Menu
Critique de film
Le film

La Fureur des Apaches

(Apache Rifles)

L'histoire

Arizona, 1879. Les Apaches Mescaleros ont de nouveau quitté leur réserve de San Carlos, estimant que le traité qu’ils avaient signé n’avait pas été respecté ; en effet, des chercheurs d’or se sont installés sur leurs terres, convoitant leurs richesses. La mission du Capitaine Stanton (Audie Murphy) est de traquer et de ramener les Indiens, un peuple à qui il voue une profonde haine. Il capture le chef Victorio (Joseph Vitale) et son fils Red Hawk (Michael Dante) ; ceux-ci acceptent que la tribu le suive à condition que les mineurs soient chassés de leur territoire, autrement ils préfèrent se faire tuer. Devant une telle détermination, Stanton leur promet que leur demande sera prise en compte. Effectivement, sa troupe se rend sans plus tarder déloger les chercheurs d’or qui rentrent penauds en ville. Un nouvel agent aux affaires indiennes arrive dans la région mais il est tué par deux hommes blancs sans scrupules et de manière à faire croire que les coupables sont les Indiens ; l’idée - lancée par l’épicier Crawford Owens (Charles Watts) qui prône la non-obéissance aux autorités militaires - est de relancer le conflit afin que les Indiens soient exterminés et que les prospecteurs puissent ainsi retourner tranquillement s’occuper de leurs gisements d’or. Stanton, qui a été remplacé au commandement par l’impitoyable Perry (John Archer), part de nouveau à la poursuite des Apaches mais avec beaucoup moins de conviction depuis qu’il a rencontré la missionnaire Dawn Gillis (Linda Lawson) qui l’a presque convaincu du bon droit des Natives, et depuis qu’il a été informé des massacres perpétrés par les mineurs à l'encontre les familles indiennes...

Analyse et critique

En cette année 1964, Admiral Pictures, petite compagnie indépendante soutenue par la 20th Century Fox, met en chantier avec Apache Rifles un "remake" de Indian Uprising (Les Derniers jours de la nation Apache), un western signé Ray Nazarro datant de 1952. On confie la mise en scène au très prolifique William Witney, un réalisateur qui fit surtout les beaux jours du serial, ayant notamment mis en scène en 1939 l’un des plus réputés de ces derniers auprès des aficionados, Zorro's Fighting Legion, mais également des aventures des célèbres Dick Tracy, Fu Manchu ou encore Docteur Satan. Il réalisa aussi bon nombre de série B ou Z avant de terminer sa carrière toute aussi féconde à la télévision avec de nombreux épisodes de Bonanza, Chaparral, Tarzan, Le Virginien, etc... Pour La Fureur des Apaches, les auteurs reprennent non seulement l’intrigue du film original de Ray Nazarro (ce qui me semble logique étant donné qu’elle s’appuie sur le scénario écrit à l’époque par Kenneth Gamet et Richard Schayer) mais, faute à un budget minimal, y puisent également de nombreux stock-shots, exclusivement pour les séquences de combat. Le rendu est par ce fait assez inharmonieux, la colorimétrie des séquences puisées dans le film de 1952 n’ayant pas grand-chose à voir avec celle des scènes tournées en 1964 ; les lieux de tournage étant également différents, les raccords entre les paysages ne se trouvent ainsi pas très heureux. Tout cela n’est pas très grave et nous pouvons tout à fait l’accepter vu les moyens ridicules alloués par la production, mais cette "incohérence plastique" explique en partie la faiblesse des scènes mouvementées qui se révèlent ainsi beaucoup moins crédibles.

Sorti peu après Rio Conchos de Gordon Douglas, le western de William Witney a dû paraitre anachronique à de nombreux spectateurs ; en effet, La Fureur des Apaches ressemble beaucoup plus à un western du début des années 1950 qu’à un film datant du début des années 1960. Les premiers opus de Sam Peckinpah et Sergio Leone allaient très peu de temps après sa sortie lui faire prendre définitivement un coup de vieux. Cela étant dit, si l'on fait abstraction de sa date de sortie, on pourra prendre du plaisir face à ce sympathique western classique et fortement pro-Indien et anti-raciste. Audie Murphy interprète un officier de l'US Army n’éprouvant que mépris pour les Indiens après que son père a été renvoyé de l’armée pour leur avoir fait "trop confiance". Dans son esprit, son père a eu tort et il décide de laver son nom en s’occupant de gérer le conflit entre Indiens et prospecteurs, en essayant de freiner les velléités de révolte des tribus Apaches. Durant sa mission (qu’il se voit d’ailleurs retirée pour avoir écouté un peu trop attentivement les revendications des Indiens), il tombe sous le charme d’une missionnaire qui vit au sein de la tribu. Que ce soit la jeune femme ou le médecin de l’armée, ils tenteront tous les deux (et avec succès) de lui inculquer la tolérance tout en lui faisant toucher du doigt la légitimité de la colère des Apaches. Les scénaristes appréhendent assez bien et en douceur le revirement qui va s’opérer chez ce militaire - au départ assez borné - au contact de personnes censées et nobles. L’amitié (ou tout du moins le respect mutuel) qui va naitre entre le fils du chef Apache et lui n’en est que plus touchante.

