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Le
sergent Neil Howie est appelé à enquêter
sur la disparition d’une jeune fille, Rowan Morrison, sur l’île
écossaise reculée de Summerisle. Chrétien intégriste,
Howie est vite choqué par les mœurs très libres des
habitants, pratiquants du paganisme celtique. A mesure qu’il se
heurte au silence conspirateur des îliens et de leur seigneur, l’énigmatique
Lord Summerisle, Howie en vient à soupçonner le pire. Et
si Rowan avait été assassinée ? |
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"Nous
voulions faire un film d’anti-horreur." (Robin Hardy)
The Wicker Man est l’œuvre du réalisateur
Robin Hardy et du scénariste Anthony Shaffer. Au début
des années 70, les deux hommes dirigent une société
produisant publicités, pièces de théâtre
filmées et documentaires – la plupart réalisés
par Hardy – pour la télévision. Un peu lassés,
ils décident de mettre sur pied un projet de film d’horreur
ambitieux, un film fantastique (en français dans le texte), dans
la lignée de Marcel Aymé comme aime le rappeler l’ancien
étudiant Proposer une alternative au gothique anglais revient à mettre
de côté toute l’imagerie vampirique/satanique, et
les auteurs remplacent celle-ci par le paganisme pré-chrétien,
soit le druidisme, les religions et les symboles celtes. La survivance
de ces pratiques en Ecosse, en Bretagne ou dans le Pays Basque frappe
leur imagination. Les auteurs puiseront beaucoup dans cette somme victorienne
encyclopédique sur l’occultisme - parfois erronée
- qu’est Le Rameau d’Or de Sir James Frazer. Shaffer - plus
connu pour avoir scénarisé Frenzy d’Hitchcock
et surtout Le Limier de Mankiewicz à partir
de sa propre pièce - ajoute au scénario son goût
de la manipulation et du whodunnit. Le budget du film (environ 460000
£) sera modique et Lee - surtout motivé par l’ambition
du script - jouera gratuitement. Ingrid Pitt - connue pour ses rôles
de femme-vampire… pour la Hammer - et Britt Ekland (l’argument
de charme pour attirer les acheteurs étrangers et les spectateurs)
rejoignent le casting, respectivement en tant que bibliothécaire
nymphomane et Willow, la fille du tavernier. Un temps pressenti pour
jouer le sergent Howie face à Lee, Peter Cushing - l’autre
star de la Hammer - fait place à Edward Woodward, acteur de théâtre
et surtout de télévision, ensuite plus tardivement connu
pour la série TV américaine The Equalizer. Le
film est tourné en automne 1972 en Ecosse, une épreuve
parfois pour les acteurs pendant les extérieurs, puisque l’action
est censée se dérouler fin avril. Les réels problèmes
commencent lorsque EMI, qui a racheté la maison de production
du film British Lion, décide de couper de 11 minutes au montage
final, car peu confiante dans sa réussite commerciale. L’œuvre
mutilée sortira à la sauvette aux Etats-Unis. En Grande-Bretagne,
il est présenté en double-programme avec un autre film
considéré comme inexploitable par EMI… Ne
vous retournez pas de Nicholas Roeg ! Lee et Shaffer durent
appeler tous les critiques qu’ils connaissaient pour les persuader
d’aller voir le film (Lee promettait même de leur payer
Soleil trompeur The Wicker Man est très réussi sur de
nombreux plans, malgré (ou grâce) à ses moyens restreints.
La structure policière de Shaffer nous permet de découvrir
- de manière aussi documentaire que spectaculaire - les pratiques
des habitants de Summerisle à travers le regard outré
et effrayé de Howie (un Woodward impeccable qui, dès qu’il
ouvre un livre dans le film, évoque un prêtre lisant la
messe). Autour de lui, tous semblent le narguer et le provoquer : clients
de pub chantant les mérites sexuels de Willow (Ekland, très
"nature" et doublée pour lui donner un épais
accent écossais) en sa présence, sexe de groupe en plein
air, cimetière non consacré ou pédagogie "crue"
de l’institutrice… L’auteur du Limier
et des adaptations cinématographiques ronronnantes d’Agatha
Christie aime se jouer de ses personnages et du spectateur : ce goût
du jeu court le long du film alors que Howie se heurte constamment à
la conspiration silencieuse des îliens, ainsi qu’à
leurs mœurs trop libérées à son goût.
