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Réalisé par Jacques
Becker
Avec Fernand Ledoux, Blanchette Brunoy,
Georges Rollin, Robert Le Vigan, Arthur Devère, Albert Rémy,
René Génin, Guy Favières, Line Noro, Maurice
Schutz, Germaine Kerjean, Marcelle Hainia, Marcel Pérès,
Louis Seigner
Scénario de Jacques Becker et
Pierre Véry, adapté de son roman éponyme
Musique de Jean Alfaro
Photographie noir et blanc de Pierre
Bourgoin
Produit par Jean Mugeli pour Minerva
France - 104’ - 1943
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Zone
2
Edité par René Chateau
Vidéo
Format 4/3 1.33 :1
Langues : Français mono
Sous-titres : Aucun
Durée DVD 104’ |


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La
gare quasi déserte d’un petit village
reculé des Charentes, à la tombée de
la nuit. C’est là que débarque le jeune
Parisien Eugène Goupi, mandé par un père
qu’il ne connaît pas et pour une raison qui ne
lui a pas été dévoilée. Ce père,
c’est "Mes Sous", aubergiste de son état
et présentement plus préoccupé par la
mise à bas attendue d’une vache à la ferme
familiale que par l’arrivée du fils qu’il
n’a pas vu depuis vingt-cinq ans. Mes Sous, oui, car
dans le clan familial des Goupi chacun porte un surnom, reflet
de sa personnalité. Et si l’on fait venir "Monsieur",
c’est parce qu’on le croit directeur d’un
grand magasin de la capitale et qu’on veut le marier
à sa cousine, la jolie Antoinette, dite "Muguet".
Bien sûr, Monsieur n’est que simple vendeur de
cravates, mais ça, le clan ne le sait pas encore...
Monsieur est accueilli sans courtoisie par son oncle Léopold,
dit "Mains Rouges". Mains Rouges complote avec Goupi
"Tonkin", ex colonial amoureux de sa cousine Muguet,
pour effrayer Monsieur. Arrivé seul à la ferme,
Monsieur n’y trouve que le corps inanimé de l’arrière-grand-père
du clan, "L’empereur". Paniqué, il
fuit. Au petit matin, tous les hommes du clan se mettent en
quête non seulement de Monsieur, mais aussi de Goupi
"Tisane", l’acariâtre et despotique
maîtresse des lieux, disparue au cours de la nuit. On
retrouve Monsieur endormi dans un sous-bois, mais Tisane,
elle, est bien passée de vie à trépas... |
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Pierre
Véry est un romancier exquis,
aujourd‘hui trop oublié. Ses romans policiers,
qu’il préférait qualifier de "romans
de mystère" savaient comme nul autre entremêler
le sens du suspense à l’étude de mœurs
et exhaler une poésie iconoclaste, au charme insolite
flirtant avec le fantastique. Ce sens du merveilleux s’exprima
au mieux à l’écran avant guerre et durant
la période de l’occupation, à travers
les délicieuses adaptations par Charles Spaak de
L’assassinat du Père Noël (1941)
ou, plus encore, par Blanchon et Prévert de l’immortel
Les disparus de Saint-Agil (1938), deux réalisations
du si précieux Christian-Jaque. Il transparut encore
en mineur dans deux productions de 1942 de moindre réputation,
Madame et le mort de Louis Daquin et L’assassin
a peur la nuit de Jean Delannoy, bien que bridé
par le style académique de ces deux réalisateurs.
Chacune de ces adaptations s’étant soldée
par un plébiscite public, il était tout naturel
que Goupi Mains Rouges, autre succès de
librairie participant de la même veine, soit adapté
à son tour. Comme Véry avait prouvé
avec L’assassin a peur la nuit qu’il
pouvait parfaitement adapter lui-même un de ses romans,
il fut tout naturellement choisi. Mais Becker, encore méconnu
puisque Dernier atout n’était pas
sorti, ne fut pas associé à l’initiation
du projet.
La collaboration de Jacques Becker avec
l’ancien bouquiniste de la rue Monsieur-le-Prince
est d’ailleurs tout à fait fortuite. Georges
Rollin, qui venait d’interpréter Montès,
le rival de Raymond Rouleau dans la fantaisie policière
Dernier atout, rendit visite à son réalisateur
alors que celui-ci achevait le montage de son premier long
métrage. Les deux jeunes hommes sortirent prendre
un verre et Rollin lui annonça qu’il avait
été engagé pour jouer le rôle
de Monsieur dans l’adaptation du roman de Véry.