Tout aussi intéressant, le scénariste Charles B. Smith (dont ce sera le seul travail pour le cinéma) met aussi en avant le fait que les vils chercheurs d’or étaient soutenus par le gouvernement américain quant à leur accession aux terres convoitées et "volés" aux Indiens. Même si ce n’est pas nouveau et qu’un nombre considérable de westerns avaient déjà abordé le sujet, le western pro-Indien étant un peu tombé en désuétude durant les années 60 ; une sincère piqure de rappel n’était ainsi pas de trop même si John Ford, sur un sujet à peu près similaire, l’avait martelé lui aussi quelques semaines auparavant dans Cheyenne Autumn (Les Cheyennes). Soit dit en passant, et même si cela risque de faire grincer des dents, il n’est d’ailleurs pas interdit de préférer la petite série B de William Witney au prestigieux film de Ford, le noble message arrivant à passer avec au moins autant de puissance puisque moins insistant et moins sentencieux. Et puis la séquence de massacre par L.Q. Jones de civils indiens, femmes et enfants, filmée frontalement, s’avère d’une puissance à laquelle on ne s’attendait pas au sein d’un tel film de série qui reste autrement dans l’ensemble très convenu. Car si l’on aura effectivement quelques difficultés à s’extasier sur la mise en scène ou sur le scénario, il faut cependant se rendre à l’évidence : Witney nous offre tout du long un western rythmé et plaisant grâce aussi à de bonnes performances d’Audie Murphy - cependant un peu fatigué - mais aussi de la jolie Linda Lawson dans le rôle de la missionnaire métisse, de Michael Dante, loin d’être ridicule dans celui du guerrier apache ayant eu une éducation européenne, de L.Q. Jones que l’on aime en l'occurrence haïr, de John Archer dans la peau d’un officier proche du Owen Thursday de Fort Apache (recherchant avant tout la gloriole au risque de faire massacrer ses hommes) ou encore de J. Pat O’Malley dans celui du docteur. Un casting parfaitement bien choisi !

On peut relever encore quelques réjouissantes idées de scénario faisant de l’officier interprété par Audie Murphy un homme aux méthodes parfois peu orthodoxes : il enivre un prospecteur pour obtenir des aveux, place un homme au milieu d’une dangereuse échauffourée pour lui faire peur... [Attention spoiler] Il est dommage en revanche que Charles B. Smith n’ait pas pu aller au bout de son idée pour le final (enfin c’est ce qu’il nous semble), celle de faire mourir son héros, le spectateur y croyant durant quelques minutes après l’avoir vu se prendre une lance en pleine poitrine. Les producteurs ont dû penser que ce traitement était un peu violent pour le personnage principal de l’histoire, d'autant plus interprété par Audie Murphy [Fin de spoiler]. Autrement, le réalisateur et son chef opérateur utilisent plutôt bien les beaux extérieurs mis à leur disposition, ceux de Bronson Canyon et des Alabama Hills, et le compositeur Richard LaSalle s’en tire plutôt bien, quelques phrases musicales arrivant aisément à nous rester en tête. L’ensemble est certes inégal, un peu vieillot, souffrant d’un manque d’inventivité et de tension mais il se situe néanmoins dans la bonne moyenne des séries B westerniennes.

Pour essayer de résumer, nous nous trouvons devant une série B certes mineure, prévisible, un peu trop sage et quelque peu en décalage si l’on prend en compte l’évolution du genre à l'époque du tournage, mais cependant décemment construite, correctement réalisée (si l’on veut bien faire abstraction de l’utilisation abusive de stock-shots) et constamment agréable à suivre d’autant qu’elle aura eu également le mérite de nous replonge dans cette réalité historique, celle des difficiles relations en Arizona entre Blancs et Indiens alors même que les traités de paix avaient été signés, l’or demeurant encore et toujours le ferment des conflits. Même si Audie Murphy avait eu l’occasion de jouer dans de bien meilleurs westerns lorsqu’il était lié par contrat avec Universal, La Fureur des Apaches reste un film de fin de carrière tout à fait honorable.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 29 août 2015