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Critique de film
Le film

Quand la poudre parle

(Law and Order)

L'histoire

1882. Après une longue poursuite, le Marshall Frame Johnson (Ronald Reagan) parvient à arrêter l’assassin Durango Kid qu’il ramène à Tombstone pour qu’il y soit jugé équitablement. La population préfèrerait cependant un lynchage immédiat ; Frame ne se sentant plus en phase avec les habitants de la ville, qui n’ont pas l’air d’apprécier la paix qui y règne, décide de partir avec ses frères Lute (Alex Nichol) et Jimmy (Russell Johnson) pour s’occuper d’un ranch dans une ville nommé Cottonwood. Jeannie (Dorothy Malone), sa bien-aimée, tenancière d’un saloon, devra l’y rejoindre quand leur futur havre de paix sera retapé. Mais Cottonwood est sous la coupe de Kurt Durling (Preston Foster), un voleur de bétail et de chevaux qui a réussi à corrompre même le shérif et qui avait déjà eu maille à partir avec Frame quelques années plus tôt. Le juge et quelques honnêtes notables prient Frame de reprendre sa fonction de Marshall mais il refuse préférant désormais sa tranquillité. Son frère Lute en revanche accepte la proposition mais sera tué peu de temps après alors que dans le même temps son frère Jimmy est accusé de meurtre. Malgré sa répugnance à reprendre du service, il se sent pourtant dans l’obligation de le faire et son premier décret est d’interdire le port des armes dans l’enceinte de la ville. Ce qui n’est pas du goût de tout le monde…

Analyse et critique

"Peu de motifs d’étonnement à priori au sein de cet agréable divertissement ; et pourtant il nous réserve quelques petites surprises scénaristiques [...] Si la mise en scène de Nathan Juran ne fait pas d’éclats particuliers, elle demeure néanmoins fonctionnelle et s’avère même parfois assez efficace notamment lors des scènes d’action [...] Une histoire qui se tient bien avec le mélange idéal de romance, d’humour (dans les dialogues surtout) et d’action se terminant par un traditionnel happy end, un bon score ainsi qu’un casting une fois encore parfaitement bien choisi pour au final un honnête divertissement, certes routinier mais sacrément plaisant." Voici ce que j'écrivais à propos de Gunsmoke (Le tueur du Montana), le précédent western signé Nathan Juran, sorti sur les écrans américains seulement trois mois auparavant. On pourrait réécrire mot pour mot la même chose concernant Law and Order, western encore plus réussi.

Ceux qui auraient pensé que le personnage du Marshall Frame ressemblait par bien des points à Wyatt Earp ne ne sont pas trompés de beaucoup. Mais revenons en arrière ! Générique traditionnel sur un beau thème musical dans la lignée de ceux signés Herman Stein ou Hans J. Salter. Un cavalier en suit un autre au sein de magnifiques paysages désertiques (les mêmes qui accueilleront un final tout aussi réussi au milieu des rochers). Après avoir rattrapé un meurtrier suite à une efficace scène de bagarre, le Marshall Frame s’arrête avec son prisonnier devant la pancarte indiquant l’entrée de la ville dont il a en charge de faire respecter la loi. Dessus est indiquée "Vous êtes à Tombstone où l’ordre règne. Ici reposent ceux qui pensaient le contraire". Travelling latéral qui découvre derrière la pancarte un morceau de terre jonché de tombes.

Durango (le bandit) : - Les gens sont durs à convaincre par ici.
Frame (le shérif) - Ou alors ils ne savent pas lire.
Durango - Vous les avez tous descendus ?
Frame - Seulement ceux que l’on n’a pas pendus !
Durango - Ca ne laisse pas grand choix. Pourquoi ne pas m’avoir descendu ?
Frame - Je suis là pour faire régner l’ordre, pas pour tuer.
Durango - Ici on dirait que c’est la même chose.
Frame - Vous avez au moins la satisfaction d’être pendu dans la légalité.
Durango - C’est à vous que ça donne satisfaction. De toute façon il n’y a pas d’autres issues que la mort.

Voilà le premier échange de dialogue entre l’assassin et le shérif qui donne un peu le ton de ce western de série mené tambour battant et avec un très grand professionnalisme par un Nathan Juran plutôt inspiré et diablement efficace. Les dialogues parfois assez piquants (surtout dans la bouche de Chubby Johnson) viennent rajouter au plaisir que les seuls "fondus" du genre pourront prendre à ce western qui se révèle être avant tout un véhicule pour Ronald Reagan, ce dernier ne faisant néanmoins pas d'ombre au reste du casting une nouvelle fois parfaitement bien choisi par les équipes Universal. Car si les non-amateurs s'y ennuieront ferme, le décorum et le style Universal ont encore eu raison de mon objectivité ; résultat, j'ai pris un immense plaisir devant ce petit western de série B. Les héros ont de la prestance et de la répartie : ils auraient pu faire un défilé de mode avec leurs chemises ne faisant pas un pli, colorées et rutilantes, leurs chapeaux classieux ; les femmes sont charmantes et, qui plus est, splendidement maquillées et vêtues ; les 'Bad Guy' ont la gueule de l'emploi et se révèlent cruels à souhait ; les intérieurs sont coquets avec même rideaux vichy aux fenêtres ; les paysages sont magnifiques ; et une fois encore, aucune utilisation de transparences ne vient gâcher notre plaisir. Rien que de l'humour (à petite dose et uniquement au sein de punchlines réjouissantes), de l'action, de la romance et du drame : il est parfois fort agréable de se contenter de si peu notamment lorsque tout ceci concocté avec autant de sérieux.