Néanmoins, le réalisateur n’avait pas
encore été choisi. Becker connaissait le roman
et l’appréciait. Il se porta immédiatement
candidat et fut engagé sans peine, le budget alloué
au projet ne permettant pas aux producteurs de recourir
aux services d’un réalisateur d’un statut
plus affirmé. Becker participa alors activement à
l’adaptation et contribua à remanier le script
selon sa propre sensibilité.
De fait, l’étoffe de Goupi
Mains Rouges est fort différente de celle des
précédentes adaptations des romans de Véry.
Le sens du merveilleux, "la métamorphose du
banal en magique" selon l’expression consacrée
par Malraux à propos de la première œuvre
du romancier, Pont-Egaré, sont concentrés
dans les séquences d’introduction : l’arrivée
de Monsieur à la gare de la Poste Planquée
(sic), sa rencontre inquiétante avec son oncle Mains
Rouges, le coup monté par Tonkin et Mains Rouges
de l’apparition du fantôme de Goupi La Belle,
la fuite à travers les bois. Mais très rapidement,
la fantasmagorie et le rocambolesque cèdent le pas
à une minutieuse étude de mœurs paysanne,
sans pour cela verser dans le courant documentaliste, où
seule subsiste la manipulation de l’insolite chère
à l’écrivain.
Le clan des Goupi est loin de représenter
la cosmogonie rurale de l’utopie vichyssoise souvent
célébrée à l’écran
durant cette période troublée. Non, l’œil
de Becker se fait ici celui d’un ironiste discret
à l’égard de valeurs compassées,
rétrogrades. Les valeurs familiales sont bafouées.
Le clan familial fait certes bloc dans l’adversité,
mais avant tout parce qu’il refuse tout interventionnisme
dans son mode de fonctionnement. D’ailleurs les Goupi
vivent en reclus, ce que souligne la mise en scène
du cinéaste, qui se refuse à les présenter
en dehors du périmètre de l’auberge.
Entre eux, aucune complicité, tout au plus une certaine
complémentarité ; La Loi découvre t-il
le corps de Tisane, sa fille assassinée, c’est
pour se fendre d’un laconique "Comment allons-nous
faire maintenant, c’est elle qui dirigeait tout à
la maison... elle était très courageuse".
On ramènera son corps en cachette à l’auberge,
parce que les problèmes des Goupi ne concernent que
les Goupi. Et après l’enterrement, dont nous
ne verrons que le retour, on ne reparlera plus jamais de
Tisane. C’est que son père et ses deux frères
ont mieux à faire : obtenir du vieux patriarche de
106 ans, qui risque de s’éteindre, la confession
du lieu où il a planqué le magot familial
! Au demeurant, le culte de l’argent surpasse tout
chez les Goupi. Tant que Mes Sous croit que son fils Monsieur
est directeur du grand magasin de l’Opéra,
il réfute en bloc toutes les insinuations insidieuses
de Tonkin et Mains Rouges à l’égard
de la culpabilité possible du jeune Parisien. Découvrant
son erreur, son attitude change radicalement : Monsieur
ne fait pas partie du microcosme, il n’est pas riche,
le coupable ne peut donc être que lui. Dès
lors, il devient également impossible qu’on
puisse marier Muguet à Goupi, puisque les Goupi ne
se marient qu’entre (vrais) Goupi.
Qu’à sa sortie le film ne
se soit pas attiré les foudres de la censure de Vichy,
même si on la sait assez permissive, laisse perplexe
dans la mesure où il représente une somme
continue de charges tantôt féroces tantôt
ironiques à l’encontre des valeurs prônées
par le "gouvernement" pétainiste. Les Goupi
macèrent dans leur égoïsme et leur cupidité
et ne s’unissent finalement, pour une fois toutes
générations confondues, que pour railler l’ordre
civique représenté par la maréchaussée
au cours d’une séquence anthologique. Le mystérieux
personnage de Goupi Mains Rouges, véritable deus
ex machina de l’histoire, permet à Becker et
Véry de véhiculer leur propre critique de
l’ordre social de Vichy. Voilà un homme qui
se définit lui-même comme l’artiste de
la famille, qui semble mépriser le conservatisme
de ses consanguins, et qui pourtant est présenté
tout à la fois comme le plus raisonnable et le plus
compréhensif de la famille, le seul capable d’aplanir
toutes les difficultés. Par son entremise, Véry
et Becker suggèrent discrètement l’avilissement
sordide de toute une société française
engoncée dans son lot d’hypocrisies, de délations
et de lâchetés (la scène des poupées
vaudou), soit tout ce que Clouzot et Chavance fustigeaient
à la même époque dans leur admirable
et accablant Corbeau. Mais Becker, plus fin diplomate, a
retenu les leçons d’un certain Molière,
et sait que la farce, même noire, permet de maquiller
les pamphlets les plus cinglants... Cela lui aura sans doute
permis d’être également épargné
à la libération, d’autant qu’il
a au moins le soin d’épargner les plus jeunes
(Muguet, Monsieur et Jean, le métayer simple et un
peu bohème exploité par le clan), et donc
de ménager l’espoir représenté
par les nouvelles générations.
