse. Cette situation de départ et cette évolution sont quasiment les mêmes dans la plupart des comédies musicales avec l'actrice qui ont précédé Neptune's Daughter.


Quant à Red Skelton, dont nous parlions au départ, même s'ils en agacera certainement un grand nombre, j'avoue que sa scène de séduction à l'espagnole à l'aide d'un disque m'a fait mourir de rire. Bref, pour résumé rapidement, c'est coloré, inoffensif mais pas désagréable du tout - à condition d'aimer le kitsch - et sachant que la mise en scène des numéros musicaux est vraiment superbe. On regrettera juste un Keenan Wynn sacrifié dans le rôle du narrateur qui semble étrangement tout droit sorti d’un film noir par son côté totalement dépressif, mais on se rattrapera avec un Ted De Corsia qui ré-endosse le rôle de mafioso qu’il a souvent tenu, mais ici bien évidemment "pour rire". Une comédie musicale aux quiproquos aussi débiles qu’amusants pour un spectacle plutôt réussi.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 14 juin 2019