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Critique de film
Le film

Escale à Broadway

(Lullaby of Broadway)

Partenariat

L'histoire

Après plusieurs années passées en Angleterre, la jeune chanteuse Melinda (Doris Day) décide de revenir à New York pour aller rendre visite à sa mère Jessica (Gladys George), une vedette de Broadway qu’elle n’a pas revu depuis des années. Ce dont Melinda ne se doute pas est que sa mère n’est plus désormais qu’une star déchue, tombée dans l’alcoolisme et obligée de se produire dans les cabarets les plus malfamés de Greenwich Village. Lorsqu’elle se rend à la villa de sa mère qui appartient désormais à Adolph Hubell (S.Z. Sakall), un producteur de comédies musicales sur Broadway, elle est accueillie par les serviteurs (Billy de Wolfe & Anne Triola), ex-partenaires de Jessica à la scène. Pour lui cacher la déchéance de sa mère, ils font croire à Melinda qu'elle est partie en tournée. Hubbell, tombé sous le charme de Melinda, lui propose le premier rôle dans son prochain spectacle où se produira aussi le danseur de claquette Tom Farnham (Gene Nelson) qu’elle a rencontré sur le paquebot et dont elle va tomber amoureuse. Son plus grand souhait est que sa mère puisse partager tout ce bonheur qui lui tombe dessus. Encore faut-il qu’elles puissent se rencontrer à nouveau sans que la fille n’apprenne la triste vérité sur sa mère. Entretenir l’illusion d’une femme toujours au sommet de sa gloire, c’est ce que vont s’évertuer à mettre en place tout l’entourage de Jessica ; ce qui ne va pas sans provoquer quelques quiproquos...

Analyse et critique

Si la Warner, dans le domaine de la comédie musicale, a donné le meilleur d’elle-même dans les années 30 avec les films réalisés et (ou) chorégraphiés par Busby Berkeley, à l’inverse de la MGM, elle ne nous a plus laissé grand-chose de mémorable dans ce genre par la suite, si l’on excepte quelques superbes réussites isolées tels Une Etoile est née (A Star is Born) ou Pique-nique en pyjama (Pajama Game), ce dernier avec en tête d’affiche l’actrice principale de cet Escale à Broadway, Doris Day. Rien de franchement inoubliable dans le lot mais néanmoins de nombreux films hautement divertissants dont la plupart de ceux interprétés par l’ex-chanteuse de Big Band découverte par Michael Curtiz en 1948. En 1951, à l’époque de Lullaby of Broadway, la jeune actrice, avec déjà sept films à son actif, n’était encore pas devenue une star du grand écran adulée par les américains mais commençait à être une valeur sûre pour le studio qui était quasi-certain de rentrer dans ses frais à chaque fois qu'elle était présente au générique d'une de leur production. C'est Calamity Jane deux ans plus tard qui allait la propulser tout au sommet ; elle n’allait plus en redescendre avant sa retraite cinématographique qui aura lieu assez tôt, à seulement 46 ans !

En 1951, Doris Day commençait sérieusement à plaire de plus en plus à la fois aux hommes par son sex-appeal et sa gentillesse qu’à la gent féminine pour ses personnages de femmes modernes, indépendantes et n'ayant pas froid aux yeux dont le premier exemple sera justement celui qu’elle tient dans Lullaby of Broadway, rembarrant par exemple avec aplomb son jeune prétendant un peu trop empressé dès les premières séquences. Doris Day avait donc débuté dans le cinéma seulement trois ans auparavant, déjà à la Warner, sous la baguette de Michael Curtiz qui la dirigera à nouveau à plusieurs reprises les années suivantes y compris dans le dramatique La Femme aux chimères (Young with a Horn) où elle avait pour partenaire non moins que Kirk Douglas et Lauren Bacall. Tout en continuant d’enregistrer des disques, elle ne cessera désormais plus de tourner incarnant l’américaine typique joviale et dynamique. Et si ses compétences de chanteuse ont toujours été reconnues, il faudrait insister sur ses indéniables talents d’actrice qui s'améliorent de film en film, trouvant dans Escale à Broadway un parfait équilibre entre naturel et fantaisie, pétulance et effronterie.

