
|
Réalisé par Jerzy Skolimowski
Avec John Hurt, Alan Bates, Susannah Yorke, Tim Curry…
Scénario : Jerzy Skolimowski, Michael Austin d’après
la nouvelle de Robert Graves
Musique : Tony Banks & Mike Rutherford
Photographie : Mike Molloy
Montage : Barrie Vince
Un film : The Rank Organisation Film Productions
USA - 86 mn - 1978
|

PVB
Editions
Zone 2
Format cinéma : 1.85
Format vidéo : 16/9 compatible 4/3
Langues : Anglais, Français
Sous-titres : Français
Stéréo d’origine VO, 5.1 et DTS VF |


|
Chroniqués
par DvdClassik :
Pas d'autres chroniques à ce jour
|
|
|
|

|
Robert Graves (Tim Curry), médecin psychiatre, est associé à un
mystérieux patient, Crossley (Alan Bates), pour
comptabiliser les points d’un match de cricket
organisé pour
occuper l’après-midi des pensionnaires d’un
hôpital psychiatrique anglais. Laissant le soin à Graves
d’officier, Crossley se lance dans l’évocation
de son passé. De retour d’un séjour
de 18 ans chez les Aborigènes Australiens - où il
découvrit la sorcellerie et tua ses deux enfants
- il investit la maison, et la vie des Fielding, un couple
anglais sans histoires (John Hurt et Susannah York).
Menaçant
ceux-ci d’user
de son "Cri du Sorcier", censé tuer
quiconque l’entend à la ronde, il prend
possession de la demeure du couple, à la fois
fasciné et répugné par cet homme
au charisme et aux pouvoirs captivants. |
|
 |
Placé sous
le signe de Francis Bacon, dont l’on peut distinguer
plusieurs reproductions de tableaux dans le film, The
Shout (Le cri du Sorcier)
est à l’image de l’œuvre
du fameux peintre anglais : étrange, fascinant et
dérangeant. Oeuvre inclassable - que l’on
range pourtant souvent aux côtés de The
Wicker Man ou de Dont’ Look Back dans
les ouvrages consacrés
au cinéma britannique - le sixième long-métrage
de Jerzy Skolimowski témoigne de la vivacité du
cinéma anglais des années 70, ainsi que de
sa capacité à aborder le fantastique avec
une approche totalement différente des standards
de l’époque. A l’inverse de Rosemary’s
Baby ou de L’Exorciste, le film joue
constamment sur son absence d’effets et se démarque
en bien des points de la production concurrente. Baladé entre
"free cinema", incongruité polonaise (à l’image
du Polanski européen) et croyances aborigènes,
The Shout est un cri bien singulier dans le 7° Art
des seventies…
Retour en arrière…
Adapté d’une nouvelle de Robert Graves (dont
Tim Curry, célèbre pour son rôle de
Frank-N-Furter dans The Rocky Horror Picture Show,
joue le propre rôle), The Shout passionne
Jerzy Skolimowski qui s’attelle à l’adaptation
cinématographique
avec Michael Austin - scénariste anglais peu prolifique
qui restera surtout dans l’histoire pour son adaptation
de Greystoke en compagnie de Robert Towne. Avouons
mal connaître la filmographie de Skolimowski, dont
nous n’avions vu il y a encore deux jours que le
seul
Moonlighting (Travail au noir), très
beau drame réalisé en 1982, avec Jeremy Irons.
