Quatre amis, Marcello, pilote de ligne, Ugo, restaurateur, Michel, réalisateur à la télévision, et Philippe, juge, ont décidé de mettre fin à leurs jours en se gavant à mort. Marcello insiste au début pour que des prostituées se joignent à leurs bacchanales. Mais celles-ci, dégoûtées et épuisées, s'éclipsent bientôt... à l'exception de l'opulente Andréa...

La Grande bouffe
(La Grande abbuffata)
Réalisé
par Marco Ferreri
Avec Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Philippe Noiret, Ugo Tognazzi, Andréa Ferréol, Solange Blondeau, Florence Giorgetti, Michèle Alexandre, Monique Chaumette, Bernard Menez
Scénario : Marco Ferreri et Rafael Azcona
Dialogues : Francis Blanche
Musique : Philippe Sarde
Photographie : Mario Vulpiani
Une production Mara Films - Films 66 - Capitolina Produzioni Cinematografiche
France / Italie - 124 mn - 1973

Montrez nous ce que vous mangez, nous vous dirons qui vous êtes

Le 17 mai 1973, La Grande bouffe de Marco Ferreri est présenté en projection officielle au Festival de Cannes où il y est reçu en grandes pompes, toute l’équipe en smoking montant les marches sur lesquelles un tapis rouge flamboyant a été dressé. (1) Le réalisateur, trublion dans l’âme, se sent flatté d’être reçu de la sorte tout en sachant très bien, il ne faut pas être naïf, quelle bombe il est prêt à lâcher ce fameux soir de printemps, et par quelle porte il va entrer de façon définitive, à la fois dans l’histoire du Festival, mais aussi dans celle du cinéma.

Deux heures plus tard, ce n’est pas un tonnerre d’applaudissements ou d’adoubements auxquel il aura droit, mais à une avalanche de critiques, sifflets et autres insultes qui viendront ponctuer une projection bien animée. A l’entrée de la salle les choses prennent de l’ampleur, la foule amassée venant invectiver directement le cinéaste. Qu’il le veuille ou non - mais on doute que ce ne soit pas le cas, la provocation est une dynamique chez Ferreri - son film s’inscrit dès lors instantanément dans une longue lignée de films polémiques, qui créèrent la stupéfaction puis le débat, parfois les deux simultanément, mais qui ne laissèrent jamais indifférents. Alors, La Grande bouffe simple provocation ? Fait d’arme d’un caricaturiste ? Attentat intellectuel d’un Marco Ferreri tout désigné assassin de la langue française, de sa tradition littéraire et cinématographique comme l‘ont désigné ses plus farouches détracteurs ? Car, selon eux, comment un cinéaste transalpin, s’exprimant dans la langue de Dante mais ici, blasphème, en français, ose-t-il en ces années post Pompidou et pré Giscardienne, autant dire entre deux mous politiques, attaquer ainsi la pensée de Voltaire ?

1973, où l’année des transitions. L’année de La Maman et la Putain, de L’Epouvantail. Nous sommes à la veille de l’élection de Valery Giscard d’Estaing. A quelques mois de la sortie du futur scandale (encore) des Valseuses (1974) de Blier, l'un des premiers tremblements de terre du cinéma d’auteur français des années 70 annonçant la sacralisation à venir de Depardieu et Dewaere, ce dernier disparu malheureusement bien trop tôt. La Grande bouffe marque aussi une date importante dans l’histoire du film politique, où la satire du milieu bourgeois est à prendre au premier comme au second degré. Ferreri ne veut tuer personne, en revanche son rire grinçant dérange et peut provoquer le pire, réaction inverse de ce qu’il dénonce en filigrane.

