
Réalisé
par Richard Fleischer
Avec Robert Wagner, Broderick Crawford,
Buddy Ebsen, Terry Moore, Robert Keith, Brad Dexter, Mark Damon, Skip
Homeier, Frank Gorshin, Harvey Lembeck, Frank Gerstle
Scénario de Harry Brown adapté
du roman de Francis Ibby Gwaltney The day the century ended
Musique de Hugo Friedhofer
Photographie DeLuxe Cinémascope
de Leo Tover
Produit par David Weisbart pour Twentieth
Century Fox
USA - 94’ - 1956 |

DVD
9
Zone 1
Edité par Twentieth Century Fox
Home Entertainment
Format 16/9 2.35 :1
Langues : Anglais stéréo,
Français mono, Espagnol mono
Sous-titres : Anglais
Durée DVD : 94’ |


|

|
La
campagne du Pacifique, en 1945. Sam Gifford, ex sergent
de la Garde Nationale, a été dégradé
pour avoir frappé à coups de crosse un lieutenant,
le laissant presque mort. C’est désormais un
homme brisé, interné au camp de prisonnier et
qui risque dix ans de prison. Mais le nouveau colonel est
soucieux de ne pas atteindre davantage le moral des troupes
par une sanction trop dure, et, prenant en considération
les actes de bravoures préalables de Gifford, décide
de communier sa peine en un simple transfert sur une zone
sensible. Sam est détaché auprès de la
compagnie G commandée par le capitaine Waco Grimes,
un officier honni par ses subordonnés. Grimes est un
homme à moitié fou qui, craignant plus que tout
les tireurs embusqués, se refuse à porter l’uniforme
de son rang et exige de ses hommes qu’ils l’appellent
par son prénom. La compagnie tout entière semble
à l’abandon, et il y règne une atmosphère
presque mortifère. Là, Sam se remémore
les événements passés, depuis son incorporation
dans le bataillon de son beau-père jusqu’au drame
ayant entraîné sa disgrâce. |
|
 |
Certaines orientations de carrières
tiennent à peu de chose, et celle de Richard Fleischer
en est un exemple frappant. Ayant débuté sa
carrière en 1946, il fit ses gammes à la RKO
durant six années, le plus souvent dans des polars
ou des films noirs d’à peine plus d’une
heure, de petites séries B souvent révérées
par les historiens du cinéma, mais qui restent à
peu près inaccessibles au grand public. A peine plus
d’un an après avoir quitté le studio
de ses débuts, on lui confiait l’un des plus
ambitieux projets de la décennie, l’adaptation
du 20 000 lieues sous les mers de Jules Verne.
A quoi cela est-il du ? A une reconnaissance des qualités
de The narrow margin, la dernière et la
moins obscure de ces bandes RKO ? Même pas, ou plutôt
si, mais indirectement : favorablement impressionné
par le travail réalisé par Fleischer sur ce
film, Howard Hughes voulut qu’il le refasse avec le
couple vedette maison, entendez Jane Russell et Robert Mitchum.
Fleischer refusa et se vit sanctionné. Mais il put
se libérer de son contrat en acceptant de tourner
une nouvelle fin pour l’ahurissant His kind of
woman, réalisé par John Farrow. Il passa
à la Columbia en 53, le temps de deux films, avant
d’être engagé par Disney (dont son père
Max fut un temps le principal concurrent), selon la légende,
parce qu’il avait su diriger dans Sacré
Printemps le jeune Bobby Driscoll, sous contrat avec
le papa de Mickey, ce qui attestait de son talent ! Suite
au triomphe artistique et commercial de 20 000 lieues
sous les mers, il négocia un engagement à
long terme avec la Fox. Cette période amorcée
avec l’adaptation de Verne constitue très probablement
le sommet artistique de sa carrière. Entre 1954 et
1959 Fleischer livre en effet une série de réussites
éclatantes, toutes filmées en Cinémascope
(ou en Technirama à l’occasion de l’une
de ses deux escapade à la United Artists pour The
Vikings, l’autre film U.A. étant Bandido),
format que le cinéaste maîtrise d’emblée
en virtuose, et dans les genres les plus divers : policier
(Violent saturday), mélodrame social (The
girl in the red velvet swing), western (Bandido
; These thousand hills), aventures (Twenty
thousand leagues under the sea et The Vikings,
donc), étude criminelle psychologique (Compulsion)
et bien sûr film de guerre avec le titre qui nous
occupe. Par la suite les grandes réussites seront
encore nombreuses, mais délivrées avec une
moindre régularité.
Bien que dépourvu de grande tête
d’affiche, Between heaven and hell avait
bénéficié d’un budget confortable
mais ne connut pas le succès escompté. Il
suffit de visionner la bande-annonce pour comprendre que
le film livré par Fleischer ne correspondait manifestement
pas aux attentes du studio. Celle-ci, dans le cadre d’une
promotion des ressources du Cinémascope, fait la
part belle à l’action belliciste et à
la glorification de hellfighters héroïques.
