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Un film d’Andreï Tarkovski,
Produit par Mosfilm.
Scénario : Andreï Tarkovski et Andreï Konchalovski.
Photographie : Vadim Ioussov.
Avec : Anatoli Solonitsyn, Nikolaï Grinko…
Durée : 185 mn
Film en noir & blanc et en couleurs.
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Format
cinéma : 2.35:1
Format vidéo :
16/9 compatible
2 DVD zone 2 anglais (disponible en import)
Durée : 185 mn
Son : Russe, Dolby digital 5.1
Sous-titres : Anglais, Français,
Allemand, Espagnol, Portugais, Italien, Japonais Hébreu, Suédois,
Chinois, Arabe et Russe.
Suppléments : Filmographies, galeries de photos, interview
de Marina Tarkovski, interview de Youri Nazarov, Making of, Bandes-annonce
des films de Tarkovski, Etudes sur la vie de Roublev. |


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Chroniqués
par DvdClassik :
Stalker (Z2)
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La
Russie du XVème siècle. Théophane
le Grec engage le moine Roublev pour peindre Le Jugement
Dernier dans une cathédrale. L’invasion
des Tartares va conduire le moine à commettre
un acte d’une terrible portée. Engoncé dans
sa culpabilité, il fait bientôt vœu
de silence et renonce à la peinture… |
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Plutôt que de revenir sur les problèmes rencontrés
par Tarkovski tout au long du tournage d’Andreï Roublev,
ou au moment de son exploitation, j’aimerais tout
simplement m’arrêter quelques instants sur
cette œuvre d’une richesse inouïe. Trop
souvent, lire une critique d’un film de Tarkovski
revient à parcourir un compte rendu lapidaire sur
les ennuis d’un cinéaste persécuté par
un système de production totalitaire. Du coup l’analyste
se sent obligé de traquer, dans les films qu’il
dissèque, ce qu’il prend pour des métaphores
politiques à peine voilées. Si ce type d’approche
critique n’est fondamentalement pas plus idiot qu’un
autre, elle masque néanmoins l’essentiel.
A savoir : le caractère éminemment cinématographique
de l’œuvre de Tarkovski. Quand certains font
des films, Tarkovski, lui, fait du cinéma. Voilà donc
quelqu’un qui exploite les potentialités de
son art, sans jamais avoir recours aux artifices hérités
des autres disciplines esthétiques. Quand Tarkovski
utilise un tableau, une musique, c’est pour l’intégrer
hic et nunc dans l’économie générale
de son projet.
Ainsi Andreï Roublev, second long métrage
de l’auteur de Solaris, peut-il dérouter
son spectateur. Il n’a rien d’un film linéaire
classique obéissant à un certain nombre de
règles tacites, rien d’une machine hollywoodienne,
bien huilée, inféodée à un
système narratif hérité du théâtre
classique ou de la littérature de récit.
Nul Mac Guffin destiné à fixer l’attention
du spectateur, nul dialogue explicatif censé éclaircir
la totalité des zones d’ombres qui parsèment
le récit. Malgré tout, les dix "blocs" ou
chapitres qui constituent l’oeuvre ne sont pas tout à fait
indépendants comme on pourrait le croire. Les isoler
compromettrait l’unité d’une fiction
dont les principales articulations dramatiques se calent
sur le parcours spirituel du personnage principal.
La fiction se déploie selon une logique qui lui
est propre. Ainsi la première séquence du
film – le prologue pris en charge par le chapitre
1 – semble déconnectée, narrativement,
du restant de l’œuvre.
On y voit un moine s’échapper d’une église à l’aide
d’un curieux objet, une pseudo montgolfière.
Il survole une étendue d’eau, avant de s’écraser
avec fracas dans une prairie. A la fin de ce prologue,
un plan s’attarde sur un cheval noir qui se roule à terre
au ralenti. Nous ne saurons jamais qui était ce
moine, ni s’il a survécu à sa terrible
chute. Cet ‘épisode’ paraît n’avoir
aucune incidence sur le reste de la fiction. Tout juste
peut-on voir en la présence du cheval une potentielle
rime visuelle au dernier plan du film qui détaille
quelques chevaux s’ébrouant dans une prairie,
sous la pluie.
Bien sûr le maniaque du chapitrage aura tout le
loisir de "zapper" cette séquence introductive,
de passer directement à la suivante, s’il
estime qu’elle n’apporte rien au récit.
Il pourra tout aussi bien, en quelques secondes, visionner
successivement les deux plans de chevaux qui semblent entretenir
une correspondance secrète, alors que près
de trois heures de métrage et plus de vingt années – diégétiques – les
séparent.
Cette séquence introductive donne pourtant le mouvement
général du film et son "idéologie".
Au risque de réduire considérablement la
portée de ce prologue, on peut voir en lui l’équivalent
cinématographique d’un aphorisme qui planerait
sur la fiction, tel que "L’acceptation
d’un
don est acceptation du Divin" (le moine qui se brûle
les ailes sur son dirigeable de fortune en serait le douloureux
exemple).
Car Andreï Roublev suit le parcours d’un moine,
peintre d’icônes, qui décide de ne plus
user de son don et de se taire à tout jamais. Déçu
par ses semblables, il n’a plus rien à leur
dire, plus rien à exprimer.
Si Roublev a bel et bien existé, nous ne savons
rien ou presque, de sa vie. Tarkovski et son co-scénariste
(le cinéaste Andreï Konchalovski) comblent
ce vide historique par cette quête introspective
qui passe par le doute, le tiraillement spirituel, et débouche
sur une acceptation de soi.
