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Test dvd

Coffret Raymond Bernard

DVD - Région 2
Gaumont
Parution : 7 / 11 / 2012

Image

Le Miracle des loups
Le film a fait l’objet d’une restauration numérique 2K en 2003. Toutes les imperfections ont été gommées et les teintages originaux restaurés. L’image est d’une belle netteté avec un peu plus de granulosité pour certaines séquences qui doivent provenir de sources différentes. Il faut remarquer que Gaumont ne donne aucune information sur cette restauration contrairement, par exemple, à la F.W. Murnau Stiftung qui donne toujours l’origine des copies et des éléments utilisés. Il n’est également mentionné nulle part la vitesse de transfert du film qui est de 20 images/seconde.

Le Joueur d'échecs
La restauration photochimique du film à partir du négatif original date de 1990. Le master utilisé par Gaumont semble bien être un master analogique d’origine, comme celui diffusé sur Arte en 2008. C’est bien dommage qu’un nouveau master numérique à partir de la copie 35 mm n’ait pas été réalisé en 2012. Il aurait permis d’obtenir une image bien plus nette que celle de ce DVD. Cette restauration, qui date maintenant de plus de 20 ans, offre les petites imperfections typiques des copies tirées dans ces années-là. Il y a des rayures, des taches et autres salissures. Même remarque que pour Le Miracle des loups : aucune information sur la restauration dans le livret à part une date.

Tarakanova
La copie utilisée provient des collections de la Cinémathèque française. Pour avoir vu un ancien tirage de ce film, cette nouvelle copie est de meilleure qualité. Mais, n’espérez pas un miracle : l’image reste particulièrement granuleuse et manque de netteté. Il faut dire que le film est l’un des premiers réalisés avec des lampes à incandescence sur pellicule panchromatique. Et le soft-focus produit cet effet de flou avec le contretypage.

Son

Le Miracle des loups
Au lieu de nous proposer la partition orchestrale originale d’Henri Rabaud, Gaumont nous offre une simple réduction pour piano qui est l’œuvre de Noël Gallon qui était un ami de Rabaud (il enseignait la musique à ses enfants). Le pianiste R. Touve R. Ratovondrahety est un bon accompagnateur qui travaille tous les ans au Festival de Pordenone. Mais, cet accompagnement pour un film de cette dimension donne l’impression de découvrir Lawrence of Arabia avec un piano seul.

Le Joueur d'échecs
L’enregistrement de la partition orchestrale d’Henri Rabaud a été réalisé en 1990 avec Carl Davis à la tête du Live Cinema Orchestra. L’enregistrement en Dolby Digital Stéréo 2.0 est tout à fait correct et gagne à être écouté avec un équipement audio de qualité.

Tarakanova
La bande-son d’origine de 1930 est typique de cette époque-là. La qualité sonore est relativement médiocre. André Roubaud a réalisé une sorte de compilation de morceaux classiques connus de Moussorgsky, Wagner etc. Certains de ses choix sont d’ailleurs judicieux comme le Träume (des Wesendonck Lieder) de Richard Wagner pour la mort de l’héroïne. Il y a aussi une "chanson de la bohémienne" qu’il a écrite pour Edith Jehanne qui est vaguement post-synchronisée à l’image par une chanteuse. Cette technique était également utilisée à Hollywood pour les films produits en 1929-30.

Suppléments

Voici un coffret qui vient enfin combler un grand vide ! Le cinéphile français n’a qu’une connaissance très fragmentaire de cette période du cinéma muet français par manque de disponibilité en DVD de ces œuvres. On ne peut donc qu’applaudir des deux mains en voyant ces grands films épiques de Raymond Bernard enfin disponibles en DVD. Il était temps que ces films soient édités en France quand on sait que Le Joueur d’échecs était disponible en VHS en Grande-Bretagne depuis 1998, et en DVD aux USA depuis 2003. Raymond Bernard était un réalisateur important dans cette fin des années 20. Il fut le premier à réaliser une superproduction française qui connut un succès international avec Le Miracle des loups. Le cinéma français montrait qu’il était capable de rivaliser avec Hollywood. Bernard produisait des films populaires qui conjuguaient la beauté des images, le souffle épique et l’émotion. Pour ceux qui connaissent ses films parlants des années 30, ces trois œuvres muettes seront une révélation. Le cinéaste était déjà un grand metteur en scène bien avant l’arrivée du parlant. Il faut se jeter sur ce coffret pour découvrir un pan de notre histoire du cinéma dont nous n’avons nullement à rougir.

Les trois œuvres muettes de Bernard firent toutes l’objet de remakes à l’époque du parlant : Le Joueur d’échecs en 1938 par Jean Dréville avec Conrad Veidt et Françoise Rosay, Tarakanova en 1938 par Fédor Ozep avec Anny Vernay et Pierre Richard-Willm et Le Miracle des loups en 1961 par André Hunebelle avec Jean Marais et Jean-Louis Barrault. Aucun de ces remakes n’est à la hauteur de l’œuvre originale. Vous pouvez maintenant le vérifier par vous-même.

Le disque de suppléments est réellement décevant. Nous avons droit à un mini-documentaire de 35 min qui enfonce les portes ouvertes et ne consacre que 11 minutes à la carrière muette du réalisateur. Il se termine par un déroulant sur fond noir de la filmographie de Bernard parfaitement inutile et qui dure 8 minutes. Le contenu est également bien léger lorsqu’on connaît l’excellente interview de Raymond Bernard de 1973 (partie 1 et partie 2) réalisée par Jean-José Marchand qui est visible sur le site de l’INA. Il donne des détails passionnants sur ses films, sa vie et sa famille. Nous n'avons droit qu’à un micro-extrait de cette interview. En complément du documentaire, il y a un diaporama de 3 min de photos de Raymond Bernard et Sarah Bernhardt dans Jeanne Doré (1915) de Louis Mercanton et René Hervil. Un supplément totalement superflu qui ne correspond pas au contenu au coffret. Il y avait pourtant d’autres options. Par exemple, on aurait pu inclure un documentaire réalisé par London Weekend Television en 1990 sur le travail de Carl Davis sur la musique du Joueur d’échecs.  Autre exemple de bonus qui aurait pu être inclus : le DVD américain du Joueur d’échecs offrait une interview audio de 1965 de Raymond Bernard par Kevin Brownlow.

Le livret de 26 pages qui accompagne les films ne donne guère d’informations sur les tournages et les restaurations des trois films. Il contient quelques petits extraits de l’autobiographie de Raymond Bernard, des mini-biographies des acteurs et techniciens (parfois avec des erreurs) et des photos. Mais, le contenu éditorial reste bien faible en regard du programme édité par Photoplay Production lors de la première du Joueur d’échecs. On aurait pu, par exemple, demander à Eric Bonnefille (1), qui a publié un excellent ouvrage sur Raymond Bernard, d’écrire un texte pour ce livret.

Il faut cependant donner un coup de chapeau à Gaumont pour avoir inclus un sous-titrage en anglais sur les cartons d’intertitres qui permettra à des amateurs de films muets du monde entier de découvrir ces trois films.

(1) Raymond Bernard – Fresques et miniatures (L’Harmattan, 2010).

Par Christine Leteux - le 8 novembre 2012