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Critique de film
Le film

Le Temps s'est arrêté

(Il tempo si è fermato)

Partenariat

Analyse et critique

D'Ermanno Olmi, on ne connaît essentiellement que le palmé et pontifiant Arbre aux sabots. Surprise de taille donc, quand vient le moment de se pencher sur L’Emploi et Le Temps s’est arrêté, deux films que l’on peut retrouver sur le coffret récemment édité par Carlotta. Débarrassé des carcans conventionnels du "réalisateur de festival", Olmi s’avère un cinéaste passionnant. Pas forcément révolutionnaire, tant les deux films présentés ici répondent au cahier des charges de l’hommage étudié au néo-réalisme italien, mais pour le moins talentueux et enthousiasmant.

Honneur au Temps s’est arrêté, premier long-métrage d’une longue carrière (toujours en cours : après un passage à vide au mitan des années 80, Ermanno Olmi vient récemment de sortir un Centochiodi inédit en France). En 1958, Olmi a 27 ans. Fils de paysans, embauché chez Edison après des études aux Beaux-Arts, Olmi réalise des courts-métrages depuis 5 ans dans le cadre des activités de loisirs de l’entreprise. Il décide alors de développer l’un d’eux pour en faire un long, l’histoire d’une amitié naissante entre deux hommes dépêchés dans les Alpes pour y surveiller un barrage hydroélectrique. Cette rencontre improbable entre un vieux briscard un rien bourru et un jeune étudiant venu se faire un peu d’argent de poche accouche d’une histoire simple, pour ne pas dire minimaliste, mais dont le sens du détail, et l’humanité chaleureuse, emportent le morceau. Porté par deux excellents acteurs amateurs (comme dans la plupart des films du réalisateur), le film est une ode à la rencontre, à l’ouverture aux autres, au partage.

Le tout est ténu, et risque peut-être, à qui ne voudrait pas s’y abandonner, d’ennuyer tout autant que l’Arbre aux sabots. Il se dégage pourtant de ce film une énergie joyeuse, magnifiée par un scope noir et blanc du plus bel effet, radicalement différente de l’ascèse de la Palme d’Or 78. Ludique (le running gag de l’étagère, entre autres détails), optimiste, solaire, le film dégage une énergie réjouissante qui l’empêche de sombrer dans l’apathie inhérente à un sujet aussi austère. On en ressort au contraire exalté, et surpris par la faculté du cinéaste à nous intéresser par touches subtiles aux destins ordinaires de ces deux héros du quotidien. La mise en scène, précise, joue sur le détail, faisant d’un échiquier un ressort dramatique, d’un sommier un accessoire comique et des Alpes le décor d’une des plus belles histoires d’amitié vues depuis longtemps. Tout sauf un huis-clos étouffant : une vraie bouffée d’air frais, vivifiante et poétique.

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La fiche IMDb du film
Par Xavier Jamet - le 17 avril 2007