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Critique de film
Le film

Alerte !

(Outbreak)

Partenariat

L'histoire

Le médecin des armées virologue Sam Daniels (Dustin Hoffman) se bat comme un beau diable contre une épidémie qui est en train de décimer les États-Unis, mais il doit d’abord convaincre sa femme, Robby Keough (Rene Russo), naguère sa plus fidèle alliée et collaboratrice, mais désormais peu encline à le soutenir depuis leur récent divorce. Et surtout il ne comprend pas pourquoi son supérieur, le général Billy Ford (Morgan Freeman), avec lequel il s’entendait pourtant si bien, ne cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Il ignore que celui-ci et un autre officier (Donald Sutherland) ont résolu par le passé une crise analogue en appliquant le principe « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Et qu’ils s’apprêtent à recommencer.

Analyse et critique

Lors de sa sortie en 1995, Outbreak (Alerte !) de Wolfgang Petersen n’était sans doute pas loin d’être ce que les Américains appellent un popcorn movie. Certes, il s’inspirait visiblement du virus Ébola, identifié dès 1976, mais celui-ci n’avait encore sévi que dans des régions très limitées, et n’allait se déchaîner que vingt ans plus tard. Avec ses scènes spectaculaires, ses explosions, ses mouvements de foule, ses poursuites d’hélicoptères, Outbreak, donc, pouvait être vu comme une espèce de rejeton tardif des films catastrophe qui faisaient les beaux jours de Hollywood dans les années soixante-dix.



Lorsqu’on le revoit aujourd’hui, il n’est plus vraiment question d’avaler du popcorn. Certes, d’autres films, dont le Contagion de Steven Soderbergh, se sont attaqués depuis au même sujet - à savoir le pandémonium engendré par une pandémie -, mais Outbreak a été précisément un précurseur et se révèle rétrospectivement beaucoup moins fantaisiste qu’on ne pouvait le croire il y a vingt-cinq ans. Bien sûr, certaines choses peuvent encore faire sourire : par exemple, il est évident que le personnage interprété par Morgan Freeman, si méchant soit-il au début, ne saurait être méchant jusqu’au bout, puisqu’il est interprété par Morgan Freeman, et le morceau de bravoure de l’histoire est une poursuite d’hélicoptères qui semble très inspirée du finale de Tonnerre de feu de John Badham. Mais on ne saurait nier l’efficacité de la mise en scène de Wolfgang Petersen et, ne craignons pas de le dire, son intelligence : il y a ce plan-séquence de trois minutes qui, telle une ouverture d’opéra et loin de la gratuité des virevoltes laborieuses de celui de Spectre, résume d’emblée toute la progression de l’intrigue à venir sans pourtant en révéler un traître mot : la caméra chemine sans hâte, mais sans s’offrir le moindre répit, à travers les différentes sections du laboratoire américain chargé d’étudier tout ce qui touche aux épidémies, en terminant par la plus dangereuse, celle où les chercheurs ne peuvent pénétrer qu’après avoir enfilé préalablement une tenue de cosmonautes. Quant au vocabulaire que nous entendons au fil des dialogues, il pouvait passer pour ce volapuk assommant qui adorne régulièrement les films de science-fiction, mais c’est celui que nous entendons quotidiennement depuis plusieurs semaines dans chaque bulletin d’informations : patient zéro, transmission par l’air, incubation, mutation et tutti quanti. Et surtout, le fondement de l’histoire, à savoir une conspiration du silence par un certain nombre de méchants qui préféreraient qu’on n’aille pas enquêter sur certains de leurs agissements passés, trouve aujourd’hui un écho dans le fait que le pays du pangolin n’a probablement pas été dès le départ aussi « transparent » dans sa communication que son gouvernement le prétend.


Va-t-on critiquer le schéma, là encore très hollywoodien, consistant à envisager une catastrophe quasi cosmique à travers quelques destins individuels ? Il faut bien se dire que, au-delà du cinéma, c’est une approche anglo-saxonne évidemment bien différente de celle que nous connaissons en France, où les journaux se contentent le plus souvent de donner le nombre des victimes. Plutôt que d'aligner des chiffres, la presse anglaise préfère, elle, retracer chaque fois dans le détail plusieurs de ces existences brutalement interrompues. Le héros et l’héroïne, incarnés par Dustin Hoffman et René Russo, sont ici deux scientifiques fraîchement divorcés qui vont, à la faveur de leur combat contre le virus, retrouver la complicité qu’ils pensaient avoir perdue à tout jamais. Conte bleu si l’on veut, mais n’est-ce pas, là encore et dans notre beau pays aussi, un de ces cas de figure que ne cessent d’analyser aujourd’hui à toute heure du jour et de la nuit des bataillons de psychologues et de psychiatres jaillis on ne sait d’où ?


Les vrais défauts du film sont à trouver ailleurs. Dans sa mentalité America first - and last (ou si l’on préfère, puisqu’il est réalisé par Wolfgang Petersen, Amerika über alles). Car la propagation de l’épidémie est matérialisée sur un écran d’état-major par une série de taches noires qui s’arrêtent curieusement aux frontières états-uniennes. Même le Canada semble ne pas être touché. On aura compris qu’il est surtout superbement ignoré - et tout le reste de la planète avec lui, y compris les forêts d’Afrique où le virus est apparu. (Si l’on veut être parfaitement honnête, il y a quand même cet équipage composé exclusivement d’Asiatiques sur le navire qui a transporté l’animal par qui la catastrophe est arrivée.) L’autre défaut du film est son optimisme quelque peu naïf. Si la question d’une mutation du virus, transmis au départ par contact, mais évoluant pour devenir airborne, rejoint bien celle qui se pose aujourd’hui à propos du coronavirus, l’idée suivant laquelle il suffit de repérer le porteur zéro/porteur sain et de prélever un peu de son sang pour mettre immédiatement au point le vaccin qui permettra le retour au « monde d’avant » (comme on dit désormais) est un vœu pieux idéal pour un happy-end, et certes moins délirant que certaines recettes généreusement suggérées par Donald Trump, mais il convient de citer ici, dans un sens malheureusement très restrictif, la formule chère à Hitchcock : It’s only a movie.


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La fiche IMDb du film
Par Frédéric Albert Lévy - le 5 octobre 2020