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Réalisation Alfred Hitchcock
Avec James Stewart (L.B. Jeffries), Grace Kelly (Lisa Fremont),
Thelma Ritter (Stella), Raymond Burr (Lars Thorwald), Wendell
Corey (Thomas J. Doyle).
Scénario de John Michael Hayes, d’après la
nouvelle de Cornell Woolrich
Musique de Franz Waxman
Directeur de la photo Robert Burks
Un film Paramount
Durée 109’
USA - 1954
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DVD édité par
Universal
Zone 2
Format du film 1.66
Langues : Anglais, français,
espagnol
Sous-titres Anglais, français, espagnol, italien, portugais |


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Reporter-photographe
coincé sur une chaise roulante après un
accident, L.B. Jeffries (James Stewart), passe ses journées à observer
son voisinage depuis sa fenêtre. Il reçoit
régulièrement la visite de son infirmière
Stella (Thelma Ritter) et de sa fiancée Lisa Fremont
(Grace Kelly). Ses relations avec celle-ci sont difficiles,
Jeffries lui reprochant son manque de goût pour
l’aventure, et ne souhaitant pas vraiment se marier.
Un soir, il entend un cri venant de l’appartement
d’en face et voit sortir son voisin, Thorwald (Raymond
Burr), chargé d’une lourde valise. Il le
soupçonne d’avoir tué sa femme, et
confie ses soupçons à un ami détective,
Doyle (Wendell Corey) … |
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Le
critique Jacques Goimard a dit un jour à propos
de 2001 de Stanley Kubrick : "C’est le premier
film depuis Intolérance qui soit à la fois
une superproduction et un film expérimental". On
pourrait appliquer une formule approchante à Fenêtre
sur cour d’Hitchcock : c’est à la
fois un des grands classiques de l’âge d’or
hollywoodien et une œuvre ouvertement expérimentale.
Avec ce film, Hitchcock a réussi à livrer
une réflexion très fine sur le cinéma
tout en réalisant un film à suspense comme
il en dirigera beaucoup au cours de sa brillante carrière.
Contrairement à certaines œuvres ultérieures
du maître du suspense (Psychose ou Mais
qui a tué Harry
? par exemple), Fenêtre sur cour est
en effet un film correspondant sans trop de peines aux
canons "commerciaux" de
l’époque (le film obtiendra d’ailleurs
un très grand succès, se classant dans les
vingt plus grosses recettes en salles lors de sa ressortie
en France trente ans plus tard). Photo en Technicolor,
couple de stars (James Stewart et Grace Kelly, qui avaient
déjà respectivement joué dans La
Corde et Le Crime était presque parfait) et scénario
très enlevé unissant intrigue policière
et comédie romantique, Fenêtre sur cour est
un film qui, pris au premier degré, offre déjà un
plaisir de spectateur immense. Les dialogues du film (basé sur
la nouvelle It had to be murder de Cornell Woolrich, alias
William Irish) se révèlent ainsi très
drôles et efficaces, notamment à travers les
réparties de l’infirmière Stella, ou
l’humour noir typiquement hitchcockien (les blagues
sur le cadavre). La richesse thématique du scénario
est également impressionnante puisque le film passe
en revue (comme le relevait François Truffaut dans
son célèbre livre d’entretiens avec
Hitchcock) les différentes facettes de l’amour,
au travers des habitants de l’immeuble : passion,
jalousie, solitude, haine … Au centre du film, on
trouve ainsi un élément de l’intrigue
qui n’existait pas dans la nouvelle originale : la
relation complexe unissant Jeffries et Lisa.
Il peut être utile de revenir ici
sur un personnage du film souvent un peu négligé au
profit du voyeur Jeffries, celui de sa fiancée Lisa
Fremont (Grace Kelly, qui choisit de tourner dans ce film
plutôt
que dans Sur les quais de Kazan). Sans doute moins complexe
que d’autres grandes figures féminines créées
par Hitchcock (de Alicia dans Les Enchaînés à Madeleine
dans Sueurs froides), celle-ci se révèle
quand même être un personnage passionnant.
