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Critique de film
Le film

Avril à Paris

(April in Paris)

Partenariat

L'histoire

La Chorus Girl new-yorkaise Esther "Dynamite" Jackson (Doris Day) est choisie par erreur pour représenter les Etats-Unis lors d'un festival artistique à Paris en lieu et place d’Ethel Barrymore ; cette dernière reçoit en revanche le visa pour Montréal demandé par la danseuse. L’auteur de cette bourde est S. Winthrop Putnam (Ray Bolger), l’assistant de l’assistant du sous-secrétaire au département d’Etat qui rêve de devenir non moins que... président des USA ! Cette méprise va se révéler très populaire puisqu'en effet les supérieurs de Putnam l’en félicitent au vu du nombre impressionnant de courriers reçus applaudissant au fait qu’enfin une Américaine ordinaire soit distinguée pour cette sorte d'évènement culturel. Esther va effectuer la traversée de l'Atlantique en paquebot avec un groupe de hauts dignitaires et intellectuels avec qui elle va s'ennuyer un peu ; heureusement, un patron de boîte de nuit fauché (Claude Dauphin) va venir égayer son voyage, et surtout elle va tomber amoureuse de celui qui lui aura permis par étourderie d’avoir cette chance de visiter Paris...

Analyse et critique

Quatrième des cinq films que Doris Day tourna sous la direction du réalisateur David Butler (les autres étant It’s a Great Felling, Tea for Two, Escale à Broadway ainsi que le célèbre Calamity Jane qui sortira l’année suivante, véritable mise sur orbite de l’actrice aux USA), April in Paris narre l'histoire assez cocasse d'une Chorus Girl choisie par erreur - en lieu et place de la célèbre Ethel Barrymore - pour représenter les Etats-Unis lors d'un festival artistique à Paris. Beaucoup de quiproquos en perspective, de situations pouvant prêter à rire ou sourire, un postulat de départ en définitive pas plus bête qu’un autre pour une comédie musicale n’ayant pas bénéficié d’énormes moyens et au final, bien que pas spécialement déplaisante - surtout pour les admirateurs de Doris Day qui aura rarement été aussi jolie -, il est vrai assez moyenne, fidèle en cela à sa réputation peu flatteuse.

April in Paris était à l’origine une chanson écrite en 1932 pour un spectacle de Broadway intitulé Walk a Little Faster qui ne remporta d'ailleurs pas un succès phénoménal. En revanche, la chanson-titre est devenue rapidement très populaire et eut de multiples interprètes dont Frank Sinatra qui en délivra une interprétation magnifique. La version mélancolique qu'en donne Doris Day lors du premier quart d’heure du film de David Butler est à nouveau là pour prouver que cette mélodie composée par Vernon Duke était effectivement superbe. Il s’agit d’ailleurs de la plus belle séquence du film, la comédienne donnant une interprétation puissamment émouvante de cette chanson dont les paroles sont signées E.Y. Harburg. Tous les autres titres disséminés dans le courant du film auront également été composés par le même Vernon Duke mais avec Sammy Cahn en tant que parolier. Dans le lot, peu de chansons resteront marquantes hormis celles à l’origine des deux seules autres séquences mémorables : I'm Gonna Ring the Bell Tonight, le numéro exubérant se déroulant dans les cuisines du paquebot et au cours duquel Doris Day danse avec son partenaire Ray Bolger, ainsi et surtout que le délicieux That's What Makes Paris Paree réunissant en fin de film Doris Day et Claude Dauphin. Même si un peu plus modeste, il ne faudrait pas oublier non plus le très bon premier numéro musical, It must be Good, très agréable grâce notamment à une dizaine d'artistes féminines aux splendides tenues violettes les mettant parfaitement bien en valeur (« What a Built ! » est d'ailleurs l'une des répliques running gag du film). Parmi celles-ci, Doris Day en profite pour nous remémorer ses talents de danseuse malgré l’accident qui mit fin à ses grandes ambitions dans ce domaine. Elle nous le démontrera à nouveau à plusieurs reprises au cours de cet April in Paris.

