Réalisé par WilliamWyler
Avec Gregory Peck, Charlton Heston, Jean Simmons, Carroll Baker
Scénario : James R. Webb, Sy Bartlett et Robert Wilder d’après le roman de Donald Hamilton
Musique : Jerome Moross
Photographie : Franz F. Planer
Un film United Artists
Usa - 160 mns - 1958


MGM / Fox Pathé Europa
160 mn
Zone 2
Format cinéma : 2.35
Format vidéo : 16/9 compatible 4/3
Langues : Anglais / Français / Italien / Espagnol
Sous titres : Français / Anglais / Allemand / Italien / Espagnol / Hollandais / Suédois / Norvégien / Danois
Dolby Digital Mono d’origine
Chapitrage et menus fixes


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Chroniqués par DvdClassik :
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Un marin débarque dans les "grands espaces" du Middle West pour y épouser la fille d’un grand propriétaire terrien. Homme intelligent et adepte de la non-violence, il va se trouver mêlé à la lutte que se livrent deux clans rivaux convoitant le même point d’eau : d’un côté les Terrill, sa future belle-famille, de l’autre les Hannassey que dirige un patriarche à poigne de fer. Les tensions qui règnent entre les différents protagonistes se dénoueront pour la plupart au milieu de Blanco Canyon, espèce de labyrinthe naturel assez détonant comparé aux vastes et plates étendues de cette "big country".

Dans les années 50, la télévision commence à faire de l’ombre au cinéma. Pour lutter contre la petite lucarne et retenir le public qui commence à déserter les salles obscures, Hollywood décide de sortir la grosse artillerie et encourage ses techniciens à recourir à l’écran large pour se démarquer des productions télévisées. Au milieu de la décennie, on commence à produire des "pseudo-westerns" de prestige à gros budget, lorgnant vers la saga familiale, avec l’intention très ferme d’effectuer des percées au box-office. William Wyler ayant déjà décroché le jackpot avec son précédent essai La loi du seigneur (qui rafle en même temps l’oscar du meilleur film !!!) réédite son exploit avec Les grands espaces qui continue à renflouer les caisses des producteurs. L’année suivante, il frappe encore très fort avec le plus célèbre de tous les péplums : Ben-Hur.

Gregory Peck, acteur alors en pleine période engagée, coproduit ce film avec la haute et noble ambition de prôner la non-violence à l’intérieur d’un spectacle aussi conçu pour rapporter des devises. Pour cela, il ne lésine pas sur les moyens : Flopée de scénaristes célèbres s’inspirant, avec l’aide d’un écrivain, d’un feuilleton à succès, casting de stars, décors luxueux, riche utilisation du plein air ; tout est mis en œuvre pour plaire au grand public. Le résultat financier répond à toutes les espérances mais le résultat artistique, pas déshonorant, n’est malheureusement pas entièrement convainquant même si le film se suit dans l’ensemble avec un certain plaisir.

Sous l’apparence d’un western, nous assistons en fait ici à une sorte de tragédie familiale, une chronique historique du Texas. Le film se révèle être une étude de systèmes de pensées archaïques basés sur un code de l’honneur assez rude et l’importance primordiale accordée à la propriété provoquant des jalousies et rivalités pouvant aller jusqu’au meurtre, mais aussi une étude psychologique, non dénuée d’intérêt, de personnages pas tous aussi stéréotypés et simplistes qu’on a pu un peu trop facilement le dire ici ou là. Qu’en est-il justement de ce casting prestigieux ? Gregory Peck est impeccable dans ce rôle éminemment sympathique du marin bostonien débarquant dans ce Texas violent. Il faut aussi souligner la merveilleuse performance de la belle Jean Simmons en institutrice souhaitant la paix entre les clans et surtout de Chuck Connors dans un personnage au départ antipathique (le fils indiscipliné des Hannassey) mais qu’on apprend à apprécier en cours de route et qui sera au cœur de la scène la plus émouvante du film, celle de sa mort dans les bras de son père. Burl Ives (un oscar pour ce film) et Charles Bickford interprètent des personnages trop taillés à la hache pour pouvoir apprécier pleinement leur jeu et Carroll Baker manque totalement de maturité pour ce rôle de femme capricieuse (on est en droit de la préférer en Baby doll). Quant au futur Ben-Hur, Charlton Heston, il a accepté un rôle qui ne le sert pas vraiment ; c’est assez courageux de sa part même s’il demeure un peu en retrait.