Cette comédie musicale colorée, tout comme plus tard le Calamity Jane du même David Butler, si elle n’a absolument rien d’exceptionnel devrait néanmoins grandement plaire aux amateurs du genre, aux amoureux du Technicolor (l'actrice principale s'étant vu offrir ici une garde-robe de folie, on s'en prend plein les yeux) et à ceux qui ne peuvent s’empêcher de craquer devant l’entrain, le sourire, la voix sensuelle et la manière de chanter de Doris Day, Il s’agit d’un vaudeville musical parfaitement conventionnel mais à la fois assez amusant dans ses quiproquos tout en étant capable d'émouvoir, témoin les retrouvailles très touchantes entre la mère et la fille. Le film ne brille certes ni par son scénario cependant plutôt bien mené, ni par sa réalisation assez quelconque, mais le naturel et la bonne humeur de Doris Day sont communicatifs et, non contente d'être excellente chanteuse, se révèle ici superbe danseuse de claquettes. L’on sait que son rêve d’une carrière de danseuse a pris fin à la suite d’un accident de voiture alors qu’elle avait 16 ans ; on imagine qu’elle aurait aisément pu faire partie des plus grandes dans le domaine quant on la voit évoluer dans l’excellent final qui donne son titre au film ou même auparavant dans une autre séquence la réunissant déjà à Gene Nelson, 'Somebody Loves me', deux numéros superbement chorégraphiés par Eddie et Leroy Prinz.

Son partenaire, Gene Nelson, s’il s'avère sans conteste étonnement virtuose en tant que danseur, peut difficilement se targuer de l’être en tant que comédien, sa ‘non-performance’ sautant aux yeux malgré un capital sympathie bien présent. L’utilisation des seconds rôles ne manque pas de pittoresque même si elle ne brille pas par sa légèreté (ce n'est pas ce qu'on leur demande non plus) : l’on retrouve l’habituel S.Z Sakall dans le rôle du producteur au grand cœur qui tombe sous le charme de sa nouvelle vedette sous les yeux de son épouse acariâtre et jalouse, très amusante Florence Bates ; le cocasse duo de 'serviteurs ex-comédiens' constitué par Billy De Wolfe (moins hilarant cependant que dans Tea for Two) et Anne Triola, tous deux excellents dans leur chanson ‘You’re Dependable’ ; et enfin Gladys George qui apporte sa touche d’émotion au film dans la peau de l’ex-star déchue et alcoolique reprenant même une chanson qu’elle entonnait déjà dans les années 30, ‘In a Shanty in Old Shanty Town’. Nous pouvons également nous régaler des standards utilisés au cours du film, quasiment tous déjà également présents dans des films des années 30, ici brillamment réorchestrés façon jazz par Ray Heindorf et Howard Jackson et bénéficiant de belles chorégraphies.

Au menu : 'Just one of those Things' de Cole Porter qui ouvre le film avec une Doris Day portant admirablement bien le smoking ; 'You’re Getting to be a Habit with me' ainsi que le fameux 'Lullaby of Broadway' tiré de Chercheuses d’or 1935, composés par Harry Warren et Al Dubin ; 'Zing Went the Strings of my Heart' avec le Page Cavanaugh Trio et qui démontre le brio et l'agilité hallucinants de Gene Nelson qui arrive même à sauter sur un piano et à continuer à faire des claquettes dessus ; le réjouissant duo Doris Day/Gene Nelson constitué par 'Somebody Loves me' de George Gershwin ; 'I Love The Way You Say Goodnight' d’Eddie Pola où, comme déjà Fred Astaire dans Easter Parade de Charles Walters, nous voyons danser le couple au ralenti… Un très beau Tracklisting pour une comédie musicale qui atteint son but, celui de divertir et de nous éclairer le visage d’un sourire durant 90 minutes.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 8 avril 2007