Il y a en outre dans Goupi Mains Rouges
deux épisodes qui, eux, témoignent de l’esprit
de leur temps, comme des concessions faites aux exigences
du code d’alors. Le premier est discret et sujet à
plusieurs niveaux d’interprétations. Il voit
Monsieur, harcelé et malmené depuis son arrivée,
cadré en contre-plongée, s’offrir au
petit matin à la nature de cette campagne charentaise
magnifiée dans un long panoramique circulaire. Retour
à la terre ? Peut-être, mais rien de plus n’est
ajouté. La scène se poursuit par une séquence
pastorale d’une simplicité exquise qui n’est
pas sans évoquer les futures respirations romantiques
du couple formé par Marie et Manda dans Casque
d’Or. Muguet rejoint Monsieur. Ils s’agenouillent
dans l’herbe fraîche, rendue grasse par la rosée
matinale, échangent une pomme. On a toujours envie
de rire quand on croque une pomme, s’esclaffe la jeune
fille. La glace est brisée ; du vouvoiement les deux
jeunes gens passent au tutoiement ; elle lui confesse pourquoi
on l’a fait venir, et que quels que soient ses ennuis,
elle ne regrette rien. La scène est filmée
le plus simplement du monde, en champs-contrechamps : c’est
une déclaration d’amour d’une pudeur
tout à fait sublime.
Le second épisode est plus embarrassant. Il prend
place au dénouement du film et présente Mains
Rouges, enfin accepté à la tablée des
Goupi, s’en faire l’avocat auprès de
Monsieur. « Ecoute-moi bien, Monsieur, les paysans
tu ne les connais pas, tu apprendras à les connaître.
Ils ont le respect de l’argent, c’est du travail,
la terre est basse comme on dit. Alors pour eux cinq centimes
c’est un sous. Tu m’as compris ? ». Monsieur
a compris, le spectateur, lui, est un peu désarçonné
par cette appréciation finale émanant du braconnier
marginal ; pas de quoi lui gâcher son plaisir toutefois.
Plaisir, oui, car Goupi Mains Rouges
est un film à la fois étrange et ludique,
foisonnant et troublant, tant par le fond que par le style.
Becker y fait vivre douze personnages principaux avec un
art consommé dans la description des caractères.
La première partie du récit, est, nous l’avons
dit, celle consacrée au mystère. Nocturne,
inquiétante, elle est marquée de l’empreinte
du personnage de Tisane (Germaine Kerjean), divinité
profondément maléfique, répressive,
perverse et esclavagiste, mais qui a au moins un mérite,
celui de canaliser les penchants refoulés des autres
membres de la famille. Chaque membre semble se déplacer
dans le cadre sous le regard lourd et inquisiteur de la
future victime. Le ballet orchestré par Becker autour
de la table familiale est digne de toutes les éloges.
Les autres femmes s’activent aux taches ménagères
ou au tricot, tandis que les hommes, qui n’ont pas
encore pris le pouvoir, sont relégués à
l’arrière plan. L’utilisation de sources
de lumières diffuses et blafardes contribue à
créer un malaise sourd, renforcé par le recours
sporadique au zoom pour amener les gros plans, figure de
style très inhabituelle chez ce cinéaste de
l’épure formelle.
