Persona est un film qui a « sauvé la vie
» de Bergman. Le titre premier du film, Cinématographe
, résonne comme le testament d’un cinéaste,
alors que cette œuvre va consacrer la renaissance de son auteur.
Bergman imagine les premières images de son film alors qu’il
délire, cloué sur un lit d’hôpital, atteint
d’une double pneumonie. Refusant tout contact avec l’extérieur,
le cinéaste se mure dans le silence et se laisse aller à
ses dérives mentales. Les corps de mourants passent devant
lui comme dans un songe, deux infirmières discutent et se
montrent leurs mains, leur image se fondent et elles ne font plus
qu’une seule et même personne, des photos de journaux
de Liv Ullman et Bibi Andersson frappent Bergman par l’étrange
effet de lumière qui éclaire leurs visages... Persona
est né. De ces visions, le cinéaste tire en deux semaines
un scénario, quitte son lit et une semaine plus tard démarre
le tournage à Stockholm. Cette urgence, ce besoin de créer,
irriguent chaque minute du film. Naît alors une tension, un
désir brûlant de cinéma, une passion vorace
qui donne à Persona la force et, pourrait-on
presque dire, la naïveté d’un premier film.
En abordant les années 60, Bergman offre ses films les plus
purs : Les Communiants,
Le Silence, Persona… lignée
qui s’étend jusqu’à la fin de la décennie
avec La Honte. Purs au sens où le cinéaste
se confronte directement à ses sujets, avec son imaginaire,
sa logique propre. Bergman nous plonge directement au cœur
de son monde sans plus faire appel à des formes narratives
communément admises et acceptées. Ce sont ses films,
son univers, son cinéma. Le cinéaste a balayé
ses influences, il parle avec ses mots, s’est créé
un langage propre, unique. Avec Persona, il semble
aller aussi loin que possible dans cette forme de cinéma,
mais l’œuvre à venir regorge tant et plus de chemins
de traverse, d’expérimentations. Alors que l’on
pouvait imaginer à l’époque que Bergman était
allé au bout de sa démarche expérimentale,
c’était sans compter sur la soif insatiable de découverte
qui anime l’homme. Ce plaisir de créer et d’innover,
jamais pris à défaut, peu d’auteurs peuvent
s’en prévaloir, les plus novateurs s’emmurant
bien souvent dans leurs créations et creusant les mêmes
sillons. Audaces formelles, pulsions librement exprimées,
refus d’une narration classique, Bergman offre avec
Persona une approche de la mise en scène autant
physique que mentale. Mentale, car l’île de Fårö
où se déroule entièrement le film (et où
Bergman se retire dorénavant) est un lieu clos que l’on
peut circonscrire à un monde cerveau, celui d’Elisabet
et/ou Alma. Physique tant le film est en contact direct avec le
spectateur.

Persona s’ouvre sur les filaments de la
lampe d’un projecteur qui s’échauffent jusqu’à
la naissance de l’arc électrique. La lampe s’amorce,
la pellicule commence à défiler, rythmée par
les claquements de la boucle. Nous sommes dans le projecteur, nous
voyons défiler la pellicule dans le couloir de projection,
d’abord l’amorce puis un dessin animé des premiers
âges, personnage tête en bas. Si dès l’ouverture
le support, la pellicule, est omniprésente, dans un mouvement
inversé le film parasite cette matière : dès
l’amorce, Bergman insère au milieu des chiffres qui
défilent, l’image d’un sexe en érection
(qui a disparu dans la plupart des copies exploitées à
la grande surprise de Bergman). Plus tard, c’est le regard
tout en intensité de Bibi Andersson qui fait sortir la pellicule
de son couloir : celle-ci flambe et l’image s’évapore
laissant place à un blanc immaculé. La matière
même du film est comme contaminée par les drames qu’il
raconte.
