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Test blu-ray

Rendez-vous avec la peur

BLU-RAY - Région B
Wild Side
Parution : 27 / 11 / 2013

Image

C’est un très beau master que Sony a fourni à l’éditeur Wild Side. L’image, stable et souvent très précise, respecte le grain de la pellicule. Un détail qui a son importance pour un film de Jacques Tourneur, réalisateur soucieux de jouer avec l’ombre et la lumière ; les contrastes sont particulièrement soignés, avec des noirs profonds. Le seul défaut que l’on pourrait trouver, mais il est bien minime, concerne la propreté de la copie. Celle-ci n’a pas été totalement nettoyée et il subsiste quelques infimes rayures. Mais elles sont si rares qu’elles passent vraiment inaperçues, à l’exception du tout début du film, en voiture, la nuit, où un niveau de noir un peu plus élevé qu’il ne faudrait (et c’est bien le seul moment où le contraste est pris en défaut) laisse apparaître ces impuretés minimes. On remarquera, au passage, que le défaut de contraste de cette scène est corrigé dans la version US : les noirs y sont plus profonds et ne laissent plus rien apparaître. Le master de ce deuxième montage, donné en supplément, a été créé à partir d'une autre source mais ses caractéristiques sont identiques, à quelques exceptions près. Si l’éditeur a donc encodé chaque version sur un seul et même disque, le débit vidéo reste suffisant et n'altère pas le visionnage avec d'éventuels défauts de compression.

Son

La VO DTS-HD est très efficace, jouant beaucoup sur la surprise et la frayeur avec beaucoup de clarté et de dynamisme (excepté quand Dana Andrews marmonne son texte avec une cigarette dans la bouche...). Si le montage anglais est le seul à proposer une VF, celle-ci est une catastrophe. Elle n'est pas d'époque car le film est sorti en France en 1967 mais uniquement en VO. Cette VF a été réalisée beaucoup plus tard, la diction et le timbre de voix des comédiens n'ont plus grand chose à voir avec un film des années 50. Ajoutons que le doublage de Dana Andrews est ridicule.

Suppléments

En complément de Rendez-vous avec la peur, Wild Side propose Curse of the Demon, la version remontée du film de Tourneur qui fut exploitée aux Etats-Unis en 1958. Ce montage plus court de près d’un quart d’heure n’a pas les qualités du film original, les coupes ayant souvent (et inexplicablement) visé des scènes plutôt importantes qui développaient certains personnages. Mais les grands fans du film et les curieux seront aux anges, et c’est tout à l’honneur de l’éditeur d’avoir également proposé ce deuxième film en qualité HD, même si l’on pourra regretter que seuls les possesseurs d’un lecteur Blu-ray en profiteront (le DVD contenu dans le coffret ne propose que la version intégrale anglaise).

Autre supplément, mais de taille, inhérent à cette collection sans nom : Le versant crépusculaire, un livre de 128 pages écrit par le cinéaste et critique Michael Henry Wilson, grand connaisseur du réalisateur qui lui avait déjà consacré un livre en 2003 (Jacques Tourneur ou la magie de la suggestion, aux Editions du Centre Pompidou). Wilson revient en détails sur l’aventure du film, comparant le scénario à la nouvelle de Montague Rhodes James dont il est inspiré. A travers une observation poussée du film, de sa filmographie et même de ses méthodes de travail (il se considérait comme un artisan), Wilson analyse l’approche de Tourneur concernant l’épouvante, son goût pour la suggestion et les apparences. Très porté sur l’éclairage, le réalisateur donnait une grande importance aux rapports entre ombre et lumière : il était « confiant en la toute-puissance de l’imagination. » Malheureusement, Tourneur se heurtera au mercantilisme de Hal Chester, un producteur peu scrupuleux, loin des qualités d’un Val Lewton : Wilson décrit assez nettement ce personnage peu apprécié qui dénatura certaines séquences du film en y ajoutant, après le départ de Tourneur, les fameux plans du démon purement spectaculaires. Un récit très complet et richement illustré sur cette « perle noire sans postérité. »

Par Stéphane Beauchet et Jean-Marc Oudry - le 26 novembre 2013