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Critique de film
Le film

Le Trou

L'histoire

A la prison de la Santé, Gaspard, un jeune homme de bonne famille accusé de tentative d'homicide, est conduit dans une cellule déjà occupée par quatre détenus. Ces derniers, unis par leur origine sociale populaire et un certain temps passé ensemble en détention, se méfient d'abord logiquement du nouvel arrivé. Ils ont d'autant plus de raisons de se méfier qu'ils ont élaboré un plan d'évasion long et ardu à mettre en oeuvre puisqu'il consiste à creuser un tunnel jusqu'aux égouts. Les quatre hommes - Roland, Géo, Manu et Monseigneur - décident cependant vite de révéler leur entreprise au jeune Gaspard et de l'inclure dans leur opération. Méthodiquement, avec patience, rigueur et détermination, les cinq prisonniers travaillent à la réussite de leur plan d'évasion tout en déjouant avec malice la surveillance du personnel pénitentiaire. Mais la menace qui pèse réellement sur leur action périlleuse ne risque finalement pas de provenir d'un élément extérieur à leur cellule...

Analyse et critique

Le Trou est le dernier film du grand Jacques Becker, décédé un mois avant sa sortie, et qui adaptait là le premier roman de José Giovanni (qui collabora au scénario et aux dialogues et le remercia à titre posthume avant le début du film) inspiré de sa propre expérience carcérale. Dans cette œuvre somme, un réalisme de tous les instants se manifeste dans la mise en scène épuré du cinéaste, claustrophobe et oppressante à souhait avec de lents et sobres mouvements de caméra, de longs plans fixes et une absence totale de musique. Becker cherche véritablement à plonger le spectateur dans la routine monotone de cette prison (qu'on explore assez peu finalement sauf à des fins dramatiques, l'essentiel se déroulant dans la cellule) rendant l'évasion d'autant plus vitale à l'équilibre des détenus qui se trouvent là une motivation au quotidien, chacun ayant ses raisons de ne pas aller au bout de sa probable lourde peine. Le déroulement de l'évasion obéit à ce même principe réaliste avec un Becker qui s'attarde longuement sur le moindre détail du plan des prisonniers, que ce soit le début laborieux lorsqu'ils grattent le sol chacun avec un bout de miroir pendant de longues heures, l'exploration des souterrains et le creusage interminable des tunnels. Rien ne nous est épargné dans cette scénographie que Becker tourne en grande partie dans des décors réels.

Cette entreprise originale et inédite dans le cinéma français aurait pu aboutir à un spectacle très froid et clinique à la manière Un condamné à mort s'est échappé de Robert Bresson (film qui fascinait Becker et qui le mettait au défi de le dépasser), mais le réalisateur a su créer un groupe de personnages très forts et attachants - et impeccablement interprétés par des non-professionnels - qui suscitent l'adhésion d'emblée. Michel Constantin une nouvelle fois parfait en grande gueule obsédé par les femmes, Raymond Meunier en bonne pâte farceuse, Philippe Leroy-Beaulieu glacial et un Jean Keraudy plus vrai que nature en dur-à-cuire expérimenté, ce qui n'est guère étonnant puisqu'il s'agit d'un ancien codétenu de Giovanni ici pratiquement dans son propre rôle. Incroyablement prenant de bout en bout sans que le sens du détail et la dilatation du temps ne provoquent l'ennui, Le Trou, porté par un Jacques Becker obsessionnel qui lui insuffle ce qui lui reste de force vitale, est une réussite magistrale avec une des conclusion des plus stupéfiantes et sombres qui soient mais qui n'obscurcit en rien cet expérimentation filmique viscérale, une odyssée intime puissante mais douloureuse sur l'amitié, la quête de liberté et le poids de la trahison.

Ce film fera l'objet d'une longue étude lors de sa sortie future en Blu-ray.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Dvdclassik - le 19 avril 2017