W.R. Burnett, l’auteur du célèbre 'Little Caesar' adapté par Mervyn LeRoy en 1931 avec James Cagney, est également celui de 'Saint Johnson' dont deux adaptations virent le jour avant le western de Nathan Juran, toutes deux déjà avec comme titre original Law and Order ; par Edward L. Cahn en 1932 puis par Ray Taylor en 1940, avec respectivement Walter Huston puis Johnny Mack Brown en Frame Johnson. Dans 50 ans de cinéma américain, Tavernier et Coursodon parlent à propos du film qui nous concerne de "remake honteux" ; j’avoue ne pas très bien comprendre ce qui les a poussés à dire ceci n’ayant pas eu l’occasion de voir les versions précédentes mais une chose est certaine, le film n’a rien de honteux en lui-même ; il s’agit d’un western de routine comme tant d’autres mais pas pire que bon nombre d’entre eux et même bien plus agréable que certains classique. Il s'agit du troisième film du réalisateur dont les titres de gloire seront les célèbres 7ème voyage de Sinbad et Jack le tueur de géants, qui doivent d’ailleurs bien plus à leurs effets spéciaux (Ray Harryhausen pour le premier) qu’à la qualité de leur mise en scène. Nathan Juran n'est peut-être qu'un artisan mais un solide artisan, ce qui peut donner des choses bien agréable : la preuve !

Ne nous attendons donc à rien d’extraordinaire : c’est conventionnel, bourré de clichés, sans aucun éclair de génie mais c’est du travail très bien fait. Nous pourrions en dire de même de l’interprétation de Ronald Reagan : aucune raison de sauter au plafond mais une certaine présence et une stature qui faisait de lui un cow-boy tout à fait crédible, dans la lignée de ceux interprétés par Randolph Scott, un personnage à la fois rigide et déterminé mais profondément humain. Il en va de même ici où il campe une sorte de Wyatt Earp allant être une nouvelle fois obligé d’épingler son étoile pour aller nettoyer la ville dans laquelle il voudrait s’établir dans le calme avec sa dulcinée. Comme nous le disions d'emblée, beaucoup de points communs avec Wyatt Earp à commencer par la première ville dans laquelle on le voit avec ses frères (2 au lieu de 3), la fameuse Tombstone (où aura lieu le Gunfight de OK Corral), sa décision d'interdire les armes à feu au sein de la ville... "Ce n’est pas aujourd’hui que je vais instaurer la tradition du lynchage" dira-t-il en s’opposant ainsi à la population entière de la ville qui voudrait des méthodes plus expéditives. Voyant que les voies légales n’intéressent pas ses concitoyens, il jettera l’éponge dans un premier temps : "Je suis fatigué de vouloir donner ce que personne ne semble vouloir", à savoir le calme et la paix. Nous sommes donc assez éloignés de l’image qu’on se fait habituellement de Ronald Reagan aspirant ici plus à la fastidieuse vie de fermier qu’à la violence ("J'en ai marre de tuer"). Pour redonner confiance à ses concitoyens, il ira jusqu'à poursuivre son propre frère accusé de meurtre pour le livrer à la justice. Lui même ne sera pas le responsable direct des morts qui tomberont lors de ces conflits pour faire rétablir la paix.

Dorothy Malone joue les utilités mais elle est parfaitement bien mise en valeur, demeure toujours aussi belle et se révèle attachante lorsqu’elle déclare sa flamme à son partenaire d'une manière assez originale ('You're big and you're ugly and you're stupid, and I happen to be in love with you.') ; le couple qu'elle forme avec Ronald Reagan s'avère plutôt convainquant. En revanche, Miss "New Jersey 1952", Ruth Hampton, si elle possède des atouts non négligeables, ce n’est pas dans son jeu d’actrice qu’on les trouvera (c'est d'autant plus dommage que c'était Susan Cabot qui avait été sollicité au départ) ! Le reste de la distribution s'avère avoir été recrutée avec perfection : Preston Foster est un méchant qui a de l’allure, Dennis Weaver a une belle gueule de salaud et Alex Nicol possède beaucoup de classe, aussi à l'aise lorsqu'il s'agit de jouer les massacreurs (Tomahawk) que dans la peau d'un homme de loi comme il l'est ici, comme il l'était déjà dans The Redhead of Wyoming aux côtés de Maureen O'Hara. Quant à Chubby Johnson, il est égal à lui-même dans la peau de ce croque-mort à la recherche de clients (on se croirait dans Lucky Luke).

Quelques autres raisons de se réjouir : une très belle photo en Technicolor, un montage incisif, une très bonne partition dont certains thèmes auraient été écrits par Henry Mancini, une belle course poursuite finale entre les deux frères aux milieu de paysages rocailleux et désertiques, un appel à la non violence de la part de l'acteur Reagan ainsi que des détails et images rétrospectivement assez cocasses de ce dernier se faisant traiter de froussard, essuyant la vaisselle ou encollant un lai de tapisserie. Sans oublier une mise en scène qui réserve quelques très beaux cadrages ou mouvements de caméra comme celui qui suit un couple en un panoramique à 180° filmé de derrière un bosquet. Le côté positif de ce type de films est que nous les oublions aussi vite que nous les avons visionné et que, de ce fait, il n’est pas déplaisant de les revoir la semaine suivante d’un œil presque neuf. Prévisible et sans surprises mais bougrement agréable, Nathan Juran sachant se contenter d'un faible budget sans que ça ne se remarque trop. De la série B comme je l'aime !


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Par Erick Maurel - le 1 mars 2004