Elle semble vouloir surfer sur le succès considérable
rencontré l’année précédente
par la Warner avec l’adaptation d’un autre best
seller de la littérature de guerre, Battle Cry,
en mettant aussi en avant le personnage féminin de
Terry Moore dont l’influence sur le récit est
pourtant presque négligeable. Or Between heaven
and hell n’est pas une chronique de guerre aux
accents sentimentaux, comme le très beau Walsh, et
encore moins une apologie de l’héroïsme
patriotique.
Le temps de la colère...
Une fois de plus, voire par exemple les traductions des
titres originaux de certains westerns de Ford, les distributeurs
français se sont distingués par un choix de
titre à contresens de l’esprit de l’œuvre.
Fleischer émettait déjà quelques réserves
sur le titre original, lui préférant de loin
celui du roman, The day the century ended. Car
en filigrane de cette chronique martiale point l’évolution
psychologique et sociale de Sam Gifford, et par extension
de toute une certaine Amérique encore ancrée
dans ses conceptions rétrogrades. Comme souvent chez
Fleischer, dont il faudra bien un jour reconnaître
la qualité d’auteur, Gifford n’a rien
d’un «héros» profondément
positif. Le jeune planteur de coton qui nous est présenté
en flash-back dans la séquence civile est au contraire
une sorte de monstre patricien, froid, méprisant
et tyrannique à l’égard de ses métayers.
Incorporé sous les drapeaux en tant que simple sous-officier,
il va entreprendre une véritable quête initiatique,
découvrant les qualités humaines de ces pauvres
bougres au travers de leur sens de la solidarité,
de leur dévouement et de leur compassion. A leur
contact, Gifford apprend l’estime mutuelle et découvre
le sens de l’amitié la plus désintéressée,
de sorte qu’au sortir de son expérience dans
ces îles du Pacifique, c’est un nouvel homme,
lavé de tout préjugé social, qui est
révélé. Comme l’a fait remarquer
Jacques Lourcelles dans son Dictionnaire du cinéma,
le développement de Fleischer et de son scénariste
Harry Brown prend le contre-pied de la thèse développée
par Jean Renoir dans La grande illusion, ou plus
exactement va bien au-delà : là où
un Boëldieu et un Maréchal apprenaient l’estime
mutuelle tout en conservant une certaine gêne dans
leurs rapports, les rapprochement décrits par Between
Heaven and Hell sont bien plus fusionnels. Il y a ceux
qui s’affranchissent de tout préjugé,
et qui sont choyés par le regard du cinéaste
jusque dans leurs instants de plus grande faiblesse, et
ceux qui s’y refusent, tel le lieutenant Terry (Mark
Damon), seul «ami» de Gifford avant guerre,
présentés dès lors comme des meneurs
incapables et pathétiques dont l’aveuglement
mène au drame.
Between heaven and hell n’a
donc rien d’une épopée glorifiante.
Dans ce récit d’une étonnante modernité,
ce sont les ravages de la guerre sur la psychologie des
soldats qui sont mis en exergue, un peu à la manière
du Twelve o’clock high de King. A ceci près
qu’ici, le point de vue n’est pas celui de l’état
major, mais celui des simples exécutants. Gifford
nous y est ainsi dépeint sans rien cacher de ses
faiblesses, comme un homme capable d’une bravoure
ordinaire, qui le fera décorer, mais que la succession
de morts, inéluctables et impromptues, et que l’incapacité
à assurer son destin, tout autant que la peur, détruisent
progressivement, le faisant sombrer dans des crises d’effondrement
psychologique récurrentes. Et que dire de Waco, soldat
de métier «brisé au rang de capitaine»
(«they busted both of us, Gifford, you to private,
me to captain»), que ses nouvelles prérogatives,
qui l’exposent comme une cible désignée
et impuissante face aux snipers japonais, transforment en
véritable bête recluse et déshumanisée,
protégée par deux sbires musculeux en maillot
de corps, avec lesquels il semble avoir établi une
relation trouble teintée d’homosexualité.
Un Waco Grimes dont on sent pourtant poindre la puissance
destructrice et fascisante propre aux grandes bêtes
de guerre cinématographiques, telles le Aldo Ray
de The naked and the dead de Walsh , mais qui ne
trouve plus sa place dans le contexte de cette guerre d’un
type nouveau, faite d’affrontements larvés.
C’est cette impuissance, qui confère
aux actions de ces soldats une portée presque dérisoire,
que traduit admirablement le film de Fleischer. Entreprenant
une dangereuse mission de reconnaissance en territoire truffé
de patrouilles japonaises, l’esquade menée
par Gifford, maîtresse de ses agissements, sait par
son professionnalisme éviter les pièges et
s’en sortir sans dommage. Mais à contrario,
elle est sans ressource devant la fatalité représentée
par un tireur embusqué (la mort de Waco, abattu alors
que relevé de son commandement, il venait de revêtir
pour la première fois son uniforme d’apparat),
par un simple sabre piégé prélevé
par un bidasse sur le corps d’un cadavre ou par la
pointe de la baîonnette d’un Japonais venant
finir sa course sur celui qui l’avait abattu.