Esther "Dynamite" Jackson n'est autre que la vedette féminine du studio de l’époque qui, comme son surnom l'indique dans le film, pète la forme et pétille de vivacité et de bonne humeur. Elle fait tout pour entrainer ce musical sur cette pente ; et si elle n’y parvient pas toujours, son entrain constant fait redémarrer le film à presque chacune de ses apparitions. Ce qui nous empêche d’avoir le temps de sombrer dans l’ennui qui pointe néanmoins parfois le bout de son nez faute à un rythme pas franchement fougueux, à un humour pas spécialement léger et à un acteur qui est loin d’avoir la classe de Fred Astaire (pressenti au départ). L’ex-épouvantail de The Wizard of Oz (Le Magicien d’Oz) s'avère cependant un excellent danseur dégingandé et son numéro sur la table des cuisines du paquebot est assez étonnant, ses jambes paraissant être en caoutchouc (cela aura d'ailleurs été sa spécialité toute sa carrière durant). Mais l’avoir choisi pour être le partenaire de Doris Day se sera révélé une grosse erreur de casting : l’alchimie entre les deux acteurs est quasiment inexistante par le fait aussi que, au vu de son âge, Ray Bolger aurait quasiment pu être le père de sa partenaire à l'écran. Il est ainsi assez difficile de trouver crédible leur couple alors que ce type d'association fonctionnait parfaitement bien l’année précédente avec aux côtés de Doris Day un comédien au physique tout aussi ingrat, le surprenant Danny Thomas dans le trop méconnu I’ll See You in My Dreams (La Femme de mes rêves) de Michael Curtiz. Cela étant dit, le courage de choisir des acteurs pas spécialement beaux pour former des couples avec la star maison a probablement contribué à renforcer le statut de l’actrice, un nombre plus important de spectateurs pouvant alors avec encore plus de facilité s’identifier aux personnages et à leurs histoires d’amour.

Pour avoir une chance d’apprécier le film, il faut également ne pas être allergique ni aux clichés ridicules comme ceux concernant les Français, amants fabuleux et dragueurs impénitents, ni aux idées gentiment désuètes comme lors de ce long et pénible quart d'heure au cours duquel deux hommes choqués - sachant pertinemment que le mariage contracté entre Doris Day et Ray Bolger est un fake (puisque le capitaine du navire leur ayant passé la bague au doigt n'était pas un vrai capitaine) - font tout pour empêcher que la nuit de noces soit consommée. Par contre, on appréciera les piques assez délectables contre le gouvernement américain et ses fonctionnaires, ainsi que la séquence parisienne au cours de laquelle pour la première fois de sa carrière Doris Day balance une gifle monumentale à sa rivale, suivie d'un début de crêpage de chignon assez savoureux. A signaler que malgré son titre, l'intrigue ne s'installe dans notre capitale que durant le dernier quart du film qui autrement s'est déroulé pour une bonne moitié à bord d'un paquebot. On trouvera aussi quelques autres occasions de se dérider : le numéro de Ray Bolger dansant avec deux anciens présidents des USA (Lincoln et Washington) ou encore les apparitions d'une Eve Miller qui aurait mérité un personnage plus étoffé et beaucoup plus présent à l'écran. Quant à la garde-robe de l'actrice principale, elle nous en met plein la vue rehaussée par le fait d'être photographiée dans un glorieux Technicolor.

Même s'il s'avère médiocre sur le plan de l'esthétique et de la mise en scène, même si certaines séquences ont tendance à s'éterniser (celle de la fausse lune de miel et des cabines jumelles) au sein d'un scénario plutôt laborieux, et même si l’on ne croit guère à la romance entre Doris Day et Ray Bolger, l’ensemble n’aura pas été trop désagréable... à condition de ne pas trop en attendre et d’être conditionné au départ pour ce genre de comédies musicales. Film à la réputation peu flatteuse dans la carrière de Doris Day, April in Paris se révèle donc néanmoins assez sympathique, bien moins réjouissant cependant que les précédents films que David Butler a réalisés avec l'actrice.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 4 octobre 2016