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![]() L’américain Marcus Daly enseigne le piano jazz au Conservatoire de Turin. Un soir, il est témoin du meurtre d’une médium qui venait de désigner un assassin lors d’un congrès de parapsychologie. Persuadé d’avoir vu quelque chose ce soir-là, il mène sa propre enquête, assisté d’une jeune journaliste. |
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Le
générique commence, des cartons sobres défilent au
son d’une angoissante mélodie de Goblin. Soudain, fondu au
noir, la musique est remplacée par une comptine chantée
par une voix d’enfant. Un cri. Les ombres de deux silhouettes qui
s’affrontent. Un couteau ensanglanté tombe à terre.
Deux jambes d’enfant entrent dans le champ. Fondu à nouveau,
retour au générique et à la musique de Goblin. Celle-ci
s’interrompra brutalement lors du dernier carton : "Regia,
Dario Argento". Les
Frissons de l’Angoisse est le quatrième giallo réalisé
par Dario Argento. Comme souvent, l’histoire prend son origine dans
un rêve du cinéaste, en l’occurrence dans l’image
d’une voyante percevant une pensée menaçante dans
son auditoire. Pour écrire le scénario, il s’adjoint
les services de Bernardino Zapponi, déjà connu pour son
travail avec Federico Fellini sur Satiricon ou Fellini-Roma…
Ce film marque l’arrivée de nouvelles personnalités
dans l’univers d’Argento. D’une part, Zapponi lui présente
la jeune comédienne Daria Nicolodi. Outre qu’elle deviendra
sa compagne et la mère d’Asia, Daria Nicolodi participera
largement à l’œuvre d’Argento comme actrice et
co-scénariste - elle est notamment à l’origine de
la trilogie inachevée des Sorcières. D’autre
part, le groupe Goblin succède à Ennio Morricone. Alors
que le tournage du film est pratiquement achevé, le compositeur
Giorgio Gaslini fait écouter quelques morceaux à Argento,
qui dans l’ensemble ne les apprécie pas. Il se met alors
à la recherche d’une nouvelle bande originale. L’éditeur
musical Carlo Bixio lui suggère alors de jeter une oreille au travail
de Cherry Five, un jeune groupe de rock progressif qui s’est déjà
illustré en première partie de Yes - il faut noter que Daria
Nicolodi s’attribue aujourd’hui le mérite de la découverte
du groupe . Le contact est bon, et les compositions du groupe de Claudio
Simonetti, bientôt rebaptisé Goblin, donnent entière
satisfaction au réalisateur. C’est le début d’une
longue et régulière collaboration.Outre qu’il s’agit de l’une de ses œuvres les plus importantes, Les Frissons de l’Angoisse est une étape essentielle dans la filmographie de Dario Argento. Si l’on excepte la parenthèse Le Cinque Giornate, il succède à la ‘trilogie animale’ - L’Oiseau au Plumage de Cristal, Le Chat à Neuf Queues et Quatre Mouches de Velours Gris - et fait le lien avec ses films d’horreur graphiques Suspiria et Inferno. Le réalisateur avait déjà introduit des éléments de fantastique dans Quatre Mouches de Velours Gris, où l’image récurrente de la décapitation dans le fort, souvenir d’une lecture ancienne du héros, donnait au film une coloration onirique capitale . Et Les Frissons de l’Angoisse représente un pas supplémentaire vers cette orientation : Argento y développe son utilisation de la caméra subjective représentant une présence invisible et terrifiante. Ce système est également à l’œuvre lors de la séquence d’exploration de la demeure gothique. La
quête de David Hemmings y est narrée de façon elliptique,
entre fausses pistes et faux raccords, tout ces effets déstabilisant
le spectateur qui perd ses repères. Outre la maison angoissante,
on retrouve bien évidemment le décor classique des gialli,
à savoir des espaces urbains angoissants envahis par les ombres.