Après
enquête et diverses lectures, The Shout s’avère être
sa seconde incursion dans le cinéma anglais alors
qu’il a déjà signé à l’époque,
outre ses films polonais, diverses coproductions anglaises,
suisses, allemandes et américaines (The Adventures
of Gerard, Deep End et King, Queen and Knaves)
mais aussi collaboré au
scénario du Couteau dans l’Eau de
son compatriote, Roman Polanski. Cinéaste apatride,
Skolimowski n’en
signe pas moins un film éminemment anglais, à la
limite du cliché même, tant se bousculent
au portillon multiples symboles du Royaume-Uni : match
de cricket, campagne verdoyante du Sussex, petite église
anglicane et son pasteur, mais aussi un casting 100% british
avec
de grands noms du moment tels John Hurt, Alan Bates et
Susan York…
D’où peut-être cette comparaison avec
The Wicker Man, autre fleuron du cinéma
fantastique anglais de l’époque. Rapprochement
incongru, tant le film ne ressemble finalement qu’à lui-même
et à aucun autre. Comme souligné plus haut,
The Shout est un film déceptif (au bon
sens du terme !) qui, jouant sur les attentes du spectateur
en matière
d’angoisse, va déjouer un à un les
clichés du film fantastique pour mieux laisser s’instaurer
le trouble. Chez Skolimowski, pas d’effets spéciaux,
de monstres, de Diable ou de quelconque autre effet crescendo
dans l’horreur… Le film avance à son
rythme, lent et posé, laissant le malaise s’installer
au fur et à mesure de cadrages étranges et
d’effets sonores perturbants. Admirablement mis en
son par Tony Banks et Mike Rutherford, alors membres de
Genesis, le film de Jerzy Skolimowski est une lente descente
dans la démence,
le script s’attachant à suivre en détails
et circonvolutions narratives la folie de son narrateur
: Crossley, fou avéré.
Pour cela, le cinéaste fait appel à la grammaire
classique du cinéma et non à des effets sanguinolents
: cadrages originaux (multiplication de très beaux
surcadrages avec encablures de portes, plans de miroirs
ou de fenêtres), ralentis bizarres, musique et sons
surprenants (le film fut un des premiers, sinon le tout
premier, à utiliser
le système
Dolby, procédé idéal pour la séquence
du cri), allers et retours narratifs choquants… La
confusion entre imagination et réalité, invention
et vérité, donne d’ailleurs tout son
sel au film. Raconté par un dément, le récit
- composé de flash-backs dont Crossley est le seul
maître - navigue constamment entre les frontières
du crédible et du fantastique pur. Quel
crédit
donner au récit d’un fou furieux, qui semble
manipuler son auditoire et le public tout au long du film
? C’est là la principale question du film,
qui de récit maniaque et démentiel, devient
une réflexion sur le cinéma et sur le pouvoir
d’un cinéaste à emmener son spectateur
aux confins de la crédibilité.
Adoptant tantôt un style à la limite du documentaire,
tantôt une forme de pur spectacle, Skolimowski crée
une œuvre hybride et perturbante, dont l’imbrication
de flash-backs, d’images mentales et de récits
croisés ne peut qu’intriguer, à défaut
de totalement convaincre. On reste ainsi perplexe devant
certains engrenages narratifs contradictoires, menant à une
fin pour le moins absconse (même après deux
visions). Ce qui ne saurait gâcher le plaisir pris
devant une mise en scène ingénieuse et parfois
totalement bluffante (certaines des correspondances entre
le film et les tableaux de Bacon sont saisissantes), à l’image
du fameux "cri du sorcier", qui devrait clouer
plus d’un spectateur dans son fauteuil. Alan Bates
y est ensorcelant, à l’image d’un casting
haut de gamme. Car The Shout, c’est aussi
la confrontation en vase clos de trois grand acteurs
britanniques...
Alan Bates, dont la dévotion au cinéma anglais
indépendant est alors totale. Avant The Shout, il
vient d’enchaîner cinq ans en compagnie de
la fine fleur du jeune cinéma british : Lindsay
Anderson, Joseph Losey, Michael Apted, Harold Pinter, Richard
Lester, Peter Medak ou Laurence Olivier… Il campe
ici un Crossley impérial, dont on perçoit
la démence dès le premier regard et dont
la seule manière d’habiter chaque plan fait
froid dans le dos. Et ce n’était pourtant
pas un mince challenge que de jouer un sorcier au fin fond
du Sussex sans tomber dans le ridicule.