Il y a même quelque chose d’étrangement enfantin
dans la manière dont tous aiment cultiver l’absurde ou
remettent Howie à sa place : "ces jeunes filles sautent
nues par dessus un feu", s’écrie Howie. "Bien
sûr", lui répond-on, "si elles portaient
des robes, celles-ci prendraient feu…" Aucun habitant
– "hippie" ou pilier de pub - n’est ainsi réellement
menaçant. Le jeu, car il y a vraiment un jeu en cours, prend
sa dimension dans cette superbe scène de cache-cache surréaliste
où Howie fouille méthodiquement les maisons de l’île
à la recherche de Rowan… pour ne trouver que des habitants
aux masques d’animaux (un motif récurrent Ces "enfantillages" doivent aussi au fait que l’enquête d’Howie a des allures d’Alice au Pays des Merveilles : Alice/Howie explore un monde peuplé d’animaux humains qu’il ne comprend pas, suivant Rowan/le lapin, qui selon les habitants n'existe pas ou se serait réincarné… en lièvre. En lièvre de Mars, symbole de la folie chez Carroll et de l’étrangeté du film, typiquement britannique dans sa manière de tirer une ironie bizarre d’un matériau innocent. Comme chez les enfants, Howie sera écarté du jeu parce qu’il n’est pas comme les autres. L’aspect très littéraire du scénario renvoie aussi à certaines nouvelles sarcastiques de l’Américain Ambrose Bierce, et surtout aux histoires néo-païennes du Gallois Arthur Machen. Howie découvre ainsi un monde de symboles anciens qui donne
des accents de conte primitif à ce thriller "ludique".
Le choix des auteurs de prendre à contre-pied les figures gothiques
donne à The Wicker Man son étrangeté
bien particulière. Le film se déroule ainsi pratiquement
toujours en plein jour ensoleillé. Hardy se refuse à toute
stylisation et effet sanglant : il construit une longue attente. Sans
recours direct au surnaturel, il suggère les ténèbres,
quelque chose de plus vaste sous une surface lumineuse. Les villageois
(joués par des figurants locaux) sont des Ecossais bon teint
et Lee retourne sa cape de vampire en jouant avec jubilation et majesté
un aristocrate souriant mal coiffé, et n’hésitant
pas à se travestir ! Le décalage est d’autant plus
grand une fois le secret de l’île La présence de chansons folk – écrites par l’Américain Paul Giovanni à partir de thèmes traditionnels écossais et irlandais - a été voulue par les auteurs pour renforcer le climat faussement innocent ("I will never forget that happy night" / "je n’oublierai jamais cette nuit de joie", nous chante-t-on dans la chanson Corn Rigs du générique). Elle accentue aussi la résonance d’un paganisme friand de chansons et de danses, exprimant son attachement à la nature. Les numéros musicaux ne sont jamais gratuits et font avancer l’histoire. De même, les chansons ne sont pas innocentes : cours sur le cycle de la vie, chant paillard pour souligner les mœurs légères des habitants, provocation sensuelle pour tenter le chaste Howie… par contraste, lorsque l’action s’accélère à l’écran, certains passages instrumentaux voulant sonner BO funky de films de gangsters cockneys font franchement sourire. Le bûcher des vanités
Cette victoire de ce symbole post-hippie qu’est l’Homme
d’Osier est amère car ambiguë. Dans la scène
centrale, Lord Summerisle explique à Howie que son grand-père
scientifique - sur une peinture du film, il ressemble à un croisement
entre Moïse et Darwin - a "importé" le paganisme
sur l’île dans un but utilitariste, pour revitaliser l’économie
agricole. Summerisle a ensuite perpétué cette pratique
aussi bien "par intérêt que par passion".