La Grande bouffe par son impudeur, sa crudité aussi, peut légitimement choquer en raison des évènements qui y sont décrits. Il est à double-tranchant. Il montre en effet des gens tout ce qu’il y a de plus respectables, d’une classe sociale aisée vivant des situations allant crescendo dans l‘extrême lorsqu‘ils pénètrent dans la bâtisse laissée par le propre père de Philippe dans le film. (2) La licence de leur langue, le français naturellement, est d’autant plus troublante qu’elle est mise dans la bouche de personnages qui portent les propres noms des acteurs, comme si le "travestissement" habituel du comédien qui, par définition, endosse souvent un costume ou joue un rôle écrit sur mesure, n‘était plus de mise. Philippe est ainsi Philippe Noiret, Michel est Michel Piccoli, et ainsi de suite. La fascination qu’exerce cette absence de distanciation (les acteurs jouent leurs propres rôles, donc leurs vies) est aussi une fabuleuse métaphore du métier d’acteur. Les quatre en question, tous immenses, dans un de leurs meilleurs rôles, jouent ici avec le feu cela va s’en dire. Piccoli en réalisateur télé, habillé dans un pull rose bonbon étriqué et aérophage notoire, Noiret (dont le cinéaste, bouleversé à la fin du premier visionnage une fois le film étalonné, se sentira le plus proche) en juge, costard impeccable, voix posée, quasi amicale, homme materné, Tognazzi en restaurateur, fin gourmet qui hume autant les odeurs des cuisines que les croupes joufflues des prostituées, Mastroianni commandant de bord, obsédé sexuel et farceur de première, leader dans la débauche, imitant Raoul Walsh ou le toréador lubrique. Il faut voir Michel Piccoli en tutu noir répétant ses pas de danse classique au réveil ou Ugo Tognazzi se lancer dans la meilleure imitation du monde de Brando dans Le Parrain (1972) . Quels amuseurs ! Quel humour ! Qui aurait osé faire ça à leur place ?

Il n’en fallait pas plus pour provoquer le scandale, l’indignation d’un public qui ne s'attendait pas à un tel traitement, à surtout un pamphlet aussi jusqu‘au-boutiste. Ce serait donc ce miroir réfléchissant, cette image renvoyée à la figure qui aurait provoqué un tel clash ? Comme si Ferreri, invité à un dîner mondain s’amusait à péter entre le champagne et le foie gras. En tenue légère, négligée presque, alors que les autres portent des toilettes parfaites. Malaise. Injures. De quel droit se permet-il cela ?

De l’art d’être toujours constant... dans l’exagération


Pourquoi fallait-il en 1973 défendre le film ou le démolir, être dans le camp du pour ou du contre ? Du bon ou du mauvais côté de la barrière ? Sans répondre de façon définitive à ces questions - l’histoire polémique du film, son histoire tout court étant encore en construction et le sera sans doute toujours au fil des générations qui le découvriront - on peut penser que ce qui a posé problème était d’une part la représentation de français aisés s’enfermant dans la débauche la plus totale, rappelant à la fois Rabelais et Sade, auteurs français licencieux (surtout le second) mais aussi la représentation charnelle de la nourriture, vue ici comme le tabou d’une génération, ce dont il n’est en principe pas possible de parler et surtout de représenter sur grand écran.

Les quatre amis invitent aussi des putes à leur table, consentantes, une blonde et deux brunes qui manifestement ne savent pas à quoi s’attendre, même s‘il est difficile d’imaginer qu‘elles soient là pour autre chose. Or, en 1973, on n’a pas encore vu ça sur grand écran. Cette façon d’aborder la nudité frontale, les excès alimentaires et sexuels, c‘est inédit, foncièrement provocateur. Ferreri ne se prend malgré tout pas au sérieux, évitant ainsi au spectateur de subir un pensum lourd, démonstratif et hors-sujet. La réponse violente d’une partie du public qui disait que le film ne montrait aucun point de vue ou pervertissait tout jugement du spectateur, ne lui donnant aucune chance de se forger son opinion, est un faux procès. A plusieurs reprises, le personnage de la jeune femme blonde, qui sera la deuxième à quitter la résidence, interroge les maîtres des lieux, car elle ne comprend pas. Elle lance même un très parlant : « Vous êtes grotesques ! Pourquoi vous forcez-vous à manger si vous n’avez pas faim ? » « Que nous faut-il faire pour vous séduire, vous les femmes ? » lance alors Michel, avant d’ajouter lassé : « Jouer de la flûte de pan ? ». Elle répètera ensuite que les types, qu’elle ne peut plus supporter ne font que manger : « Manger, manger, encore manger vous ne faîtes que cela. » Même Marcello dans un moment de tension pourtant très drôle ira lui aussi de son petit couplet : « Il n’y aucune fantaisie dans cette histoire, ils ont choisi la façon la plus grossière de mourir », s‘adressant ainsi à ses camarades de jeu. Ce « cela », c’est aussi baiser, car autant être franc, le film parle de baise, qu’elle soit pratiquée dans un garage avec voiture Bugatti comme "témoin", ou dans une chambre soigneusement agencée en termes d’éclairage et de décoration. Le sordide côtoie le sublime, la farce le drame, le sexe violent le romantisme exacerbé. Un film peu ragoûtant et alléchant, à l’image de ses plats préparés par un traiteur qui mettent les papilles en alerte mais provoquent aussi les plus vifs haut-le-cœur quand ils deviennent dantesques. Une boulimie qui a ses limites. Les dernières images l’approuvent.