Après l’élimination
de Tisane, le récit vire à la farce, souvent
réjouissante. Les travers des Goupi nous sont jetés
en pâture à mesure que les trois hommes mariés
du clan, Mes Sous (Arthur Devère), son père
La Loi (Guy Favières) et son frère Dicton
(René Génin), plus inoffensif, prennent les
rennes du pouvoir. On s’amuse de l’épisode
de la séquestration de Monsieur dans la grange, du
face à face énorme et nonsensique entre la
collection Goupi et le malheureux brigadier Eusèbe
(Pérès). L’insolite naît de la
quête sans répit de ce magot, quelque part
dans cette ferme dont pourtant nous croyons connaître
tous les recoins si banals, sous le regard amusé
de l’ancêtre L’Empereur (Maurice Schutz),
pas mécontent de jouer un tour à sa façon
à cette progéniture si peu respectueuse. L’insolite
s’accentue à chaque apparition de Tonkin, le
colonial halluciné, interprété avec
sa démesure coutumière par un Le Vigan en
état de grâce -voire son exposé d’éloquence
face à l’instituteur médusé symbole
de toute une France repliée sur elle-même-
moins fou qu’il n’y paraît mais authentiquement
pathétique et dangereux, jusqu’à se
fondre avec le tragique lors de son suicide final, resté
dans toutes les mémoires.
Chaque rôle est de toute façon
parfaitement écrit, et le casting est proprement
miraculeux. Finissons d’ailleurs en saluant l’interprétation.
Aucun des comédiens ne se laisse aller à accentuer
le caractère "rural" de son personnage,
comme cela a pu arriver à tant d’acteurs autrement
plus célèbres amenés à incarner
la paysannerie : la direction d’acteur de Becker n’autorise
pas le cabotinage. Du Belge Devère, nerveux et colérique,
au mystérieux et posé Mains Rouges (Ledoux),
en passant par le couple de jeunes premiers Georges Rollin,
pâle et éthéré citadin, et Blanchette
Brunoy (fière, pudique et lumineuse), tous livrent
l’une des plus belles performances de leur riche carrière,
et contribuent à leur façon à faire
de Goupi Mains Rouges l’un des trois ou quatre
plus beaux films de l’occupation, aux côtés
de Douce, du Corbeau ou de La main
du Diable, ce qui est une gageure si on prend en compte
le nombre d’œuvres de grande qualité tournées
lors de cette période douloureuse de notre histoire
nationale.
Il est à noter que Pierre Véry
adapta et dialogua également un autre de ses romans
ayant Mains Rouges pour personnage principal, Goupi
Mains Rouges à Paris. Malheureusement, ce scénario
intitulé Paris en sabots est resté
inédit. Aujourd’hui Véry n’est
plus à la mode. C’est fort dommage, car il
y a de véritables trésors susceptibles de
fournir des matériaux cinématographiques pleins
d’originalité du côté de ce maître
de l’étrange, à commencer par le Maître
de Jeu ou Les métamorphoses...
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Image : Une définition de bonne tenue pour
une copie non restaurée pour son édition numérique
mais assez bien conservée. Les dégradés
de noirs et de gris sont parfaitement gérés
et la compression ne souffre d’aucun défaut
particulier. Reste à regretter, outre les inévitables
saletés et griffures imputables au soixante ans d’âge
de l’œuvre, des variations de lumière
assez gênantes sur les plans d’extérieur.
Son : Le son est du même acabit :
très correct à défaut d’être
parfait. Une version mono 1.0 d’origine très
honorable, qui parvient à restituer correctement
les bruits d’ambiance épars, délivre
les dialogues de façon intelligible et claire, sans
éviter quelques petits trous en début de séquences
et des craquements de ci de là.
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Trois
filmographies exhaustives et déroulantes
constituent le seul lien direct avec le film. Elles sont
consacrées au réalisateur Jacques Becker,
à l’auteur original et co-adaptateur Pierre
Véry et à l’acteur Le Vigan. Signalons
que la filmographie de Pierre Véry ne distingue pas
ses scénarios originaux de ceux adaptés de
ses propres romans, et plus grave, qu’elle inclut
aussi les films adaptés à partir de ses romans
par d’autres scénaristes (Les disparus
de Saint-Agil par Blanchon et Prévert, L’assassinat
du Père Noël par Spaak, Madame et le
mort par Marcel Aymé).
Robert Le Vigan est particulièrement
à l’honneur, puisque deux extraits
de films qu’il interprète sont proposés
: Dédé la musique de Berthomieu,
et l’inusable Les Disparus de Saint-Agil
de Christian-Jaque. La qualité de ces extraits
est superbe, supérieure à celle de Goupi.
Malheureusement, à notre connaissance ces deux
titres ne sont pas édités. A ce sujet à
quand la sortie du merveilleux Les disparus de Saint-Agil
en DVD M. René Chateau ?
Les autres suppléments sont... hors
sujet : ils vous permettent de commander les magazines
La Mémoire du Cinéma ou quelques
ouvrages consacrés au cinéma parus chez
le même éditeur. Le DVD transformé
en support de vente par correspondance ? ? !
Les menus sont fixes et musicaux.
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