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Padre Padrone (RAI)
Réalisé par Paolo et
Vittorio Taviani
Avec Omero Antonutti, Saverio Marconi,
Marcella Michelangeli, Fabrizio Forte
Scénario : Paolo et Vittorio
Taviani d’après le roman autobiographique de Gavino
Ledda ‘Educazione di un pastore’
Musique : Egisto Macchi
Photographie : Mario Masini
Un film produit par Giuliani G. De
Negri pour la R.A.I.
Italie - 110 mn - 1977
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110
mn
Zone 2
Format cinéma : 1.66
Format vidéo : 16/9 compatible
4/3
Langues : Italien / Français
Sous titres : Français |


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Chroniqués
par DvdClassik :
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Le
père de Gavino (Omero Antonutti) fait irruption
dans la petite école sarde où vient juste de
commencer à étudier son fils âgé
de 6 ans : il a besoin de le récupérer pour
qu’il puisse l’aider à garder les moutons.
Séparé de sa famille, exclu de la collectivité
du village, dans la plus grande des solitudes, sous l’impitoyable
tyrannie de son père qui le rosse à tout bout
de champs, voici comment se déroule l’enfance
de Gavino. Au fur et à mesure, il prend conscience
qu’il restera sous la sinistre tutelle paternelle tant
qu’il n’aura pas acquis les moyens de communiquer
avec les autres. Avide d’échapper à sa
condition, encore totalement illettré à 20 ans,
il décide de partir pour l'Allemagne avec quelques
camarades mais son père l’en empêche. Suite
à de mauvaises conditions climatiques, l’oliveraie
de la famille est totalement détruite par le gel. Le
père décide de tout vendre et d’envoyer
Gavino à l’armée. C'est là qu'il
se met à étudier la langue italienne et les
lettres classiques avec l’aide d’un compagnon
d’uniforme (Nanni Moretti). De retour au pays, tout
en aidant aux travaux des champs, Gavino continue de se cultiver
pour se libérer du joug du ‘père-patron’
(padre padrone). La tension entre les deux hommes reste toujours
aussi tendue et à la suite d'une violente dispute,
Gavino se rebelle enfin. A force de persévérance,
il devient professeur de linguistique mais ne s’exile
pas pour autant, préférant assumer ses racines
culturelles pour pouvoir faire profiter de son expérience
aux autres enfants de sa condition. |
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Palme
d’or surprise du festival de Cannes 1977, Padre
padrone n’avait au départ même pas
été tourné dans l’intention d’être
diffusé en salles. Les frères Taviani avaient
été touchés par cette autobiographie
et ne s’étaient pas préoccupés
d’en faire une œuvre universelle ; ils avaient
mis en chantier son adaptation afin de livrer un nouvel
opus "franc-tireur" comme ils en avaient pris
l’habitude. On connaît la suite : sélectionné
par le plus grand festival cinématographique du monde,
un Roberto Rossellini sur le point de mourir, alors président
du jury, usa de son influence pour lui faire attribuer la
récompense suprême, défendant ainsi
sa conception du cinéma d’auteur contre "les
servitudes mercantiles". Dès lors, le film fera
le tour du monde et obtiendra un très beau succès
d’estime un peu partout. Même les habitants
de certains pays comme Madagascar ou la Turquie, issus de
familles rurales patriarcales, se reconnurent au passage
dans cette chronique âpre et rude de la vie de berger.
Sur la communauté paysanne italienne, il y avait
eu l’année précédente 1900
de Bernardo Bertolucci, il y aura l’année suivante
L’arbre aux sabots de Ermano Olmi. Mais alors
que 1900 était traité comme une grande
fresque historique et que L’arbre aux sabots
reposait avant tout sur son aspect documentaire, les frères
Taviani firent une nouvelle fois preuve de leur engagement
politique, prônant à travers cette histoire
vraie la révolte et l’instinct de liberté
face à l’oppression et démontrant l’importance
primordiale de l’accès à la culture
pour tous.