L’ouverture est fragmentée, stupéfiante, images
éparses qui nous plongent d’emblée dans l’univers
du film et de son créateur : un burlesque muet, avec diable
fourchu et squelette (Le Septième sceau
?), une mygale (Bergman imagine souvent dans ses rêves Dieu
sous la forme d’une araignée), un mouton qu’on
égorge, son œil, ses viscères qui se répandent,
des clous enfoncés dans une main (Les
Communiants ?). Puis un mur, la neige sur une forêt,
une grille, et l’on pénètre dans l’hôpital.
Bergman poursuit sur une série de portraits de défunts
: la bouche d’une vieille dame, des visages, des mains, un
enfant allongé sous un linceul. Un des visages est filmé
tête en bas, comme si de nouveau nous observions le film depuis
la lampe de projection. Après un cut imperceptible, les yeux
de la morte se sont ouverts. Bergman, en ne filmant pas en continu
la "résurrection", en usant d’un effet de
montage, marque le passage d’un monde à un autre. Persona
est une histoire de frontières poreuses, frontières
entre deux femmes, entre deux folies, entre le monde de la fiction
et
la réalité, entre différents niveaux de représentation.
Ce simple cut est l’aboutissement d’une série
de plans qui nous font pénétrer dans l’espace-temps
du film. Tout d’abord le spectateur est placé au niveau
du projecteur. Celui-ci déroule un dessin animé, puis
un film muet, objets purement cinématographiques, images
des premiers temps d’un médium balbutiant. Les plans
sur les mourants nous font un instant croire à une tentative
de représentation de la réalité, mais le cut
et la renaissance nous font de nouveau pénétrer dans
un espace purement fictionnel. C’est l’enfant qui ouvre
les yeux, c’est la musique qui s’élance, hypnotique,
et nous fait entrer dans Persona. L’enfant
se place face caméra, nous regarde, avance sa main et touche
l’écran, notre écran, dans ce qui semble être
de prime abord une tentative de contact avec nous spectateurs. La
perspective s’inverse et nous nous retrouvons dos à
l’enfant. Sa main caresse la surface lisse sur laquelle évolue
le visage d’une femme. Par le double mouvement du cut et du
changement de point de vue, Bergman nous a fait pénétrer
dans le film. Nous rejoignons alors Elisabet Vogler dans ce monde
de représentation dont elle est prisonnière et d’où
elle tente de s’échapper. Nous sommes dorénavant
aux côtés des créations de Bergman, nous voyons
les artifices qui préexistent au film, nous sommes des personnages
de fiction.
L’usage que Bergman fait de la bande-son participe pleinement
à la création d’un univers mental et fantasmatique.
Des contrepoints sonores viennent brouiller notre perception (un
goutte-à-goutte obsédant sur la séquence d'ouverture)
et s’associent à la musique de Lars Johan Werle, abstraite
et expérimentale, pour façonner une ambiance inquiétante
et glissante. L’omniprésence des voix hors champ -
Bergman filmant par exemple Liv Ullman alors que le docteur tient
son discours, ou lorsque Bibi Andersson s’épanche sur
son histoire - conforte l’immersion du récit dans la
psyché de son personnage principal. La place prépondérante
que Bergman accorde au son se retrouve dans la minutie avec laquelle
il compose l’atmosphère sonore de son film. Il va jusqu’à
postsynchroniser Bibi Andersson dans la scène où elle
parle de ses expériences érotiques, afin que ses intonations
et son timbre coïncident parfaitement avec les expressions
de son visage.
Expérimentations
sonores, expérimentations visuelles, Bergman multiplie les
figures "impures". Il utilise des zooms et des faux raccords,
brisant même la sacro-sainte règle des 180°. Avec
Nykvsist, il surexpose, utilise de violents contre-jours comme dans
Monika. Il fait avancer les ombres, noie ses personnages
dans la nuit. Le visage de Liv Ullman s’y engouffrant petit
à petit est à ce titre magnifique. Alors que ses contours
s’estompent, la lueur de ses yeux continue de percer l’obscurité
et bientôt il n’y a plus de traits, juste deux petits
points blancs qui brillent dans les ténèbres. Ces
pupilles qui luttent contre la nuit, c’est la peur d’Elisabet
d’être absorbée par le néant, c’est
le sentiment de sentir son corps s’évaporer, disparaître.