Mais plutôt que de vider ces lieux, Argento les peuple de silhouettes
immobiles, comme dans les séquences se situant dans le piano bar,
citant explicitement Edward Hooper. Le résultat est une ambiance
glaciale, inhumaine, qui a pour effet principal de renforcer l’artificialité
de l’intrigue : les protagonistes ne sont dès lors plus que
des acteurs sur une scène de théâtre - et le choix
du lieu où se tient le colloque n’est pas gratuit. Les intentions
d’Argento sont claires : son retour au giallo ne pouvait se justifier
que par une volonté prendre du recul par rapport au genre et d’en
démonter les mécanismes.Les premières paroles prononcées dans le film par David Hemmings sont limpides : "C’est bien, vraiment très bien. Peut-être même trop bien. C’est trop soigné, trop précis". Les Frissons de l’Angoisse a l’apparence d’un giallo traditionnel. Les éléments de base sont les mêmes : un personnage hors de son milieu naturel - ici un étranger, comme dans L’Oiseau au Plumage de Cristal ou encore dans l’œuvre matrice du genre, La Fille qui en Savait Trop de Mario Bava -, impliqué malgré lui dans l’enquête. Un tueur ganté de noir. Un trauma initial. Mais derrière cette façade, tout n’est peut-être pas aussi simple. Les deux axes du giallo argentiens sont bien présents : le traumatisme original, et l’élément-indice à décoder et réinterpréter. Mais ce ne sont que des leurres. Ainsi, le souvenir faisant irruption lors du générique est montré du point de vue de Carlo, et non de sa mère. Quant au faux tableau, l’information donnée est très relative, ni David Hemmings ni le spectateur n’ayant encore vu ce personnage. Plus
qu’un giallo, Les Frissons de l’Angoisse
est un film sur le giallo : les meurtres ne sont pas justifiés
par une psychose, mais par la volonté du tueur d’éliminer
tous ceux susceptibles de l’identifier ; de fait, un grand nombre
des victimes se retrouve sur le chemin de l’assassin à cause
de l’enquête menée par Hemmings. La narration finit
alors par devenir un cercle vicieux. De plus, le film se présente
comme la critique de ses gialli précédents. Et le choix
de l’acteur de Blow Up n’est pas innocent
: non seulement sa quête interprétative est vouée
à l’échec, puisque la solution ne sera trouvée
que bien trop tard - et c’est ainsi qu’il faut lire le dernier
plan -, mais de plus il répète son erreur une seconde fois.
Lorsqu’il gratte la plaque de plâtre révélant
le dessin mural, il s’arrête avant d’avoir terminé,
n’obtenant qu’une vision partielle de la fresque. Seul le
spectateur verra le dessin entièrement révélé,
et dont l’interprétation sera bien différente.Plus qu’un giallo traditionnel, Les Frissons de l’Angoisse est une construction mentale. Le scénario, ou plutôt la trame narrative, devient un prétexte, un support. D’ailleurs, le flash back interrompant le générique intervient juste après le carton mentionnant les deux scénaristes. A l’opposé, la musique s’interrompant brutalement vient mettre en valeur le nom du réalisateur. Si certains pouvaient en douter auparavant, désormais il sera impossible de confondre Argento avec un autre cinéaste, tant chaque plan porte la marque de son auteur. Travail sur les couleurs saturées, poésie morbide des meurtres, narration elliptique, Les Frissons de l’Angoisse peut être considéré comme le mètre étalon de l’œuvre du réalisateur romain, celui, avec Suspiria, auquel on comparera tous ses autres films. |
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![]() Image : Aucun défaut de pellicule n’est à déplorer, le master, identique à celui de l’édition Anchor Bay, est en tous points impeccable. Les couleurs sont vives, peut-être même un peu trop pour ceux qui se souviennent d’avoir vu le film dans des copies fatiguées lors de rétrospectives ; ainsi, le rouge des rideaux lors de la séquence du colloque est d’une remarquable stabilité. En revanche la compression se fait sentir dans les arrière-plans lors des panoramiques rapides. Sinon, la définition est satisfaisante lors des plans rapprochés, mais a tendance à devenir plus floue dans les plans d’ensemble. Précision : le master présenté étant issu d’une copie américaine, les cartons du générique d’ouverture sont noirs et non plus bleus, quant au générique final, il se déroule sur fond d’image fixe - la version italienne était animée. Dernière chose, sur les deux exemplaires que nous avons testé, on a constaté un parasite quasi-permanent sur la gauche en haut du cadre. Son : Le film est présenté dans ses doublages italiens et anglais - il est à noter que la version intégrale n’est disponible qu’en version italienne, aucun autre pays n’ayant jamais doublé la version complète. Si vous choisissez d’écouter la version anglaise, les séquences non doublées seront présentées en italien. Si cette édition ne nous propose ni les pistes mono d’origine ni les remix 5.1 présents sur le Anchor Bay, guère indispensables il faut bien le dire, elle nous offre deux pistes en Dolby surround claires et efficaces, aux dialogues intelligibles, mettant parfaitement en valeur la musique. |
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Tous ces bonus
sont présentés sur le deuxième disque.