Mais attention, nous sommes aussi assez éloignés
d’un intellectualisme austère ou d’un
quelconque retour aux sources du néo-réalisme
: au contraire, et nous en dirons plus par la suite, nous
assistons ici à un véritable "organisme
audiovisuel", expression des Taviani eux-mêmes
à propos de cette oeuvre. Connaissant un peu la filmographie
et le parcours des deux frères, Padre padrone
se situe donc bien dans la continuité de leurs opus
précédents. Cinéphiles passionnés,
ayant appris à aimer le cinéma justement avec
les films de Rossellini, ils arrivèrent à
la réalisation par la voie du documentaire en collaborant
avec l’immense Joris Ivens. Leur premier film seul
sera Un homme à brûler (1962) dans
lequel l’analyse intellectuelle est mise en avant
mais soutenue par une tension lyrique qui leur est propre
et qu’ils n’abandonneront jamais. Ils s’attacheront
ensuite à se prononcer en faveur du concubinage (Les
hors-la-loi du mariage) puis à brosser un tableau
sans concession de la situation sociale et politique de
leur pays avec Les subversifs en 1967. Ce seront
ensuite les plus connus Sous le signe du scorpion
(1969) Saint-Michel avait un coq (1971) et Allonsanfan
(1973) qui finissent d’asseoir leur réputation
; un style immédiatement reconnaissable fait d’incongruités
assumées et d’un mélange détonant
d’intellectualisme et de souffle purement cinématographique.
Les Taviani occupent une place vraiment à part au
sein du cinéma italien, élaborant, écrivant
et tournant leurs films sans qu’on sache quoique ce
soit sur la répartition de leurs tâches sur
chacun d’eux. Après Le pré
(1979) et La nuit de San Lorenzo (1982), les frères
s’orienteront vers un cinéma plus linéaire,
moins militant mais tout aussi passionnant car il ne faut
pas oublier que ce sont aussi de formidables conteurs, et
leurs plus grandes réussites se nommeront encore
Kaos (1984), Good morning Babilonia (1987)
sans oublier le magnifique et très sous estimé
Fiorile (1993). Après quelques ratés,
ils travaillent désormais pour la télévision
et viennent d’achever une adaptation du superbe roman
d’aventure d’Alexandre Dumas, La San Felice.
Mais
revenons sans plus attendre au 7ème film des Taviani,
celui qui nous intéresse ici. Adapté de l’histoire
vécue d’un berger sarde, Gavino Ledda, devenu
linguiste diplômé, le film débute d’ailleurs
par son apparition symbolique. C’est lui en personne
qui ouvre ce long métrage, tendant à Omero
Antonutti, censé jouer son père, le bâton
de berger avec lequel il vient le chercher alors que son
personnage n’est encore âgé que de 6
ans. Superbe mise en abîme suivie de cette fameuse
séquence de "l’école" qui
plonge sans plus attendre le spectateur dans le ton de violence
morale et de crudité du film. En effet Paolo et Vittorio
Taviani vont nous montrer la réalité dans
toute sa barbarie, sans chercher une esthétique propre
à caresser le public dans le sens du poil, ne souhaitant
jamais faire non plus de "la belle image". Dans
cette scène, le jeune Gavino, honteux et apeuré,
s’urine dessus alors que son père entre dans
la classe. A peine sorti, les autres enfants partent dans
un brouhaha de moqueries. Entendant ces cris, le père
rouvre la porte avec violence leur annonçant que
ce sera bientôt à leur tour de devoir rejoindre
les montagnes arides et sèches. Le silence retombe,
un silence pesant que trouent les voix off de tous ces enfants
aux idées morbides : l’un décide de
sauter dans le vide plutôt que d’aller travailler
alors qu’un autre souhaite que son père se
fasse tuer… Un prologue abrupte et crue qui donne
d’emblée la tonalité de cette première
partie, celle de l’enfance.
Nous sommes ici aux antipodes de la poésie bucolique
d’un Farrebique de George Rouquier ou du
pittoresque méridional qui caractérise par
exemple certains films de Pagnol : la vie arriérée
dans cette campagne de Sardaigne sèche, muette et
pierreuse est ici décrite dans toute sa dureté
à l’aide d’un montage syncopé,
abrupt et tranchant faisant écho à la brutalité
et à la misère dégradante de telles
conditions de vie. D’ailleurs les Sardes ont détesté
la vision de leur pays par les Taviani, Gavino faisant même
un bras d’honneur à sa patrie quand il décide
de s’exiler en Allemagne. Mais si l’aspect réaliste
est bien présent, avec entre autres des images chocs
comme l’égorgement d’un mouton ou le
meurtre d’un voisin, les Taviani s’en éloignent
assez souvent pour mettre en scène de véritables
moments de pur cinéma, c’est à dire
avec tous les artifices dont ils disposent et avec une audace
assez rare. Souvent, le ridicule n’est pas loin mais
la sincérité des cinéastes fait que
ces idées de mise en scène rendent le film
encore plus fort. Ils n’hésitent pas à
attribuer une voix off au mouton qui se fait maltraiter
par l’enfant avec une rare violence et à tourner
une séquence de "coït collectif",
tous les personnages du village s’accouplant et haletant
dans le même temps, les enfants ne disposant que des
animaux pour assouvir leurs instincts et envies (chèvres,
ânes, poules) alors que les adultes retrouvent une
bestialité équivalente avec leurs épouses
ou maîtresses. La pauvreté morale et avilissante
de cette région est, en une seule séquence
démontrée, avec une vigueur étonnante
mais aussi avec quel lyrisme ! Point d’amour dans
ces accouplements, juste des pulsions masculines ! Une surprenante
ellipse suivra cette scène et nous nous retrouverons
15 ans après pour une seconde partie plus apaisée
et poétique mais toujours traversée d’éclairs
de violence sans oublier un humour sous-jacent surtout dû
aux trouvailles stylistiques des réalisateurs.