[spoiler] C’est dans l’avant dernière
séquence du film – chapitre 3 du second disque
(La cloche) – au contact d’un jeune fondeur
de cloche, que Roublev mesure qu’il n’est qu’un
instrument de Dieu. Refuser d’exploiter le don qu’il
a reçu revient à refuser d’accomplir
les plans divins.
L’ultime séquence – chapitre 4 du second
disque (Epilogue) – présente des fragments
d’icônes. Les icônes peintes par Roublev.
C’est la seule séquence en couleurs du film.
L’œuvre du moine a survécu aux temps
troublés de l’Histoire. Le cheminement de
Roublev l’a conduit à une sorte d’immortalité dont
le spectateur est un témoin privilégié.[fin
du spoiler].
On le voit Andreï Roublev n’est pas dénué de
logique, mais cette logique ne saurait se réduire à des
recettes scénaristiques éculées.
Plutôt que de prendre le spectateur par la main ou
de lui faire parcourir un chemin balisé (dont chaque
séquence serait une étape) le cinéaste
plonge celui-ci dans un maelström d’images et
de sons dont il sortira à coup sûr épuisé voire
K.O. Tour à tour païen et mystique, mû,
tantôt
par une fougue épique qui n’a rien à envier à celle
d’un Kurosawa, tantôt par un désir d’intimisme
et de contemplation que n’aurait pas renié un
Dreyer, Andreï Roublev représente
esthétiquement
parlant l’antithèse de ce "réalisme
socialiste" qui avait imposé le cinéma
soviétique hors de ses frontières.
Objet aussi démesuré que les icônes
du maître Roublev, ce film immense, parfois intimidant,
confirma que L’Enfance d’Ivan, son premier
long métrage, annonçait bien la naissance
d’un grand cinéaste qui nourrissait en lui
de grandes ambitions pour son art.
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Un
premier DVD d’Andreï Roublev vit le jour à la
fin des années quatre-vingt dix. L’éditeur
Criterion proposait alors une version de 205 minutes.
Sur le présent disque, R.U.S.C.I.C.O. a retenu
la version mondialement connue, et adoubée par
Tarkovski, de 185 minutes.
Le film est dispatché sur deux disques, ce qui n’est
pas gênant du tout au vu de son découpage
(et même appréciable au vu de sa longueur).
Six chapitres sont accessibles sur le premier disque. Quatre
autres figurent sur le second.
On se rend très vite compte que les chapitres correspondent
aux dix grandes articulations ménagées par
Tarkovski séparées par des ellipses temporelles.
Le film se divise donc en grands blocs temporels et le
DVD se cale explicitement sur ce découpage.
Disque 1 (86 minutes)
1) Prologue
2) Histrion (an 1400)
3) Théophane le Grec (an 1405)
4) La Passion selon Andreï (an 1406)
5) La fête (an 1408)
6) Le jugement dernier (an 1408)
Disque 2 (99 minutes)
1) Le sac (an 1408)
2) Le silence (an 1412)
3) La cloche (an 1413) divisée en deux parties
sans que celles-ci n’apparaissent clairement dans
le menu des chapitres.
4 ) Epilogue
Chaque chapitre reprend d’ailleurs le titre du
bloc qu’il délimite.
L’image : R.U.S.C.I.C.O. a la réputation
de soigner ses éditions, et ce n’est pas
ce DVD qui contredira tout ce qu’on a pu lire sur
cette structure qui, rappelons-le, a racheté les
droits de reproduction et de distribution d’environ
cent cinquante films russes – du muet aux années
80 - appartenant aux studios Mosfilm, Lenfilm, Gorky
film et Georgia film, dans l’optique de promouvoir
ce cinéma dans des conditions décentes.
L’image est soignée et, même si quelques
poussières subsistent, bien définie.
Rien à voir avec la compression désastreuse
du premier DVD de Stalker.
Il serait intéressant de comparer cette version
de Roublev avec celle de Criterion.
Le son : Encore un
cinéaste dont on a mésestimé le
travail sonore, sous prétexte qu’il avait
un sens inné du cadre et de l’image. Ne
faisant pas les choses à moitié, l’éditeur
propose un mixage en dolby digital 5.1 appréciable
dans ce film qui ménage de grands moments spectaculaires – comme
l’invasion du village, la fête païenne
ou les séquences de fonderie.
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De
tous les bonus, détaillés dans la
fiche technique, il faut retenir avant tout les précieux
documents qui montrent le maître au travail. Ainsi
ce "making-of" qui rend compte
de toute la démesure du projet. Trop belle occasion nous est
offerte de voir Tarkovski diriger ses acteurs et gérer
des problèmes de logistique inhérents à ce
type de tournage.
Comme souvent chez R.U.S.C.I.C.O, parcourir les diverses
filmographies proposées se révèle
fort ludique. L’éditeur a en effet dispatché un
lot de bandes-annonces à l’intérieur.
Je vous recommande particulièrement celle de Solaris (sur
le premier disque, dans la filmographie de Vadim Ioussov),
un montage improbable commenté par une voix off
démonstratrice fait passer cette adaptation très
libre du roman de Lem pour un film d’action (fou
rire garanti pour ceux qui ont vu le film !).
Et puis si vous n’y connaissez rien en peinture d’icônes,
le documentaire consacré à la vie de Roublev
vous fournira de la matière pour votre prochaine
soirée mondaine.
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