La place du regard est au centre de Persona. C’est
l’œil, celui d’un mouton que l’on égorge,
les gros plans de capillaires sanguins. C’est l’image
du film qui devient floue comme notre vision au sortir du sommeil.
C’est les regards échangés entre l’enfant
et la projection de sa mère, regards solitaires ne parvenant
pas à se croiser. C’est à la fin du film la
dernière confrontation entre Elisabet et Alma, scène
montée deux fois de suite, une première fois en filmant
le visage d’Elisabet qui reçoit les paroles d’Alma,
la seconde fois en filmant l’infirmière. Elisabet et
Alma vivent la même scène mais elles n’ont pas
le même rapport au monde, ne vivent pas la même expérience,
ne coexistent pas. Il n’y a pas d’échange, leurs
regards ne coïncident pas. Et lorsque Bergman termine la séquence
en créant un visage hybride à partir de deux gros
plans de ses actrices, point de fusion du film, le résultat
est profondément perturbant, le décalage entre les
deux personnages étant encore plus sensible alors qu’ils
ne font plus qu’un. Cette séquence filmée en
simple champ contre-champ n’aurait pu exprimer cette sensation,
et Bergman trouve la formule exacte pour concentrer les différents
mouvements à l’œuvre dans son film.

Bergman nous parle directement, viscéralement, de souffrance,
de trahison, de jalousie, mais aussi de désir et d’amour
fou. On retrouve dans Persona les relations troubles
et complexes qui unissaient Ingrid Thulin et Gunnel Lindblom dans
Le Silence. Un couple, c’est du vampirisme,
de la domination, des tensions et des rapports de force changeants
et évolutifs. Alma, l’infirmière, est douce
et attentionnée ; elle est le salut, l’apaisement.
Du moins en façade, sur le papier, dans le contrat. Pour
combler le silence d’Elisabet Vogler, Alma parle, rit, déroule
sa vie, puis ses angoisses, ses fantasmes. Le flot ininterrompu
des mots
vient
bientôt submerger les quelques réticences d’Alma
à se livrer complètement. Elle est emportée
par ce déluge de paroles et livre ses expériences
les plus intimes à cette figure silencieuse et attentive
qui lui fait face. Elisabet Vogler n’en peut plus de porter
des masques, que ce soit ceux de ses rôles ou ceux qu’elle
porte en société. Elle n’en peut plus de mentir,
et décide donc de se taire, de se ferme au monde. «
Rêver vainement d’exister. Ne pas avoir l’air,
être réellement (…) Un abîme sépare
ce qu’on est pour les autres et pour soi-même »,
c’est selon le docteur la prise de conscience qui paralyse
soudainement Elisabet alors qu’elle est sur scène.
« [Tu désires] être mise à nu, découpée
en morceaux » lui dit-elle, reprenant la confession de
l’acteur mourant Johan Spiegel face à Vogler dans Le
Visage. Ce n’est bien sûr pas un hasard
si Elisabet porte le même patronyme que le héros du
Visage. Comme
lui, elle s’enfonce dans le mutisme, seul échappatoire
qu’elle entrevoit à ses tourments. Le masque figé
qu’Elisabet affiche est cependant un autre rôle qu’elle
se donne : « Personne n
e
se demande si tu es vraie ou fausse (…) il n’y
a qu’au théâtre que ces question comptent
» poursuit le médecin, retournant la problématique
du rapport entre fiction et réalité qui a amené
Elisabet à se couper du monde. Pour Bergman le cinéma,
le théâtre, l’artifice de l’art, sont plus
réels que la vie même. Mais les acteurs souffrent de
la dichotomie qui se crée entre le monde de la représentation
et la réalité tangible des choses. Elisabet et Johan
Vogler souffrent bien des mêmes meaux. Mais la barrière
qu’ils érigent, ce silence par lequel ils se coupent
du monde est, comme le souligne le docteur, une « cachette
[qui] n’est pas étanche. La vie s’infiltre
partout ».