John Hurt, dont la
carrière est alors en train
d’exploser… Lui qui a déjà 16
ans de carrière derrière lui mais dont les
premiers rôles se résument à quelques
films obscurs se voit offrir l’occasion d’exprimer
tout son talent dans le film de Skolimowski. Il y est formidable,
une véritable révélation qui lui ouvre
les portes d’Hollywood l’année suivante
avec un quarté magique : Midnight Express, Alien,
La Porte du Paradis et Elephant Man dans les années
qui suivent. A la lecture de cette imposante filmographie,
c’est peu dire que Hurt doit beaucoup à son
rôle d’Anthony Fielding dans Le Cri du Sorcier.
Enfin,
Susannah York, déjà si talentueuse
chez John Huston (Freud Passions Secrètes), Tony
Richardson (Tom Jones), ou Robert Redford (On
achève
bien les chevaux) et qui révèle ici une sensibilité et
un goût pour l’étrange dont l’empreinte
marque durablement et le film et le spectateur. Il faut
la voir jouer avec son corps dans le plus beau plan du
film, nue et à quatre pattes, prenant la position
d’un modèle de Bacon entraperçu plus
tôt. Ou encore soumise à Crossley lors d’un
repas dérangeant au possible. Elle est une des plus
belles et plus marquantes incarnations de la bizarrerie
de The Shout.
Trois acteurs au service d’un film (Grand Prix du
Jury à Cannes en 1978) qui a pour mérite
de faire fi de toute convention narrative, se perdant dans
les méandres d’un esprit malade et offrant à son
créateur l’opportunité de créer
quelques séquences de fantastique bizarre et décalé dont
certaines n’auraient rien à envier au David
Lynch de Blue Velvet ou Lost Highway – géniales
continuations des expérimentations cinématographiques
de Jerzy Skolimowski. On a connu filiation plus difficile à supporter…
|
|
 |
Image :
A l’image de bien des oeuvres tirées du
catalogue Carlton, le film bénéficie d’un
très beau master, quasiment vierge de toute poussière.
Côté compression et définition d’image,
c’est aussi du tout bon : contrastes tranchants,
blancs éclatants et noirs profonds. Et si l’on
pourra regretter quelques noirs un peu trop gris dans les
scènes nocturnes, arguons que le problème
vient plutôt d’une photographie très
marquée seventies que du travail de transfert numérique.
Bref, et ce n’est pas la première fois chez
PVB, une image pile-poil !! A noter toutefois des sous-titres
un peu gros à notre goût… Côté Son :
Une VO en stéréo d’origine
(le film fut un des premiers à se parer du Dolby),
claire et dynamique. La séquence du cri du sorcier
, si elle ne bénéficie pas des dernières
technologies en la matière, reste un modèle
de dynamique stéréo et est parfaitement
rendue sur ce DVD. Même si l’on est peu féru
de VF, jetons un œil sur celle concoctée
par PVB qui se targue à chaque nouvelle sortie
d’offrir le film en VF 5.1 et DTS au choix et reconnaissons
que pour une fois, le choix est judicieux tant le film
joue sur les effets sonores avec maestria. La scène
du sorcier, tant en 5.1 qu’en DTS est bluffante… mais
elle suppose que vous regardiez le film avec un doublage
calamiteux, et certains effets sonores appuyés par une
spatialisation parfois un peu lourde. Allez hop, retour à la
VOST, vous n’y perdrez pas grand chose !
|
 |
Reconnaissons à PVB
une belle constance dans la laideur de leurs menus,
même s’ils semblent
s’être dépassés pour Le
Cri du Sorcier. Une sorte de record du monde du menu le plus
hideux,
qui sera difficile à battre (question du jour
: à quoi
se dopent-ils ?) et qu’il faut voir pour le croire
;-) Un détail certes, mais à signaler !
A part ça, quatre filmographies séparées
et succinctes de Susannah York, Jerzy Skolimowski,
John Hurt et Alan Bates.
|
|
|
|