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Test dvd

Sacha Guitry, L'âge d'or 1936-1938

DVD - Région 2
Gaumont
Parution : 1 / 3 / 2008

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Le fait qu'il soit sorti il y a dix ans déjà (et qu'il soit désormais vendu sur certaines places virtuelles à des prix exorbitants) n'empêche pas de dire tout le bien que l'on pense de ce coffret réunissant les neuf films (quasiment tous de grandes réussites) réalisés entre 1936 et 1938 par Sacha Guitry.

Réunis sur 8 disques (Le Mot de Cambronne, moyen métrage de 36 minutes, étant proposé sur le disque des Perles de la Couronne), les neuf films en question sont proposés dans des versions de qualité homogène, convenable sans jamais aller ni vers le remarquable (Les Perles de la couronne serait le haut du panier) ni vers le désastreux (Le Mot de Cambronne ou Remontons les Champs-Elysées souffrent eux d'une définition plus modeste). 

Les copies sont relativement propres, mais conservent régulièrement des scories (taches, poussières, scratchs) qui peuvent parfois être envahissantes et/ou durables. Tout ça pour dire qu'il est largement temps de penser à faire un peu mieux rimer Guitry et Haute-Définition. 




Son

Le constat est du même ordre : pour des films aussi bavards, l'essentiel était la conservation de l'audibilité des dialogues, ce point est accompli (sauf peut-être, là encore, sur Le Mot de Cambronne) Cela ne signifie pas, pour autant, que les bandes-sons soient d'une propreté exemplaire ou qu'elles offrent un dynamisme quelconque. 

A noter cependant que la prise de son sur les films de Guitry ayant été ce qu'elle a été, des déséquilibres s'opèrent parfois, notamment dans les dialogues filmés en champ/contrechamp, avec des variations de volume parfois déplaisantes.

Suppléments

L'essentiel est là, tant dans le quantitatif que dans le qualitatif. L'effort éditorial avait été conséquent, il mérite d'être salué sans modération :

commençons par le plus court, mais pas le moins réjouissant : chacun des 8 disques propose un bref (plus ou moins 5 minutes) module conçu et commenté par Philippe Durant, portant son attention sur un élément caractéristique du style de l'auteur : avec un sens affiné du montage (réduit toutefois aux films du coffret, il aurait parfois été légitime de voir d'autres films - antérieurs ou postérieurs - sollicités) et un bel esprit que n'aurait pas renié le Maître, Philippe Durant résume l'essentiel en 8 vignettes délectables (1. La Femme chez Guitry, 2. Les effets de mise en scène, 3. Les jeux de mots, 4. Le téléphone, 5. L'absurde, 6. Pauline Carton, 7. L'adultère, 8. Les enfants).

Les autres suppléments sont pour bon nombre constitués d'archives, qui confirment que Guitry a toujours fait parler de lui, d'une manière ou d'une autre. 

Sur le disque du Nouveau Testament, on assiste à un débat de 1967 (19 minutes, archive INA), réunissant Robert Lamoureux, Jacques Siclier, Henri Agel et François Truffaut. Si la ferveur de Truffaut - représentant ici de la "nouvelle génération critique" - quand il s'agit de défendre Guitry est notoire ("dans ses trente films, j'en compte au moins sept ou huit de parfaits"), on peut notamment entendre Henri Agel - représentant lui l' "ancienne génération" - qualifier Guitry d' "épigone sans consistance", représentant d'un "esprit petit-bourgeois" (que l'on retrouve d'ailleurs selon lui dans la Nouvelle Vague alors contemporaine, en particulier chez Godard). Un joli débat de fond dans lequel chacun joue son rôle, mais avec une belle langue et un respect sans faille de la parole de l'autre. Une autre époque, sans doute.

On retrouve François Truffaut (introduit comme "le seul cinéaste actuel" passionné par Guitry, ce que le cinéaste-critique réfute immédiatement) quelques années plus tard, en 1971, dans un extrait de l'émission Au cinéma ce soir (5 minutes - archive INA), archive proposée sur le disque de Désiré (il y affirme notamment ne pas vouloir envisager un remake de ce dernier film, tant il aurait peur de faire "moins bien").

Sur celui de Mon père avait raison, on trouve une archive de 1959 (donc à peine quelques années après la mort du Maître) du Magazine du théâtre (10 minutes, archive INA), dans laquelle s'expriment, émus, des collaborateurs réguliers de Guitry (dont sa secrétaire Fernande Choiseul, son ami musicien Albert Willemetz - auquel il consacrait une rue dans Bonne chance - ou André Roussin). Plus anecdotique, mais tout de même émouvant.

Sur le disque de Faisons un rêve, une archive plus ancienne (probablement de 1936 donc) montre quelques uns des premiers essais sonores de Sacha Guitry, seul ou avec Jacqueline Delubac, sur le texte de Faisons un rêve (5 minutes)

De la même époque, une archive Gaumont Pathé offre des images du gala d'avant-première des Perles de la couronne (sur le disque dédié au film) au Marignan, avec une intervention d'une phrase, succincte et drolatique, de l'auteur au micro du speaker décontenancé, qui n'a alors d'autre possibilité que de décrire la robe "de dentelle" de Jacqueline Delubac.

Sur le disque de Quadrille, une archive INA de 1974 montre quelques représentants de la Nouvelle Vague au téléphone (Truffaut évidemment, mais aussi Rivette et Rohmer), interrogés par le dandy Charles Bitsch, évoquer à leur tour leur vision du cinéma de Guitry (et notamment, pour Rivette, la dualité entre "vérité et mensonge").

Enfin, le plus gros morceau est l'heure issue de la série Cinéastes de notre temps (réalisé par Claude de Givray, 57 minutes - archive INA de 1965), qui dresse un portrait assez complet, illustré de quelques extraits (d'assez médiocre qualité) et de nombreuses interventions de proches ou de spécialistes (sur le disque de Remontons les Champs-Elysées).


Parmi les suppléments originaux proposés dans le coffret, mentionnons sur le disque du Roman d'un tricheur, ce long documentaire - Sacha et le cinéma, un amour masqué (2007 - 53 minutes) - réalisé par Serge le Péron et commenté par Guillaume Galienne, qui sous une forme plaisante (gorgée d'extraits très variés) dresse un parallèle attendu (mais pas forcément suffisant) entre les "relations tumultueuses" entretenues par Guitry avec le cinéma ou avec les femmes...

Des suppléments récents donnent la parole à Denis Podalydès (sur le disque du Roman d'un tricheur - 8 minutes), Pascal Thomas (sur Mon père avait raison - 7 minutes), Francis Veber (sur Faisons un rêve - 8 minutes) ou Olivier Assayas (sur Désiré - 8 minutes) qui tous, à leur manière, règlent leur dû à Guitry.


Enfin, sur le disque du Roman d'un tricheur est proposé un bref module de restauration (4 minutes), pédagogique et assez édifiant : certaines copies étaient très abîmées, et l'état de la bande-son était souvent lamentable. Une manière de renforcer définitivement notre opinion favorable sur ce coffret exceptionnel.

Par Antoine Royer - le 10 décembre 2018