Bergman, lorsqu’il filme la rencontre entre la doctoresse
et sa patiente, filme longtemps le seul visage d’Elisabet,
donnant l’impression que la voix de la praticienne est un
produit de l’esprit de l’actrice. Elle pourrait être
une voix intérieure, elle est du moins le déclencheur
de l’histoire entre Elisabet et Alma en envoyant les deux
femmes à Fårö. Comme dans A travers le
miroir (et plus tard L’Heure du loup,
Une Passion…), les personnages du film vont
se trouver circonscrits aux limites de cette île de la Baltique,
territoire mental où la raison s’échappe, où
la folie peut à tout instant contaminer chaque chose. Un
espace à la réalité mouvante qui épouse
les circonvolutions des rêves et des fantasmes. Un monde cerveau,
comme on dit à propos des oeuvres de Kubrick. Un monde replié
sur lui-même, cerné par la mer, une émanation
de la psyché d’Elisabet Vogler et des barrières
qu’elle s’est construites.
Elisabet désirerait ne plus vivre que par son corps. Ce corps
qu’Alma décrit détail après détail
: « ton visage est bouffi, ta bouche vilaine, une ride
barre ton front, tu as une cicatrice au cou ». Ce corps
physique qui est le seul lien tangible au monde. Persona
nous parle de l’attrait pour l’autre, du désir
de s’en rapprocher, de s’enfouir en lui. L’enfant
caresse le visage de sa mère projeté sur un écran
géant, deux visages se confondent et ne font plus qu’un.
Bergman nous parle de l’irrépressible besoin, du désir
ardent, de ne faire qu’un avec l’être aimé
et de l’impossibilité de cette fusion. Lorsque les
deux visages se complètent, lorsque Bergman semble nous montrer
la possibilité du rapprochement des êtres, le visage
recréé est asynchrone, il ne "fonctionne"pas,
il nous met mal à l’aise. Être au monde, être
par rapport à l’autre, voilà les courants souterrains
de l’œuvre de Bergman. Voilà des questions essentielles
que le cinéma s’est si peu approprié alors qu’il
a les plus beaux outils pour les exprimer.
Bergman convoque Jung de manière affichée, la persona
représentant dans ses théories le masque social. En
donnant comme titre à son film ce terme évocateur
de la pensée du psychanalyste, Bergman joue sur le même
niveau de représentation qu’en affichant les artifices
du cinéma. Il lui semble inutile de cacher artificiellement
ces influences et préfère, d’entrée de
jeu, les mettre en exergue de son film. C’est peut-être
une manière pour le cinéaste de couper l’herbe
sous le pied du critique qui voudrait faire une lecture psychanalytique
de son film, manière également de donner des clés
de compréhension à chaque spectateur un tant soit
peu curieux. Ici pas de métaphore, de clin d’œil
adressé à un public averti. Pour essayer d’être
aussi honnête que Bergman, et pour éviter au lecteur
une recherche dans Wikipedia, reprenons telle quelle la définition
de la persona qui y est proposée : « la
part de la personnalité qui organise le rapport de l'individu
à la société, la façon dont chacun doit
plus ou moins se couler dans un personnage socialement prédéfini
afin de tenir son rôle social (…) Le moi peut
facilement s'identifier à la persona, conduisant l'individu
à se prendre pour celui qu'il est aux yeux des autres et
à ne plus savoir qui il est réellement ».
On voit que Bergman illustre au pied de la lettre, et non sans humour,
les théories de Carl Jung. Le titre du film renvoie également
aux masques que portaient les acteurs de la Rome antique. Ceux-ci
personnifiaient le rôle et permettaient à l’acteur
de faire porter sa voix haut dans les gradins. Dans le film, Elisabet
Vogler en perdant son masque, perd également sa voix.
L’actrice se condamne au silence, se met à l’écart
du monde. Souvent les personnages de Bergman s’imposent le
mutisme (La Honte, Le
Visage, Le Silence). Face à cette figure
silencieuse, on ne peut plus que regarder pour essayer de comprendre.