Les
Frissons de l’Angoisse version cinéma : pratiquement
toujours coupé lors de son exploitation - exploitation parfois
fantaisiste, puisqu’il est sorti au Japon sous le titre de Suspiria
2 - Les Frissons de l’Angoisse a été
vu dans différentes versions selon les supports. On peut entre
autres citer le cas d’une VHS anglaise recadrée qui présentait
la version intégrale du film, meurtres compris, mais était
amputée des plans impliquant des animaux, que ce soit le lézard
empalé sur l’aiguille ou les deux chiens se battant sur le
marché. Si l’on excepte une VHS française sortie chez
VIP de 80 mn, la durée du film dans nos contrées a toujours
avoisiné les 100 mn. On ne le dira jamais assez, le coffret Wild
Side est la première exploitation en vidéo de la version
intégrale sur notre territoire, celle-ci ayant été
uniquement visible sur certaines chaînes du câble ou lors
de la rétrospective à la Cinémathèque Française.
Il ne s’agit pas ici de la reprise d’une vieille copie d’exploitation,
mais d’un remontage issu du même matériel que le premier
disque - il subsiste d’ailleurs des erreurs : le panneau annonçant
le congrès de parapsychologie en ouverture du film n’est
en principe pas inclus dans ce montage. Cette version, présentée
avec une bande-son française en mono, est essentiellement amputée
des séquences de comédie entre David Hemmings et Daria Nicolodi
et de quelques plans d’ambiance. On dira simplement que son intérêt
est d’ordre documentaire. Dario Argento - Il Mio Cinema : le gros
morceau de cette édition, qui persuadera peut-être certains
amateurs de passer à nouveau à la caisse. Cette impulsion
est-elle justifiée ? Ce documentaire de près de 120 minutes
divisé en deux parties revient sur l’ensemble de la carrière
de Dario Argento jusqu’à Le Fantôme de l’Opéra
et sur son style si particulier. Il est construit autour d’une interview
récente d’Argento, complétée par des interventions
de certains de ses collaborateurs réguliers tels que Luigi Cozzi
ou Claudio Simonetti. Mais ce film réutilise aussi largement des
images déjà vues dans des documentaires antérieurs,
et spécialement l’excellent Dario Argento’s
World of Horror de Michele Soavi, où l’on trouvait
déjà, entre autres, les commentaires du chef opérateur
Luciano Tovoli sur certains tours de forces argentiens, tels que le travelling
à la louma autour de la maison de Ténèbres
ou le plan aérien au dessus de la place vide de Suspiria,
ainsi que des images du tournage de Phenomena. Enfin, on pourra trouver
que dans l’ensemble les extraits proposés sont de qualité
moyenne, et leur format n’est que peu souvent respecté. On
se réjouira néanmoins de la présence d’extraits
de téléfilms difficilement visibles. Bande-annonce américaine, en assez bon état et en 16/9. Celle-ci reprend à peu près toutes les séquences-choc du film. Filmographies sélectives de Dario Argento, David Hemmings et Macha Méril. Comme souvent chez Wild Side, le packaging
a été tout spécialement soigné. La sérigraphie
des disques reprend des détails du dessin sur le mur ; ceux-ci
sont présentés dans un élégant digipack rouge,
lui-même contenu dans un élégant fourreau blanc orné
de l’affiche originale en négatif. Ce coffret contient également
un livret écrit par Jean-Baptiste Thoret, auteur
entre autres d’une monographie sur Argento publiée aux Cahiers
du Cinéma. En dépit d’un certain nombre d’imprécisions
- Fiore Argento est la fille de Marisa Casale et non de Daria Nicolodi
- le texte est agréable, richement illustré, et apporte
des éclairages souvent intéressants. Une idée de
bonus à renouveler. |
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