Au début du film, Jeffries déclare : "J’ai
besoin d’une femme qui irait n’importe où et
ferait n’importe quoi". Petite fille gâtée,
snob et mondaine, sa fiancée ne correspond pas a
priori à ce portrait. Pourtant, émouvante
dans son amour passionné (voir les scènes
de dispute au cours desquelles le public se prend plus
facilement de sympathie pour elle que pour le photographe
baroudeur un peu sauvage interprété par James
Stewart), elle va tenir tête à Jeffries et
finalement lui prouver son esprit aventurier en allant
se jeter dans la gueule du loup. On retrouve ici le même
schéma que dans Les Enchaînés, où Alicia
(Ingrid Bergman) devait montrer sa bravoure à Devlin
(Cary Grant) afin que celui-ci cesse de la mépriser à cause
de son alcoolisme. Avec Fenêtre sur cour, Hitchcock
prend aussi le contre-pied des clichés traditionnels
puisque le personnage masculin est bloqué dans sa
chaise roulante, donc passif, alors que le personnage féminin
est actif et prend l’initiative. Serait-ce, à sa
manière, un film féministe d’un cinéaste
que l’on a souvent qualifié de sadique vis-à-vis
de ses personnages féminins ?
Au-delà de cet aspect purement dramatique, le film
vaut aussi bien sûr pour la passionnante réflexion
qu’il propose sur le cinéma, réflexion
doublée d’une prouesse technique puisque tout
le film est tourné dans un seul décor (prolongeant
en cela les expériences de huis clos de Lifeboat et La
Corde), reconstitué en studio pour la coquette
somme de 75 000 $. A un critique américain qui lui
disait : "Vous aimez Rear Window parce que, n’étant
pas familier de New York, vous ne connaissez pas bien Greenwich
Village", François Truffaut (dont c’était
le film préféré du maître avec
Les Enchaînés) répondit un jour : "Rear
window n’est pas un film sur le Village mais tout
simplement un film sur le cinéma, et je connais
bien le cinéma". Hitchcock disait quant à lui,
comme en écho : "Rien n’aurait pu m’empêcher
de tourner ce film, car mon amour du cinéma est
plus fort que n’importe quelle morale". Fenêtre
sur cour est en effet un film sur le regard, donc sur le
cinéma, sur la fascination de l’image commune à tous
les êtres humains.
Comme le résume Hitchcock, c’est un film
sur la "juxtaposition des symboles",
c’est à dire
le montage. Tout ceux (s’ils en restent) qui ne voient
en Hitchcock qu’un vulgaire faiseur hollywoodien
seraient bien inspirés de relire les pages du Hitchcock-Truffaut
consacrées à Fenêtre sur cour,
afin de saisir à quel point le cinéaste pouvait être
conceptuel : Hitchcock y cite comme principale source d’inspiration
les travaux du cinéaste soviétique Liev Koulechov
sur le montage. Ceux-ci partaient du principe que l’addition
de deux plans différents créait un message
absent de ces deux plans (effet de montage aujourd’hui
appelé "effet Koulechov"). "Prenons
un gros plan de James Stewart. Il regarde par la fenêtre,
et il voit par exemple un petit chien que l’on descend
dans la cour dans un panier, on revient à Stewart,
il sourit. Maintenant, à la place du petit chien
qui descend dans le panier, on montre une fille à poil
qui se tortille devant sa fenêtre ouverte ; on replace
le même gros plan de James Stewart souriant, et maintenant
c’est un vieux salaud !" explique ainsi
le Maître du suspense dans ses entretiens avec Truffaut.
