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Critique de film
Le film

Eve éternelle

(Easy to Wed)

Partenariat

L'histoire

Pour empêcher que le journal pour lequel il travaille soit condamné à deux millions de dollars de dommages et intérêts pour diffamation envers une riche héritière (Esther Williams), un reporter (Van Johnson), réputé pour son succès auprès des femmes, est mandaté par son supérieur (Keenan Wynn) pour tenter de séduire la millionnaire et la faire changer d'avis. Avant cela, le "beau gosse" contracte un mariage de circonstance avec la future épouse de son supérieur (Lucille Ball) et espère ensuite qu'on le prenne en flagrant délit d'adultère avec la jeune héritière afin d’avoir un moyen de pression pour pouvoir exercer un chantage : le retirement de la plainte et de la somme colossale demandée contre la promesse de ne pas divulguer ce scandale à la presse...

Analyse et critique

Esther Williams, championne des États-Unis du 100 mètres nage libre en 1939, n’a encore en tant qu’actrice qu’une courte carrière derrière elle en cette année 1946, puisqu’elle débuta seulement quatre ans plus tôt dans un des films de la série Andy Hardy avec Mickey Rooney. Il faudra attendre 1944 pour la voir dans son élément, soit une piscine, dans le démentiel monument de kitsch qu’est le jubilatoire Bathing Beauties (Le Bal des sirènes) mis en scène avec une virtuosité folle par l’immense George Sidney. On la verra à nouveau en maillot de bain dans le très coloré Thrill of a Romance de Richard Thorpe, puis dans un segment du pénible Ziegfeld Folies de Vincente MinnelliEasy to Wed d’Edward Buzzell est le film suivant au sein de sa filmographie qui compte un peu plus d’une vingtaine de longs métrages. S'il a sa place parmi les innombrables comédies musicales de la fameuse Metro Goldwin Mayer - pas celles produites par les incontournables équipes d’Arthur Freed mais par Jack Cummings, moins célèbre mais avec aussi pas mal de chefs-d'oeuvre du genre à son palmarès -, son programme musical est non seulement assez limité mais également très peu mémorable ; seul le Toca Tu Samba joué à l’orgue Hammond par Ethel Smith mérite d’être retenu, non nécessairement pour sa qualité musicale mais pour l'incroyable brio de la musicienne.


Easy to Wed nous propose donc quelques chansons et danses, mais il s’agit avant tout d’une intrigue vaudevillesque à quiproquos qui est en fait le remake très fidèle d’une dynamique screwball comedy des années 30, Libeled Lady (Une fine mouche) de Jack Conway avec dans les rôles tenus ici par le quatuor Esther Williams, Lucille Ball, Keenan Wynn et Van Johnson, non moins que Mirna Loy, Jean Harlow, Spencer Tracy et William Powell. Même si évidemment nos quatre comparses peuvent difficilement supporter la comparaison avec ceux du casting précédent, ils s'en donnent néanmoins à cœur joie dans le film de Buzzell, et notamment la revigorante Lucille Ball qui peaufinait ici son futur personnage de Lucy dans le show I Love Lucy, extrêmement populaire aux USA. Peu de séquences musicales donc, hormis une chanson mexicaine et un numéro spectaculaire entamé par Ethel Smith, mais beaucoup de situations amusantes, des dialogues assez bien sentis, de superbes costumes et un magnifique Technicolor. Le rythme est un peu languissant, il faut supporter la trop longue et peu drôle séquence de la chasse aux canards, mais l'ensemble se suit avec un réel plaisir à condition de ne pas en attendre monts et merveilles. L'idée du groupe de chanteurs mexicains venant entonner leur air Viv'America ! Viv'America ! Viv'America ! toutes les minutes dans le dernier quart d'heure du film est, en revanche, assez désopilante et annonce la séquence à peu près identique à la fin de Love in the Afternoon (Ariane) de Billy Wilder.


A l'occasion de cette comédie mineure, Edward Buzzell nous aura cependant une nouvelle fois prouvé que s’il était loin d’être un génie de la mise en scène, il n’en était pas moins pour autant un cinéaste chevronné et accomplissant son travail avec efficacité. En effet, sa filmographie ne comporte peu de déchets ; que ce soit ses films avec les Marx Brothers (Un jour au cirque et Chercheurs d’or) ou la plupart de ses incursions dans le domaine de la comédie musicale (avant d’être réalisateur, il fut acteur voire librettiste dans le genre), aucun de ses films n’est franchement désagréable. Dans le musical, nous nous rappellerons surtout de ses films avec Eleanor Powell, les sympathiques Honolulu et surtout le très amusant Ship Ahoy au programme musical réjouissant - parmi les numéros, deux des premières apparitions de Frank Sinatra dans son propre rôle -, ceux avec Lucile Ball dont le survolté Best Foot Forward, mais surtout un peu plus tard l’un des meilleurs films avec Esther Williams sur lequel nous reviendrons bientôt, La Fille de Neptune (Neptune’s Daughter) dans lequel on trouvera des numéros musicaux filmés avec une caméra toujours en mouvement, un montage parfois très cut et assez euphorisant (le ballet final des plongeons) et des travellings assez savants. Bref, il ne s'agit pas d'un nom qui aura marqué l'histoire du cinéma mais pas non plus du tâcheron que certains auraient voulu voir.


Rien de marquant donc ni même de numéros aquatiques dans Easy to Wed, mais un Carlos Ramirez et une Ethel Smith - déjà présents dans Bathing Beauties - quasiment seuls à assurer le programme musical, une Lucille Ball volcanique et exubérante qui nous octroie une prestation comique assez réjouissante (notamment lorsqu'elle se met à réciter du Shakespeare), des partenaires qui se prennent au jeu avec amusement dont Van Johnson déjà aux côtés d’Esther Williams dans Thrill of a Romance - et qui le sera encore à deux reprises -, des costumes chatoyants et colorés conçus par Irene, une photographie de Harry Stradling, et enfin une Esther Williams qui prouve qu’elle pouvait jouer sur plusieurs registres à l’intérieur du même film - la femme de tête froide et arrogante puis l’amoureuse romantique. Agréable à défaut d’autre chose mais un immense succès au box-office pour la MGM l’année de sa sortie.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 9 janvier 2019