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Livres

L'Expérience hérétique :
Langue et cinéma

Un livre de Pier Paolo Pasolini

Editeur : Ramsay
158 pages
Année de sortie : 1989

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Analyse et Critique

Qu’on se le dise : le Pasolini cinéaste revient à la mode. Il y a eu la ressortie en salles de quelques oeuvres de ce cinéastes sulfureux, l’édition d’un coffret DVD somptueux, la parution d’un ouvrage soigné, disponible un peu partout d’ailleurs, consacré à son ultime film. Sans compter les jeunes auteurs français qui se réclament explicitement de son cinéma : Gaspard Noé, Bertrand Bonello, Nicolas Boukhrief etc.

Avant que ses écrits sur le cinéma ne refleurissent sur les étagères des librairies cinéphiles, il est grand temps de revenir sur son ouvrage le plus célèbre, mais aussi le plus contestable.

L’intérêt de L’expérience hérétique réside moins dans son contenu savant que dans l’éclairage qu’il donne sur ce qu’il faut bien appeler : l’échec pasolinien.

Revoir les films de Pasolini à l’aune de ses écrits revient à constater à quel point le cinéaste s’est fourvoyé dans un système dogmatique stérile. La plupart des textes recueillis dans l’ouvrage sont écrits, ou paraissent, au moment où les sémiologues et leurs amis structuralistes investissent les salles obscures. Influencé par Christian Metz et par Roland Barthes, deux grands gourous de la théorie du film des années soixante dix, Pasolini s’interroge sur l’essence même du cinéma, avant de partir dans des considérations d’une naïveté confondante, contrebalancée par l’emploi d’une terminologie pour le moins fumeuse (ah, le jargon du sémiologue !). Difficile de ne pas sourire ou de ne pas grimacer, tout dépend de l’humeur du lecteur devant l’entêtement d’un auteur qui enfonce des portes ouvertes dans un paragraphe avant de sombrer corps et âme, les pages suivantes, dans l’approximation la plus malheureuse. Le plus sérieusement du monde, il nous réserve quelques sentences imparables avec un sens de la poésie indéniable. Comment rester insensible à des formules telles que "Le cinéma, la langue écrite de la réalité", ou encore "La subjective indirecte libre" dont la beauté n’a d’égale que la vacuité théorique. Comment ne pas pouffer de rire lorsqu’il s’insurge contre le plan-séquence qui a le culot de reproduire tel quel le réel, au lieu de produire du sens !!!

Passons, après tout peut être que Pasolini n’a jamais entendu parler d’Orson Welles, cinéaste de la manipulation et de la falsification, qui utilisait notamment le plan-séquence à des fins illusionnistes...

Curieusement la naïveté pasolinienne fut la force motrice de ses premiers films, ceux que l’on a pu aimer pour leur grande liberté d’expression, leur nonchalance non feinte. Mais à partir du moment où le cinéaste décida d’endosser les habits du théoricien, il fut difficile de ne pas crier à l’arnaque. Le pompon fut atteint dans le générique de Salo, les 120 journées de Sodome. Là, avec la solennité d’un universitaire sûr de son fait, Pasolini balançait à ses spectateurs-élèves une bibliographie ! On y retrouvait d’ailleurs Roland Barthes, son maître à penser.

Une fois le générique achevé, l’exposé pouvait commencer. Le cinéma lui était déjà bien loin.

Salo de Théorème !

Par Cosmo Vitelli - le 1 janvier 2003

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