Réalisé par Roman Polanski
Avec : Mia Farrow, John Cassavetes, Ruth Gordon…
Scénario : Roman Polanski d’après le roman d’Ira Levin
Directeur de la photographie : William Fraker
Musique : Kristopher Komeda
Un film Paramount
USA - 131’ - 1968


Zone 2
Editeur : Paramount
Format cinéma : 1.85
Format vidéo : 16/9 anamorphique compatible 4/3
Langues : Anglais, Français mono
Sous-titres : Français, Anglais


Article sur Imdb.com


Votre avis nous intéresse

Chroniqués par DvdClassik :
Pas d'autre film à ce jour

 

 








Rosemary et son mari emménagent dans un appartement de Manhattan. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Jusqu’à ce que Rosemary tombe enceinte…


Après l’échec
de Cul de Sac et du Bal des Vampires, Bob Evans, alors vice-président de la Paramount, appelle Polanski et sachant qu’il aime le ski lui propose un film sur le sujet : Downhill Racers. Arrivé à Hollywood, le jeune réalisateur polonais rencontre Bob Evans qui lui confie le script. Ce dernier en profite aussi pour lui glisser les épreuves d’un livre d’Ira Levin intitulé Rosemary’s Baby. Bob conseille à Roman de commencer par le second…


Epuisé par son voyage et le décalage horaire, Polanski se dit qu’il remettra cette lecture au lendemain. Il feuillette le bouquin et, happé par cette étrange histoire, le dévore d’une traite. « J’avais les yeux qui me sortaient de la tête » dira t-il plus tard. Downill Racers est donc définitivement enterré, et c’est le bébé le plus célèbre de l’Histoire du Cinéma qui entre en gestation…

Porté par une campagne publicitaire intrigante (l’affiche et son célèbre "Pray for Rosemary’s Baby"), le film est un succès retentissant, et à l’instar de Psychose ou de L’Exorciste traumatise toute une génération de spectateur. Pourtant, Polanski aborde l’épouvante comme jamais personne auparavant : en ayant l'air de rien. Même Tourneur, qui jusqu'alors était le cinéaste référence en matière de fantastique suggéré, n'avait atteint un tel degré d'épure. Polanski, non content de ne rien montrer, se permet aussi d'abandonner totalement l'imagerie gothique inhérente au film d'épouvante : point de clairs-obscurs ici, ni de zones d'ombres, encore moins de demeures hantées inquiétantes. Rythmée par la "gentille" berceuse de Kristopher Komeda, l'intrigue se déroule au sein d'un immeuble cossu de New-York, baigné dans une lumière apaisante. Résultat : la peur et le malaise s'en voient décuplés ! Et les spectateurs persuadés d’avoir vu le satanique bébé durant la projection furent à l’époque nombreux. Evidement, il n’en est rien…

En effet, et même s’il trouvait le livre d’Ira Levin parfaitement mené, Polanski s’est vite trouvé face à un problème : agnostique, le cinéaste ne pouvait traiter cette histoire de diablerie au premier degré, à moins de trahir sa vision plutôt rationnelle du monde. Pour la crédibilité, il adopte donc la solution suivante : le doute. Rosemary est-elle victime d’un complot satanique ? Ou victime d’hallucinations liées à sa douloureuse grossesse ? Ce trouble basé sur une vision subjective, et l’adoption d’un point de vue unique, deviendra la marque de fabrique des plus grands films de Polanski. Et fera de lui LE cinéaste de la paranoïa.

Polanski a compris une chose : la peur est un murmure. Il construit son récit par petites touches insidieuses et apparemment quotidiennes jusqu'à atteindre un sentiment de terreur paroxystique rarement égalé. La confrontation finale reste et restera un must : Mia Farrow, "mère courage" en proie aux forces du mal, y est bouleversante. Ne serait ce que d'en parler, la scène provoque encore le frisson…

Qu'on se le dise : Rosemary's baby est devenu, après plus de trente ans, le chef d'œuvre absolu de l'horreur suggestive.


Image
: Un voile du plus mauvais effet parasite le générique, et on craint d’abord le pire. Il n’en est rien : la copie non restaurée est assez propre malgré la présence de divers points blancs, et la compression rend parfaitement hommage à la photo doucereuse et nuancée de William Fraker. Pas une image d’exception donc, mais tout de même un DVD qui nous venge des multiples et atroces diffusions télé "pan & scanées" et verdâtres…

Son : Le Mono anglais d’origine est très pur contrairement à la piste française qui manque énormément de pêche. De toutes façons, la VF de Rosemary’s Baby est catastrophique : Cassavetes prononce "Hamlé" pour dire Hamlet (sic!). A éviter donc…



Interview croisée
des producteurs Robert Evans et Richard Sylbert ainsi que de Roman Polanski. Ensemble, ils reviennent sur la genèse du film durant 16 minutes. Bien que courtes, ces interventions sont riches en anecdotes : on apprend, entre autres, que Tony Curtis tient un rôle invisible dans le film… On aurait cependant aimé que Polanski revienne plus précisément sur sa magistrale mise en scène. Mais le bonhomme est sans doute trop discret pour se mettre en avant de la sorte…

Making of d’époque intitulé Mia & Roman. Un document de 22 minutes assez troublant : on y voit Polanski au travail (ce qui est rare) dans une ambiance décontractée, Peace & Love, qui contraste violemment avec le malaise que distille le film. Cette insouciance est évidemment d’autant plus poignante lorsque l’on connaît la tournure tragique que va prendre par la suite la vie et la carrière de Polanski…

Un film chroniqué par Simone Choule