Mine de rien, en y réfléchissant cette jeune femme frêle soulève des questions intéressantes : sommes-nous des voyeurs ? Que faisons-nous là à les regarder s’empiffrer, se goinfrer de nourriture, non dans le but de se nourrir mais de mourir ? Pouvons-nous supporter ce spectacle ? Ferreri nous montre que c’est une farce, un conte parabolique, une fable surtout, avec les ingrédients piochés dans la littérature (un décor, une histoire, une langue vivante) mais aussi le théâtre (des personnages, une unité de lieu, etc...). Il est amusant, pour l’Histoire entre autres, de remarquer que comme La Fontaine au XVIIème siècle peu apprécié par la Cour, c’est le moins que l’on puisse dire - le rire étant alors considéré comme l‘inverse de la noblesse - Ferreri touche une corde sensible, alors même que son film peut-être envisagé comme une tragédie. Genre que le Roi Louis XIV préférait de loin aux fables, et qui porta Racine tout comme Corneille en triomphe.

Rigoler ici dans le Ferreri des blagues salaces, de la copulation, de la merde, de la masturbation, des pets est paillard. Il s’autorise aussi la dérision, la farce prenant forme dans l’exagération comme lors des plages de silence rompus par les longs pets sonores d’un Piccoli mal en point. Certes c’est vulgaire, pour certains déplacé, mais sans cela La Grande bouffe ne serait pas La Grande bouffe, un film aussi assez poétique malgré son ton de pantalonnade qu’il dépasse pourtant très largement pour aller bien plus loin ; il n’y a qu’à écouter les dialogues, leur richesse, la parfaite diction des acteurs quand ils les déclament. Plus tard dans sa filmographie, dans La Dernière femme (1976), Ferreri réservera un sort des plus radicaux au sexe de Gérard Depardieu. Pourtant il serait injuste d’affirmer que la provocation est vaine. Elle sert le propos. Mais que vaudrait une provocation - aussi forte soit-elle - sans ses auteurs ? Et ici, ils se nomment Marco Ferreri, Michel Piccoli, Philippe Noiret, Ugo Tognazzi, Marcello Mastroianni (guettez aussi l‘apparition au début de Bernard Ménez !), sans oublier Andréa Ferréol, jeune actrice aux formes généreuses, institutrice réservée de son état, quasi idéaliste, qui s’ouvre à un univers qu’elle ne s’imaginait sans doute pas faire sien, lui permettant aussi de se libérer.

D’Andréa, nous gardons le sourire et les yeux bleus myosotis. Elle, peu farouche, bien que semblant très réservée quand elle est introduite dans la demeure (sans mauvais jeux de mots) qui initie en quelque sorte le réservé Philippe Noiret, de loin le personnage le plus romantique du casting masculin. Une espèce de gros nounours adorable, très aimant. Un romantisme que l’on retrouve dans les scènes intimistes, comme celle qui suit la petite séquence des boutons de pantalon, montrant l’autre versant du film, plus sensible, un versant à l’opposé de l’orgie de sexe et de bouffe qui constitue le clou du spectacle.