Le
passage de deux tziganes au milieu de son champs va ouvrir
à Gavino des horizons inattendus. Ces garçons
déambulent en jouant une valse de Strauss sur un
accordéon et c’est un autre monde qui se dévoile
à Gavino, celui d’un ailleurs symbolisé
par la musique. Musique qui a d’ailleurs toujours
été un élément capital dans
tous les films des Taviani ; ils l’utilisent à
des fins purement dramatiques, symboliques ou émotionnelles
et elle devient quasiment un personnage à part entière
dans Padre padrone. Dès le générique
qui voit s’enchaîner une comptine enfantine
et un thème plus sérieux et inquiétant,
on ressent dès lors ce mélange d’éléments
incongrus et de gravité qui se suivront sans arrêt
tout au long du film. C’est aussi la musique qui va
déclencher chez notre héros cette envie de
s’instruire et de s’opposer à son paternel
; il se cache alors pour apprendre à jouer de cet
instrument et, dans une scène d’une superbe
poésie, sur l’autre versant de la montagne,
une flûte entame un duo avec l’accordéon.
Il s’agit là du premier contact qu’il
établira avec ‘l’autre’. Dès
cet instant, le père sent que son fils lui échappe
et les réalisateurs utilisent une nouvelle fois une
astuce purement cinématographique renforçant
l’aspect fable que revêt le film malgré
son âpreté. Gavino endormi, baragouinant dans
son sommeil, son père se penche sur lui pour essayer
de percer ses secrets et c’est la valse de Strauss
qui surgit abruptement d’on ne sait où et qui
fait sursauter le père, valse qui n’est évidemment
entendu que dans le rêve de Gavino mais qui rejaillit
sur le spectateur et par la même occasion sur le père.
D’autres exemples d’utilisation novatrices et
(ou) agressives de la musique peuvent donner l’idée
du ton déroutant du film : un vulgaire air pop vient
nous déchirer les oreilles pendant le ramassage des
olives, un chant sarde assez austère vient perturber
un travelling sur les paysages nus et calcaires de la campagne
; au contraire le concerto pour clarinette de Mozart se
fait entendre lors de la révolte au grand jour du
fils et de l‘envie de meurtre du père…
Pasolini avait déjà opéré de
même dans L’évangile selon St-Matthieu
et, ce qui pouvait paraître déplaisant
à la première écoute, renforçait
aussi positivement l’étrangeté du film
pour nous le rendre ensuite plus attractif. Mais,
en plus des innombrables trouvailles visuelles et sonores,
Padre padrone tire aussi sa force de la simplicité
de son récit et du message que le film tient à
véhiculer : le privilège que confère
l’accession à la culture qui peut se révéler
un instrument de lutte contre la misère morale et
l’asservissement mais aussi un élément
capable de redonner une dignité à tout un
chacun.
Après avoir narré des échecs individuels
liés au désir d’utopies souvent inaccessibles,
les Taviani racontent ici une victoire remportée
sur la solitude, l’analphabétisme, la pauvreté
morale et le conservatisme, une apologie de la révolte
par l’acquisition du langage et le l’apprentissage.
Bel et honorable programme jamais gâché par
un côté trop démonstratif, le lyrisme
de la mise en scène emportant tout sur son passage.