Le film semble pointer ainsi qu’une religion est "adaptée"
à son environnement. Howie explore un monde païen : on ne
le jette pas aux lions de l’arène ; il est juste dans la
gueule du loup. Et les Cette démonstration théologique est surtout ironique car les deux religions, comme on l’a relevé plus haut, se recoupent. Toutes deux croient en l’immortalité de l’âme et ont tendance à chercher un bouc émissaire. Surtout, elles ont en leur cœur le sacrifice, sans lequel il n’y aurait pas de sacré. Mais l’énoncé "La Mort et la Résurrection" rappelé par Howie et Summerisle dans le film ne s’applique pas aux mêmes personnes selon la pratique. Le film construit ainsi sur ce thème un jeu d’oppositions : à Howie évoquant la mort du Christ au travers de l’Eucharistie pendant la messe au début du director’s cut, répond le rituel final de l’Homme d’osier. Ces deux figures impliquent la communion (communion avec le Christ/communion avec la nature). Ces deux figurent sauvent surtout le monde. L’ironie suprême du film est que le très croyant Howie est incapable de voir qu’il traverse une épreuve aux accents bibliques où il est tenté en permanence. Et c’est là qu’une réplique d’un des personnages (une mère) à Howie prend tout son sens: "vous ne comprendrez jamais le sens véritable du sacrifice." Au sergent Howie est donc promis un destin de sauveur qu’il devrait envier et pouvoir comprendre. A la fin du film, à le voir haranguer et maudire les habitants de l’île comme l’un de ces faux prophètes "qui viennent à vous déguisés en brebis" (Matthieu 7, 15), on comprend qu’il n’en est rien. Dans le feu qui consume l’Homme d’osier, il ne voit que l’Enfer…
Thriller symbolique et faussement lumineux, The Wicker Man mérite amplement son statut d’objet étrange et déconcertant. Pour citer Lord Summerisle dans le film, "il est temps pour vous de rejoindre l’Homme d’Osier" ! |
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Studio
Canal nous offre une édition double DVD en tout point identique
à l’édition de référence de Anchor Bay
en zone 1. Seul le commentaire audio du film par Hardy, Shaffer et les
acteurs, présent dans le zone 2 anglais, est absent de l’édition
française.
La version longue : les tribulations rencontrées par le négatif original - cf le documentaire - font que cette version longue a été reconstituée, les scènes manquantes (et donc intégrées à la version courte) ayant été tirées d’un vieux master vidéo (celui de la version intégrale) appartenant à un célèbre cinéaste/producteur américain. Ces éléments sont d’une qualité bien inférieure (couleurs bien pâles, défauts) mais permettent de vite repérer les différences avec la version courte. Image donc variable pour une version longue néanmoins indispensable pour évaluer réellement le film. Son : La version cinéma propose une piste française en mono (le doublage semble avoir été spécialement fait pour le DVD français, d’où un langage assez contemporain, où l'on entend que "Dieu s'est planté") ainsi que deux pistes anglaises (stéréo et 5.1) toutes très claires. Un mixage en 5.1 peut étonner pour un film très peu spectaculaire, mais met en valeur les divers passages musicaux. Ceux qui n’aiment guère toute une imagerie années 70, cheveux-longs-guitare-nature seront servis ! |
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Une
présentation du film par Jean-Pierre Dionnet, claire,
en dépit de quelques erreurs factuelles.
Documentaire The Wicker Man Enigma (35 mn - vost): très complet, il couvre tous les aspects du film depuis sa création jusqu’au culte des fans actuels (passage qui aurait pu être un peu plus développé). Tous les protagonistes (Hardy, Shaffer, Woodward, Lee…) sont présents (sauf Britt Ekland) et alignent les anecdotes, notamment sur l’étrange destin du négatif original. Roger Corman y explique son rôle dans la postérité du film. Une réussite. Une interview de Christopher Lee et Robin Hardy (vost): faite par le critique Stirling Smith dans le cadre de l’émission TV américaine Critic’s choice (1973). Hardy et Lee font la promotion du film devant un critique conquis - qui n’hésite pas à comparer la réussite de ce premier film à celle de Duel de Spielberg. L’interview est agréable mais ne livre pas d’informations supplémentaires par rapport au documentaire. Elle permet tout de même d’entendre un Lee pousser la chansonnette, prêt à tout pour défendre le film. Un spot télévisé anecdotique sur le film, provenant de l’émission citée, Critic’s choice. Une bande-annonce qui résume assez bien l’ambiance du film, mais révèle le final. Attention ! Trois spots radio où la voix inimitable de Christopher Lee nous vend le film. Une galerie de photos d’exploitation et d’affiches du film. |
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