Plus qu’une simple comédie, La Grande bouffe est un grand film sur la passion dévorante, sur les affres de la quarantaine / cinquantaine, sur l’ennui, la solitude. Plus qu’un doigt d’honneur aux bien-pensants - Ferreri ne se prive pas d’en adresser un sans qu’on puisse résumer le film à cette seule idée - il ouvre la voie aux futurs œuvres débattues pour le meilleur et le pire, rares étant en effet celles qui ont autant fait parler d’elles et qui ont été aussi loin sans vieillir outre mesure, l’une des seules ayant été au bout du bout des idées de Ferreri étant Salò ou les 120 journées de Sodome (1975) de Pasolini, avec ses séquences scatologiques, ses scènes de tortures, physiquement insoutenables. La Grande bouffe nous fait donc rire par son ton, par l’investissement rare de ses acteurs, mais aussi réfléchir. Ce n’est pas la moindre de ses qualités. Ferreri nous manque aujourd’hui, un clown s’est éteint, mais ses films demeurent. Ils le méritent.

(1) : Présenté en compétition officielle, le film conspué repartira pourtant avec le Prix de la Critique Internationale alors qu’il sera un gros succès populaire. Cette année là, L'Epouvantail est lauréat du Grand Prix du Festival International, tandis que l’autre film scandale de la croisette, La Maman et la Putain repartira avec le Grand Prix Spécial du Jury.
(2) : Le film fut tourné dans la rue Boileau à Paris dans le 16ème arrondissement, arrondissement réputé pour être le plus chic et cher de la capitale.

Image : Transfert 16/9 pour un film qui possède une photo laiteuse dans certaines scènes paraissant "voilées" très caractéristiques de choix artistiques propres aux années 70, issus des clichés de David Hamilton mais pas seulement. On retrouve ce visuel ouaté dans les films italiens de la même période et même dans Carrie (1976) de De Palma dans certaines séquences en extérieur (juste avant que Carrie ne fasse tomber le môme de vélo sans oublier bien sûr le final quasi onirique) ou Barry Lyndon (1975) lors de sa séquence d‘ouverture avec le jeu de cartes. La définition est ciselée, mais on regrettera un effet "mire" ressortant dans les arrière-plans, sur les costumes surtout quand ils sont gris ou au détour de quelques panoramiques sur les visages, avec des contours parfois un peu flous. Les couleurs sont en revanche plutôt chaudes, et la compression irréprochable ; lors des gros plans on peut même voir sans mal le grain de peau des acteurs. Une image par moments perfectible, mais ayant bénéficié d’une restauration qui se voit. Sans flatter l’œil non plus mais en ne l’agressant pas d’artefacts ou autres taches désagréables qui peuvent gêner le visionnage.

Son : Parfait mixage sonore privilégiant, et c’est très bien ainsi, les dialogues, retranscrits avec une grande fidélité en stéréo frontale. Quelques ambiances éparses, qui profitent surtout à la musique, composée au piano, mais aucuns effets arrière remarquables, le but étant ailleurs, on ne s’en plaindra donc pas. La VF est la seule piste disponible ce qui est logique. Pas de sous-titres en revanche, ce qui devient de plus en plus énervant, empêchant le film d’être accessible aux sourds ou malentendants. A quand les sous-titres français systématiques quand l’éditeur en possède les droits ? On l’espère en tout cas.
Opening
124 mn
Zone 2
DVD 9
Chapîtrage fixe et musical
Format cinéma : 1.66 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : Français Stéréo
Sous titres : Aucun

Un joli menu animé et musical nous accueille sur des paroles extraites du film. Les couleurs roses et gris clair sont dans le ton, on se rappellera à cette occasion qu’il était sorti avec des affiches vraiment pas terribles, mais qu’une fois exploité en VHS puis DVD il était sorti dans une édition avec une magnifique jaquette, non reproduite pour l’exploitation vidéo française en DVD qui nous intéresse aujourd’hui, médaillon dressant le couple formé par Marcello Mastroianni et une prostituée dans une bouche pulpeuse derrière lesquels se tenait les plats composés pour les convives, à dominante rose et orange. Un visuel excessif lorgnant vers la surcharge tout à fait à l’image de l’œuvre elle-même.