Alors que Gavino découvre le vocabulaire en lisant
à haute voix à partir d’un dictionnaire
tous ces mots nouveaux pour lui, les réalisateurs
montrent un enjouement et une joie égale à
leur personnage en faisant voltiger et se promener la caméra
dans les paysages de Sardaigne. Et puis il y a l’une
des dernières scènes, peut-être la plus
belle : Gavino, décidant de partir poursuivre son
enseignement qui le conduira à recevoir son diplôme
de linguiste, s’agenouille devant son père
pour attraper sa valise. Le père prostré et
effondré (il vient de se faire gifler par son fils),
s’apprête à lui caresser la tête
en signe de tendresse mais au dernier moment se retient
et lève le poing. Est-ce un geste de colère,
de vengeance ou de désespoir ? Va-t-il une nouvelle
fois abattre son poing sur le fils qui déserte le
domaine familial ? Nous ne le serons jamais, les réalisateurs
préférant couper à ce moment là
et passer à la conclusion. Sublime séquence
pour un très beau film qui pourra rebuter mais qui
ne devrait pas laisser indifférent !
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Si
l’éditeur fait bien de nous préciser
que l’aspect granuleux de la copie vient du fait d’un
tournage en 16 mm pour la RAI, l’ image
ayant été ensuite gonflée en 35 mm
pour son exploitation en salles, ce n’est pas une
excuse suffisante pour expliquer le résultat final
sur ce DVD. Car oui, l’aspect granuleux est bien présent
mais pas de ce seul fait. La compression s’avère
en effet très décevante, l’image instable
fourmillant constamment et les scènes nocturnes en
pâtissant assez fortement. Mais ce n’est pas
tout ; aucune restauration n’a été faite
sur le master récupéré : artefacts
en pagaille et nombreuses lignes verticales venant rayer
la copie. A signaler surtout au chapitre 6, une séquence
vraiment très abîmée (43’30),
l’image étant même gelée quelques
secondes ; nous avons l’impression de regarder la
scène derrière une vitre embuée et
sale. Côté définition, ce n’est
pas le nirvana non plus mais rien de rédhibitoire.
Une fois ceci dit et sachant que les Taviani n’ont
pas cherché à faire "joli", on peut
tout de même aisément regarder ce film dans
cet état, beaucoup d’autres scènes étant
bien mieux conservées ou traitées. Bref, si
l’on considère que ce film n’a pas bénéficié
de recherches esthétiques particulières, son
ton âpre et rude s’accommode assez de cette
copie moyennement belle.
Côté son, sachant que comme
la plupart des films italiens, celui-ci a été
post-synchronisé, nous ne nous étonnerons
pas de cet aspect un peu "studio" et "étouffé"
de certains passages, ceux-ci étant dus plus au film
qu’au DVD qui restitue finalement assez bien les bruits
d’ambiance, le vent dans les paysages désertiques
et toutes les autres incongruités sonores et musicales
dont les Taviani sont coutumiers. Bonne ambiance sonore
dans l’ensemble en ayant toujours en tête que
Padre padrone a été un film plutôt
artisanal dans sa fabrication.
Passons très rapidement sur des menus hideux car
ce n’est vraiment pas le plus important, pour nous
consacrer aux suppléments.
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Les
bandes annonces (9’) de 3 autres films
sortis en même temps, La nuit de San Lorenzo,
Kaos et Good morning Babilonia.
Une introduction (3’) au film par
Nanni Moretti qui tient dans Padre padrone le
rôle du compagnon de chambrée de Gavino,
celui qui lui enseigne ses premiers rudiments d’éducation.
On sent que l’acteur-réalisateur tient ce
film en haute estime et nous fait partager sa passion
avant que nous le découvrions. Moretti en profite
pour évoquer brièvement son propre parcours.
3 entretiens vraiment très intéressants
tournant tous exclusivement autour de Padre Padrone,
de la place qu’a occupé le film dans leurs
carrières, des anecdotes de tournage et de l’influence
qu’ont eu les récompenses et le succès
international de ce film sur la suite de leurs activités
professionnelles. Ils se décomposent ainsi :
Souvenirs des frères :
entretien avec Paolo et Vittorio Taviani. Avec une passion
communicative, les deux frères nous évoquent
la genèse de leur film, analysent quelques scènes
et sont toujours aussi étonnés du succès
que leur "bébé" a rencontré
un peu partout dans le monde. On aurait souhaité
que cet entretien se poursuive !
Souvenir du père : Entretien avec
Omero Antonutti. Le comédien shakespearien, que
l’on retrouvera souvent dans les autres œuvres
des cinéastes, revient surtout sur les méthodes
de tournage de ces derniers.
Souvenir du fils : Entretien avec Saverio
Marconi, interprète de Gavino à 20 ans.
Artiste underground à l’époque, Saverio
Marconi à son tour nous parle de son expérience
et de l’influence primordial du film sur la suite
de sa carrière.
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