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Critique de film

L'histoire

Alan Strang (Peter Firth) est un jeune garçon d'écurie. Pris d'un accès de folie, il crève les yeux de six chevaux dont il s'occupait pourtant amoureusement. Il est envoyé par décision de justice auprès du docteur Dysart (Richard Burton) qui essaye au cours de la thérapie de comprendre ce geste inexplicable...

Analyse et critique

Sidney Lumet signe avec Equus une nouvelle adaptation théâtrale mais cette fois ci à la demande expresse de l'auteur, Peter Shaeffer, qui par ailleurs est loin d'être totalement convaincu par sa création. Sujet oblige, Lumet est dans un approche très psychanalytique, truffant son film d'images et de symboles facilement décryptables par le spectateur qui comprend ainsi vite la nature du trauma du personnage, bien avant Dysart, qui passe du coup pour un piètre psychiatre. On penche d'ailleurs plus pour une maladresse de Lumet et de Shaeffer que pour une volonté des deux hommes d'offrir au spectateur le plaisir pris à démêlér l'écheveau (les chevaux ?) de l'intrigue avant le spécialiste proclamé. On passera donc vite sur le prétendu mystère du film pour se concentrer sur la mise en scène, ici rendue particulièrement intéressante du fait que le cinéaste ait pris de front avec ce film la question de l'adaptation théâtrale. Le plus grand des reproches qui lui est fait est justement sa mise en scène prétendument théâtrale, critiques et spectateurs peu attentifs ayant souvent le réflexe d'associer adaptation de pièce et mise en scène anti-cinématographique - Pagnol en a fait les frais en son temps - pour peu que le cinéaste se refuse à aérer artificiellement le matériau d'origine. Et pourtant Lumet, à quelques exceptions près (Long voyage vers la nuit par exemple) a toujours su transposer les pièces qu'il adapte dans un langage purement cinématographique.

Avec ce film, il change radicalement d'approche en créant un dispositif de mise en scène qui affiche au contraire l'origine théâtrale du projet. Le récit tenant tout entier sur la confrontation entre Dysart et Strang, Lumet décide d'essayer de recréer au cinéma cette frontalité directe qui existe sur les planches entre le spectateur et les acteurs, convaincu que c'est la meilleure façon de nous impliquer dans le duel entre les deux hommes. Ainsi, Richard Burton et Peter Firth sont filmés et éclairés comme s'ils étaient sur une scène de théâtre, ils s'adressent souvent directement à la caméra et l'on devine presque la présence de coulisses et des changements de décors. Tout ces effets renforcent l'impression de réalité fuyante, de fantasme, de vérité masquée qui est au cœur du film. L'artificialité du dispositif n'est pas là pour donner corps à la psychose d'Alan mais pour remettre en cause la loi sacrée de la psychanalyse. En laissant tout le film et ses protagonistes être contaminés par l'artifice, Lumet montre qu'il n'y a pas d'un côté le malade et de l'autre le praticien, d'un côté les fantasmes et de l'autre la réalité : les frontières sont floues, perméables, et tous les personnages sont pris dans un même mouvement de déréalisation. Lumet questionne souvent la notion de normalité. C'est évident ici mais le discours est le même dans Serpico où la droiture du personnage interprété par Al Pacino confine à l'obsession et pourrait dans un autre contexte être jugée comme une maladie mentale.

Sidney Lumet refuse d'enfermer Alan dans une case, le montrant comme un jeune homme allant au bout de sa passion et non comme le fou qu'il est censé être aux yeux de la société. Lumet joue énormément sur les rapports de force entre Alan et Dysart, inversant leur position au fur et à mesure des échanges. On retrouve ici cet amour de Lumet pour les confrontations, les rapports conflictuels, les combats psychologiques et verbaux entre les individus ; et alors qu'il prend un plaisir évident à montrer Alan sortant grandi de sa joute avec Dysart - et donc de son combat contre la loi de la psychanalyse, contre la norme - il montre dans un même temps une infinie empathie pour le médecin brisé qui voit vaciller sa croyance en sa science. Porté par ses deux admirables interprètes, Equus est un film passionnant, une joute de près de deux heures qui nous tient en haleine de la première à la dernière minute. Après Network et Un après-midi de chien, la deuxième moitié des années 70 nous montre un Sidney Lumet au mieux de sa forme.

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : SWASHBUCKLER FILMS

DATE DE SORTIE : 12 juillet 2017

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