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Livres

Georges méliès l'enchanteur

Un livre de Madeleine Malthête-Méliès

Editeur La tour verte (28 novembre 2011)
Collection : La muse celluloïd

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Analyse et Critique

La vie de Georges Méliès est un roman. Depuis la sortie de Hugo Cabret (Martin Scorsese, 2011), les grandes péripéties de son parcours sont désormais connues du plus grand nombre. Avant que le cinéaste new-yorkais lui rende hommage, l’œuvre de Méliès a été célébrée à la Cinémathèque Française (2008) mais également au cours de nombreux événements dans le monde. En revanche, les ouvrages consacrés au réalisateur ne sont pas si nombreux au regard de sa réputation et de l’importance de son œuvre dans notre patrimoine cinématographique. Parmi ces derniers, nous retiendrons essentiellement le livre de Georges Sadoul (1961), celui initié par Studio Canal (A la conquête du cinématographe accompagné de 3 DVD) et l’ouvrage de référence qui nous intéresse aujourd’hui : Georges Méliès l'enchanteur

Cette biographie est signée Madeleine Malthête-Méliès. Petite-fille du cinéaste, elle a grandi à ses côtés après le décès de sa mère (Georgette). Depuis cette époque, Madeleine Malthête-Méliès a toujours défendu l’oeuvre de son grand-père. Collaboratrice d'Henri Langlois à la Cinémathèque Française de 1943 à 1945, elle a créé l'Association des Amis de Georges Méliès qu’elle continue à animer aujourd’hui avec un enthousiasme intact. En 1973, après un long travail de recherche, elle publie une première version de Georges Méliès l'enchanteur. Grâce à cet ouvrage, mais également à son association et au formidable travail des cinémathèques du monde entier, de nombreux films de Georges Méliès sont retrouvés pendant les années qui suivent cette parution.

Devant ces découvertes et au regard de la passion des cinéphiles de tous horizons pour l’œuvre de son grand-père, Madeleine Malthête-Méliès n’abandonne pas son travail de recherche. En 2011, son ouvrage ressort chez l'éditeur La Tour verte, agrémenté de nouveaux documents et témoignages. Aujourd’hui, ce livre se présente comme la biographie la plus exhaustive du cinéaste. Fruit d'un long travail de recherche en bibliothèque, mais aussi dans des archives de prestidigitation, d’art forain et évidemment de cinéma, ce livre regorge de détails. Mais il s’est également nourri des archives familiales et des souvenirs de Madeleine Malthête-Méliès, ce qui lui vaut un caractère définitivement exceptionnel.

Découpé en 25 chapitres et précédé d'une préface de René Clair, l'ouvrage décrit le formidable parcours de Georges Méliès. Un chapitre est d’abord consacré à ses aînés et à la formidable réussite de son père. Puis, on suit l’enfance de Georges, jeune garçon au caractère bien trempé et doté d’une énergie créatrice démesurée. Ce seront ensuite les premiers tours de prestidigitation, les représentations au Théâtre Robert Houdin et la recherche ininterrompue de nouveaux "trucs". Jusqu’au jour où cette course vers la nouveauté rencontre l’invention des Frères Lumière ! L’ouvrage est ensuite largement consacré au parcours cinématographique de Méliès jusqu’en 1912, date à laquelle il réalise son dernier film…

C’est une véritable plongée dans le quotidien du cinéaste à laquelle nous invite Madeleine Malthête-Méliès. Des premiers films bricolés dans son jardin jusqu’au fameux studio de verre de Montreuil, l’auteur décrit chaque épisode de la carrière de Méliès avec minutie, passion et tendresse. Après 1912, on suit Georges Méliès dans sa boutique de jouets de la Gare Montparnasse et au Château d’Orly (maison de retraite de la Mutuelle du Cinéma) où il finit sa vie en compagnie de sa seconde femme (Jehanne d’Alcy) et de sa petite-fille.

Chaque épisode de la vie du cinéaste est donc traité dans le détail. Madeleine Malthête-Méliès retranscrit notamment des dialogues ou des courriers échangés par Georges Méliès avec ses amis et sa famille. Ce livre est également l’occasion de s’immerger dans la vie parisienne de l’époque. Madeleine Malthête-Méliès relate ainsi certains événements auxquels son grand-père s’est mêlé (la lutte contre le Boulangisme par exemple). Elle nous emmène également dans les lieux alors à la mode (Le Moulin Rouge où l’on croise Toulouse Lautrec) où à L’Exposition Universelle de Paris (1900). Une époque d'insouscience et de bonheur...

Enfin, Georges Méliès l'enchanteur décrit la naissance du cinéma. Les grands pionniers du genre y sont présents : les frères Lumière, Charles Pathé, Max Linder, Charles Chaplin et tant d’autres côtoyés par Méliès. L’auteur nous montre notamment comment l’invention du cinématographe, d’abord réservée à quelques visionnaires, a rapidement accouché d'une industrie aux enjeux financiers majeurs. Si certains ont su prendre le train en marche (Gaumont, Pathé), d’autres, comme Méliès, ont refusé de sacrifier leur vision artistique et se sont entêtés jusqu’à tout perdre…

C’est donc un voyage passionnant auquel nous convie Madeleine Malthête-Méliès dans son ouvrage. Un livre de 500 pages agrémentées d’une iconographie intéressante (on aurait évidemment souhaité qu’elle soit plus riche) et rédigées dans un style vif, un peu désuet mais toujours agréable. Une biographie qui se lit comme un roman et dont on sort avec les yeux remplis d’étoiles. Celles de la Star Film bien sûr !

En savoir plus

Le site de l'association des amis de Georges Méliès

La critique du Voyage dans la Lune

Par François-Olivier Lefèvre - le 21 mai 2012