Fenêtre sur cour utilise donc un travail
de montage très subtil : déplaçant
son regard comme une caméra sur la cour, Jeffries
effectue lui-même le montage de "son" film,
réalisant
des plans d’échelle différente selon
les outils qu’il utilise (ses yeux, des jumelles,
un téléobjectif) et échafaudant un
scénario (le meurtre présumé) à partir
d’éléments visuels. Pris au piège à la
fin du film, il devra utiliser les flashes de son appareil
photo pour sauver sa vie. On peut donc voir dans Fenêtre
sur cour un bel autoportrait d’Hitchcock : il
est utile d’avoir un bon prétexte pour tourner
un film (ce que le cinéaste appelait le "Mac-Guffin"),
mais l’essentiel est quand même, comme Jeffries,
d’en mettre plein la vue au spectateur ! Ce que Hitchcock
ne se prive pas de faire, grâce à une mise
en scène classique et précise qui porte à son
paroxysme le suspense lors des scènes-clés,
pratiquement muettes.
Double de Hitch, le personnage de
Jeffries est donc très
riche : il est à la fois un voyeur-spectateur, un
cinéaste et un cinéphile. C’est un
voyeur : dès qu’il est seul, il ne peut s’empêcher
de regarder indiscrètement par la fenêtre.
C’est un cinéaste : il imagine et il met en
scène une histoire. C’est aussi un cinéphile
: il observe, il interprète. Fenêtre sur cour
est donc un film sur l’amour irrésistible
pour les images qu’éprouvent tous les êtres
humains : le personnage de James Stewart entraîne
ainsi progressivement dans son voyeurisme sa fiancée
et son infirmière. "Nous devenons une race
de voyeurs" dit Stella au début du film : nous
sommes tous des Jeffries. Ce qui explique sans doute la
fascination que le film continue d’exercer sur les
cinéastes et cinéphiles du monde entier :
David Lynch (dont Fenêtre sur cour était un
des films préférés) n’a-t-il
pas appelé le voyeur de Blue Velvet Jeffrey ?
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Le
DVD est introduit par des menus fixes avec la
célèbre
musique d’intro de Alfred Hitchcock présente.
Image : Celle-ci a fait
l’objet d’une restauration.
Malgré la présence de points blancs et de
quelques griffures ou changements de teinte à l’occasion,
elle est belle et fine, et rend parfaitement justice à la
beauté de la photo du film (des tonalités
froides nocturnes aux couleurs plus chaudes de la cour,
par exemple dans le superbe plan d’ouverture lors
de la première arrivée de Grace Kelly). Le
format d’image originel (1.66 :1) est respecté.
Son : VO très correcte, bien claire, avec un
bon rapport de mixage des dialogues par rapport à la
musique. VF un peu assourdie, comme souvent.
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Documentaire "Rear
window ethics. Remembering and restoring a Hitchcock
classic" (55’).
Réalisé par l’inévitable Laurent
Bouzereau, ce making-of rempli d’anecdotes inclut
des interviews d’admirateurs (Curtis Hanson, Peter
Bogdanovich) ou de proches d’Hitchcock (son directeur
de production, sa fille), et aborde toutes les étapes
techniques de conception du film (musique, costumes,
décors, casting, tournage…). Intéressant,
d’autant qu’on peut y entendre l’inimitable
voix traînante d’Hitchcock. Les 10 dernières
minutes du documentaire sont consacrées au processus
de restauration du film.
Documentaire "Screenwriter John
Michael Hayes on Rear window" (13’). Un bon complément
au documentaire précédent, qui aborde l’écriture
du scénario. A noter : l’évocation
assez amusante de la première rencontre (très
arrosée) de Hitchcock et de son futur scénariste.
Galerie
d’image : une cinquantaine
de photos en noir et blanc et en couleur, notamment
des photos de
plateau et des affiches du film en plusieurs langues.
Bande-annonce
compilatoire (6’) : à travers
la voix de James Stewart, elle présente les cinq
films ressortis sur les écrans en 1984 (Sueurs
froides, L’Homme qui en savait trop, La Corde,
Mais qui a tué Harry ?, Fenêtre sur cour).
Bande-annonce (3’) : elle présente en voix
off les habitants de l’immeuble, avant de laisser
la parole à James Stewart pour un bref moment.
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