C’est le sens de la scène originelle, où devant
l’écran de cinéma l’enfant contemple le
visage de sa mère, tentant d’en percer le secret. Il
caresse ce visage, mais celui-ci n’est qu’une surface
plane, sans relief. Tous les autres sens ayant disparu, il ne reste
plus que le regard. Comme on l’a vu, Bergman joue sur la place
du spectateur, son investissement par rapport au film, soulignés
par les nombreux regards qui parsèment l’œuvre
(et que l’on retrouve dans L’Heure du loup,
Monika, L’Oeil du diable…).
Mais Bergman nous montre surtout les artifices qui sont en jeu dans
notre quotidien, tout ce que l’on voit et que l’on pense
comprendre alors qu’il n’en est rien. Notre rapport
au monde, encore et toujours, thème primordial de l’œuvre
de Bergman, celui des Communiants,
cœur palpitant de Persona. Bergman nous parle
ici de ce rapport à travers les tourments de l’artiste,
de l’acteur auquel le cinéaste a toujours prêté
toute son attention et son empathie et qui lui permet d’évoquer
au plus profond la frontière entre création artistique
et réalité. Vogler, le magnétiseur du Visage,
exprimait la douleur des acteurs, des artistes, la douleur de voir
le monde réel glisser sous leurs pieds, la douleur de se
mouvoir sur les terres instables de la recréation du monde
par l’art. Elisabet souffre des mêmes affects. A force
de porter un masque, une persona, elle ressent le besoin
de se raccrocher au réel. Les images d’actualité
qui la tétanisent et l’effrayent, sont un moyen de
renouer avec la douleur du monde, cette douleur pour laquelle le
pasteur des Communiants
ne parvenait plus à avoir d’empathie. Au début
du film, Elisabet regarde terrorisée la télé.
Un contre-champ nous fait découvrir des images d’actualité,
images insoutenables d’un homme qui s’immole. Ces images
sont circonscrites au cadre de la télévision mais
un cut vient effacer cette frontière physique et les actualités
envahissent alors la totalité de l’écran. La
réalité s’est invitée dans la fiction,
a repris ses droits. Elisabet est parvenue un instant à quitter
la sphère de la représentation du monde pour un instant
renouer avec la réalité. Plus tard c’est la
célèbre photo d’un enfant juif arrêté,
les bras en l’air sous la menace de soldats allemands, qu’elle
scrute inlassablement. Elle passe de visages en visages afin d’essayer
de reconstituer la chair de ce drame, d’essayer de comprendre
ce qui s’est passé.
Elisabet se mure dans le silence tandis qu’Alma ne cesse de
parler, de se livrer. On retrouve comme dans Les
Communiants un réceptacle vide, mutique, qui
reçoit un flot ininterrompu de paroles. Les deux personnages
se vampirisent, fusionnent, Elisabet allant jusqu’à
boire le sang d’Alma.
Un
visage et une voix qui viennent de deux êtres distincts essayent
de ne faire plus qu’un. Deux êtres qui essayent de se
soigner et de se sauver en s’écoulant l’un dans
l’autre. Une fusion ou un transfert, on ne sait trop. Un regard
lancé par Elisabet à Alma semble provoquer un échange
de personnalité. Elisabet voit alors, depuis Alma, son propre
corps qui lui était devenu étranger. Alma n’était-il
que le produit de son esprit en tourment ? Peu importe car ce qui
compte c’est la capacité insurpassable de Bergman à
embrasser plusieurs thèmes et plusieurs mouvements, à
les enchevêtrer étroitement, à tisser une toile
fascinante où le spectateur se perd et se noie. Persona
est un film inépuisable, à la perfection formelle
éblouissante. Un de ces chefs-d’œuvre qui font
avancer le cinéma, lui ouvre de nouveaux horizons.
Ingmar Bergman :
« Je sens aujourd’hui que dans Persona
je suis arrivé aussi loin que je peux aller.
Et que j’ai touché là, en toute liberté,
à des secrets sans mots que seul le cinéma peut découvrir.
»