Jamais peut-être les mérites
de la mise en scène de Fleischer ne se sont affichés
avec autant d’éclat que pour ce film, notamment
à travers les cadrages et mouvements d’appareil
virtuoses. N’oublions pas que le film date de 1956,
et qu’à cette époque les cameras Cinémascope
étaient particulièrement lourdes et peu maniables,
comme en témoignent nombre de films au statisme pesant.
Rien de tout cela dans Between and hell : le réalisme
d’un cantonnement militaire est accentué par
le mouvement même au sein du cadre, par une propension
inégalée à donner de la profondeur
au champ, tant par l’agencement stratifié des
personnages que par les mouvement orchestrés face
à l’objectif. Quant aux mouvements d’appareils,
ils sont si fluides et incessants qu’on pourrait croire
que la caméra est portée à l’épaule,
la stabilité du cadre en plus. On a souvent vanté
les mérites du plan séquence d’ouverture
de Touch of Evil de Welles, mais celui qui accompagne
tout le générique du Temps de la colère
est tout aussi impressionnant, bien qu’infiniment
plus discret. La caméra accompagne tout le trajet
de Robert Wagner, relâché de prison, dans un
long travelling latéral arrière, la mise en
scène de Fleischer orchestrant les saluts des militaires
et les passages incessants des véhicules tantôt
au premier plan, tantôt au second, jusqu’à
déboucher au croisement de route où se situe
la tente du colonel, devant laquelle est stationnée
la Jeep de Buddy Ebsen. Le timing millimétré
de Fleischer y fait alors se croiser une Jeep et un camion,
la première conservant sa trajectoire longitudinale
en sens contraire de la progression de Wagner, le camion
s’orientant lui vers le fond de l’écran,
lui conférant une ampleur insoupçonnée.
Cette précision diabolique se retrouve dans le sens
du montage (le rythme imprégné à la
descente finale effrénée de Gifford, poursuivi
par trois Japonais, vers le camp G, est absolument extraordinaire),
dans l’intégration parcimonieuse de la superbe
bande musicale de Friedhofer ou dans les plans de transition
amorçant les flash-backs (les frémissements
d’une flaque d’eau boueuse se transformant en
vaguelettes d’une piscine traversée par le
couple Wagner-Terry Moore, parmi bien d’autres) et
prouvent s’il en était besoin que Fleischer
est sans doute l’un des plus grands techniciens de
l’histoire du cinéma.
Film déchirant et proprement éreintant,
admirable apprentissage de la générosité
et de l’humilité, porté par une distribution
superbe – l’interprétation de Broderick
Crawford est restée justement célèbre,
mais Richard Fleischer n’a pas tort lorsqu’il
considère que «Robert Wagner, acteur très
sous-estimé, y donne la meilleure performance de
sa carrière» - Between heaven and hell
est sans doute le plus beau film du cinéaste. Il
est inutile de dire qu’il s’agit aussi de l’un
des plus beaux films de guerre qui soit, peut-être
supérieur encore aux magnifiques Merrill’s
maraudeurs de Fuller ou The naked and the dead
de Walsh. Pour l’avoir moi-même pendant longtemps
un peu occulté, je puis en témoigner, l’ayant
revu avec la même émotion à quatre reprises
au cours du dernier mois écoulé...
|
|
 |
Image
: Les premières images laissent craindre le pire.
Le film fut tourné en De Luxe, procédé
dont les couleurs ont tendance à se délaver
avec le temps, et la première bobine est effectivement
très terne. Mais, ô miracle, la colorimétrie
de cette jungle presque organique retrouve son éclat
par la suite, et la définition comme la compression
sont absolument sublimes. Les points blancs sont quant à
eux nombreux, mais on en fait vite abstraction, d’autant
que la copie n’est entachée d’aucun autre
défaut flagrant.
Son : En VO, un mixage stéréo
déplorable et incohérent : les dialogues sont
restitués tantôt par l’enceinte gauche,
tantôt par la droite, tantôt par la centrale,
sans d’ailleurs que cela corresponde à la logique
du positionnement des personnages dans le cadre. Heureusement,
ça s’arrange petit à petit là
aussi, et la centrale retrouve ses prérogatives naturelles.
Inutile de chercher à se rabattre sur la VF, privée
de toute dynamique.
Evidemment, les non Anglophones regretteront l’absence
de sous-titres français.
|
 |
Les
bonus se réduisent à une suite de trailers
:La bande-annonce originale, au format 16/9 Cinémascope
elle aussi, dont nous avons déjà signalé
à quel point elle trahissait l’esprit du film.
Diverses autres bandes-annonces de films de guerre de la
Fox, du plus récent, Behind ennemy lines
au plus ancien, A yank in the R.A.F., en passant
par The thin red line ou The desert rats
parmi d’autres. Un montage promotionnel consacré
à trois autres titres de la collection Fox War Classics,
en 4/3 plein écran : Von Ryan’s express
de Robson, l’admirable Twelve o’clock high
de King et The sand pebbles de Wise.
Note : Between
heaven and hell fut aussi distribué en France
sous un titre encore plus aberrant : Les diables du
Pacifique.
|
|
|
|