Les suppléments sont les suivants :

Une introduction (4’) en guise d’apéritif de l’auteur Noël Simsolo, où celui-ci parle en vrac du fondement de l’histoire avec petite anecdote sur le sujet, de la façon dont cette idée saugrenue de bouffe gigantesque est venue en tête à Ferreri, avant de trébucher, mais c’est un détail, sur le mot cérébralité qu’il prononce célébrarité.

Vient ensuite le gros morceau avec La Mort au ventre (48’) : l’analyse des principales thématiques abordées par La Grande bouffe sous forme d’une quasi exégèse tout à fait digeste de l’œuvre par Jean Douchet, qui se livre sur cinquante minutes à cet exercice brillant car accessible pour tous, au contraire de certains travaux universitaires touchant à l’abscons, réservés en somme à un petit cercle d‘initiés. Loin d’être nébuleux, parlant d’une voix non monotone, arrivant à passionner tout du long par ses explications simples voire limpides, le critique impressionne. Nous ne sommes pas ici dans le décorticage plan par plan mais dans l’explication simple, sans paraphrase, sans métaphore vaine. Un document intéressant et vif, que l’on peut écouter en plus de son interprétation personnelle. On pourra y recouper des idées-clé tout en y ajoutant des pistes de lectures additionnelles qu’on peut aussi discuter avec des amis pour enrichir sa vision du film.

Les images du tournage (13’) nous plonge en plein début des années 70 sur le plateau, où Ferreri place ses acteurs avant de les diriger, puis s’adresse à la caméra, parle de son film, de ses envies. Un document d’époque en noir et blanc, image d’une couleur presque charbon, qui vaut pour la simple et bonne raison qu’il permet de retrouver des acteurs au travail, se préparant pour leurs rôles. Il est étonnant de voir le calme de ses derniers, parlant avec un sérieux souvent papal alors que deux secondes après ils s’empiffrent de bouffe ou se jettent à corps perdus dans une partie carrée.

Un peu plus dispensable même si on ne refusera pas le loisir de l’entendre, La revue de presse des critiques de l’époque, cinglantes ou enthousiastes, qui permettent de nous replonger dans le climat qui suivit la sortie du film. Entre l’admiration et l’indignation, les émotions furent très partagées.

Bien plus riche, l’interview de Michel Piccoli dans une salle de cinéma aux sièges de couleur rouge vif, face-caméra, parlant de son rôle, de l’improvisation, de l’entente cordiale qui régnait autour du film, de l’apport de celui-ci dans sa propre vie, de Ferreri l’ami, le cinéaste, le fou génial. Riche en anecdotes, ce portrait nous montre un Piccoli encore lucide (heureux nous sommes pour lui), parfois étincelant d’intelligence par ses propos, un rien nostalgique aussi, on voit briller son œil vif quand il se remémore certaines des pérégrinations qui firent le scandale de ce film-monstre.

On trouve aussi dans cette rubrique les fameuses images de l’INA du scandale cannois, avec les cris manifestes des spectateurs : « Salauds ! », « Et ça gagne du pognon ça, sur le dos du bon prolo ! ». A replacer dans son contexte. 1 minuscule minute c’est trop peu, même si l'on sent la salle en ébullition.

La section se referme sur la Filmographie (de Ferreri et pas des acteurs !) et la Bande-annonce.

Une édition tout à fait enthousiasmante du point de vue de la restauration globale de l’image et du son, qui s’attarde beaucoup sur la personnalité de Marco Ferreri par les suppléments qui lui sont consacrés. On parle davantage des thèmes du film que de son impact sur les générations d’alors et les générations qui suivirent en prenant aussi le film dans la figure. Il manque sans doute des éléments quant à la controverse intense de La Grande bouffe, sa réception, les images d’archives ne suffisant pas à replacer son accueil sur une échéance plus longue, son influence sur le cinéma italien, sur les œuvres qui vinrent après dans la même veine sarcastique. Mais ne rechignons pas devant la seule édition française à ce jour, une initiative de toute façon à souligner, un mérite de plus à l’actif du catalogue d'Opening.

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