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Critique de film
Le film

La Caverne des hors-la-loi

(Cave of the Outlaws)

Partenariat

L'histoire

Arizona, années 1880. Des bandits dévalisent un train, en retirent des sacs d’or et s’enfuient au grand galop, immédiatement pris en chasse par les hommes de loi. Les brigands se réfugient au fond d’une immense grotte mais leurs poursuivants découvrent la cachette, les tuent tous sauf le tout jeune Pete Carver qui est emmené en prison. Après une quinzaine d’années passées au bagne, Carver (MacDonald Carey) arrive à Copper Bend, la ville la plus proche de la grotte, le butin n’ayant jamais été retrouvé. Malgré le fait qu’un détective de la Wells Fargo (Edgar Buchanan) ne le quitte pas d’une semelle, il ne va avoir de cesse que de récupérer le magot perdu. Sachant que de "sans le sou" Carver pourrait devenir millionnaire du jour au lendemain, tout les commerçants lui font crédit alors qu’une jeune journaliste (Alexis Smith) demande son aide financière pour relancer le journal local qui a périclité suite à la mystérieuse disparition de son mari...

Analyse et critique


Depuis 1943, William Castle a déjà tourné plusieurs dizaines de films avant d’en arriver à ce western de série B en Technicolor de la Universal. Il réalisera neuf autres westerns, la plupart toujours inédits en France ; aucun de ceux-ci ne possède une réputation digne de ce nom, le cinéaste étant dans l'ensemble plus apprécié par les amateurs de films fantastiques et d’horreur que par les aficionados du western. Le réalisateur était d'ailleurs dans l'ensemble plus doué a priori pour le marketing que pour la pure mise en scène. Dans son autobiographie, William Castle racontait que c'était en voyant les files d'attente devant les cinémas pour voir Les Diaboliques de H.-G. Clouzot qu'il eut l'idée de réaliser des films d'angoisse ou d'horreur pour empocher le pactole ; il ne s'est en effet jamais caché de les avoir tournés par pure opportunisme commercial. C'était même devenu un roi du teaser : il imagina une police d'assurance qui garantissait un capital pour la famille en cas de décès par épouvante à la vision d'un de ses films ; il fit installer des fauteuils à vibrations électriques pour la diffusion de The Tingler (Le Désosseur) ; pour La Nuit de tous les mystères (House on Haunted Hill), son film le plus célèbre, il accrocha des squelettes en plastique au plafond des salles qui le projetaient, qu'il faisait fondre sur les spectateurs au moment où les personnages de son film subissaient ce même genre d'attaques...


S’il fut donc durant les années 60 un réalisateur culte pour les fans d'épouvante bon marché, peu d’amateurs de westerns l’ont mis en avant ; ce Cave of the Outlaws arrive à en faire appréhender la raison. Si le prologue de l’attaque du train et de la poursuite qui s’ensuit entre bandits et hommes de loi est dynamique, parfaitement bien rythmé et réalisé avec une très belle utilisation des paysages de Vasquez Rocks puis des grottes de Carlsbad au Nouveau Mexique, la suite sera bien plus sage et somme toute assez routinière. Au menu, une belle veuve splendidement habillée et qui fait tourner les têtes (la charmante Alexis Smith), un détective privé qui espère que l’ex-prisonnier lui fera retrouver l’argent qui avait été dérobé à la Wells Fargo (Edgar Buchanan), un méchant avec la tête de l’emploi (Victor Jory), des bagarres à poings nus, quelques poursuites et fusillades... tout cela au sein d’un scénario pas forcément bien écrit - mais Elizabeth Wilson fera bien pire par la suite. L’intrigue ne s’avère guère captivante et les personnages non seulement peu fouillés mais également pas forcément attachants, pas même le héros de l’histoire interprété par un MacCarey Donald - le policier dans Shadow of a Doubt d’Alfred Hithcock - qui accomplit bien son travail mais dont l’écriture de son personnage ne lui permet pas de faire montre de tous ses talents dramatiques. Il en va d’ailleurs de même pour la plupart des autres comédiens d'un pourtant excellent casting, certains acteurs comme Hugh O’Brian étant même totalement sacrifiés.


Au niveau des points positifs, il reste néanmoins pas mal d'éléments assez sympathiques : de bons cascadeurs, de très jolis costumes, un magnifique Technicolor, un décor tout à fait inhabituel dans le genre et superbement bien photographié par Irving Glassberg, ainsi que deux ou trois séquences qui sortent un peu de l’ordinaire dont la "torture" du jeune Russ Tamblyn (West Side Story) filmée derrière un rocher, ou encore ce duel au pistolet se déroulant comme au siècle précédent avec les deux rivaux dos à dos qui doivent marcher durant dix pas avant de se retourner et se tirer dessus. On se délectera aussi de la description des commerçants "magnanimes" de la ville pariant sur la future fortune du nouvel arrivant, lui offrant tout à crédit, Carver devenant quasiment du jour au lendemain l’homme le mieux vêtu et le mieux loti de la petite cité. Quelques détails assez insolites et une qualité très honorable au niveau du travail technique effectué par les équipes Universal... Ce qui ne nous empêchera pas de rester grandement sur notre faim, tout autant concernant une intrigue sentimentale qui manque singulièrement d’intérêt et de passion.


Un western de série B esthétiquement plutôt joli à regarder mais sans grande inspiration ni surprises et qui manque singulièrement d’énergie et de vie, peu aidé en cela par un scénario banal, maladroit, stéréotypé et parfois inutilement compliqué, ainsi que par une direction d’acteurs assez anémique. Un film cependant décent et pas désagréable, qui passera très bien pour une séance lors d’un après-midi pluvieux, d'autant qu'il se pourrait que les amateurs de films à l'atmosphère particulière prennent un certain plaisir à sa vision grâce à toutes les séquences se déroulant à l'intérieur des grottes. Moyen, un peu ennuyeux, sans néanmoins être honteux !

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 3 juin 2017