On suit donc avec attention cette histoire romanesque jusqu’à ce superbe moment au bord de la rivière au cours duquel des sentiments naissent entre Jean Simmons et Gregory Peck. Ensuite, les scènes s’étirent bien trop longuement, le statisme de la mise en scène s’installe de plus en plus et là où on s’attendait à une accélération du rythme, le film ralentit au contraire inexorablement. Heureusement, cette dernière partie un peu trop empesée comportera encore deux ou trois moments forts dont le final tourné dans un Canyon absolument étonnant. Et puis, la manière qu’à Wyler de filmer ces immenses espaces (le titre français est bien choisi pour une fois) possède une certaine ampleur mais cependant sans la poésie d’un John Ford. A ce titre, la longue scène de la bagarre entre Gregory Peck et Charlton Heston, filmée en immenses plans d’ensemble, est d’une modernité étonnante.

Pour donner un exemple de l’importance de la musique au cinéma, un mot sur la composition inégale de Jerome Moross qui comporte surtout un très beau thème principal épique, superbement rythmé et orchestré, très aisé à retenir. Par la seule force de ce thème, une scène assez "clichée" au départ devient anthologique : celle au cours de laquelle, après avoir été abandonné par tous ces hommes et décidant de partir se battre seul, l’impitoyable Charles Bickford est rejoint finalement par ces derniers toujours sous l’emprise de son charisme. Par ailleurs, cette même partition, assez envahissante parfois, dessert d’autres scènes qui perdent tout leur contenu dramatique par la seule faute d’une musique guillerette maladroitement utilisée (voir la première rencontre de Gregory Peck avec les Hannassey chahuteurs).

L’ensemble du film se révèle donc assez inégal, y compris dans son interprétation, mais l’impression finale reste plutôt positive même si l’action se trouve ramassée en quelques moments forts, au détriment du rythme et du dynamisme du western traditionnel qui font ici bien défauts. Nous aurions aimé plus de la grandeur tragique d’un King Vidor par exemple ou un souffle romanesque du genre de celui qui anime tout du long un film comme Autant en emporte le vent. Tel quel, le spectacle demeure honnête surtout en comparaison de ces mêmes westerns de prestige plus proches de nous que sont les médiocres et ridicules Horizons lointains de Ron Howard ou Silverado de Lawrence Kasdan pour prendre l’exemple de films qui pourraient avoir été mis en chantier dans la même optique.

Image : Le film a été tourné en technirama, technique mise au point par le technicolor et qui utilisait un négatif de 70 mm, dont le résultat donnait des images plus nettes sur les copies d’exploitation de 35mm. Le film de Wyler, tout comme Spartacus de Kubrick, bénéficièrent grâce à ce procédé, d’une exceptionnelle qualité d’images. Malheureusement, la copie non remasterisée utilisée pour le DVD ne restitue pas cette beauté de la photographie de Franz F. Planer. Si certaines et peu nombreuses scènes permettent de s’en rendre compte, ce n’est hélas pas le cas pendant toute la durée du film. Au contraire, la plupart du temps, la copie se révèle assez terne, manquant de luminosité et les couleurs ayant perdu une grande partie de leur flamboyance. Du point de vue propreté du master, le générique fait craindre le pire mais finalement il se révèle correct mais de temps en temps gâché par une compression inégale et de trop gros effets de surbrillance (La scène de tentative de viol de Jean Simmons par Chuck Connors est de ce point de vue assez exécrable). On note aussi quelques faibles variations de teintes dans certaines scènes comme celle du duel Peck/Connors.

Son : Pas de problèmes particuliers concernant la bande son assez agréable dans l’ensemble.


A signaler une très belle sérigraphie sur le DVD mais une absence de bonus hormis une bande annonce abîmée en VO.

Un honnête spectacle sur un DVD d’assez moyenne facture.


Bonus critique
: extrait de La grande aventure du western de Jean-Louis Rieupeyrout : "Les grands espaces témoigne d’une décadence du genre : Construit autour et pour un acteur-producteur, il échoue à restituer le souffle, la séduction et l’esprit même du western qu’il prétend servir. L’action se trouve ici ramassée en des moments forts qui prennent davantage l’allure de gages donnés au western que de soumission pleine et entière à ses exigences fondamentales. Le dynamisme perd ainsi de sa sincérité, le rythme général du récit d’aventures se trouve altéré…"


Un film chroniqué par Jeremy Fox