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Réalisé par
Anthony Mann
Avec James Stewart, Ruth Roman, Corinne
Calvet, Walter Brennan, Jay C. Flippen, John McIntire, Connie Gilchrist,
Chubby Johnson, Robert J. Wilke, Henry Morgan, Royal Dano, Jack
Elam, Eugene Borden, Eddy Waller
Produit par Aaron Rosenberg pour Universal
Scénario de Borden Chase adapté
du roman de Ernest Haycox
Photographie Technicolor de William
Daniels
Musique de Joseph Gershenson
USA - 1955 - 97’
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Zone
1
Edité par Universal
Format vidéo 4/3
Format cinéma 1.37 :1
Langues : Anglais mono 2.0
Sous-titres : Anglais pour malentendants,
Français, Espagnol
Menu fixe et musical _ Chapitrage
Durée DVD : 97’ |


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1896.
Jeff Webster, un aventurier, rejoint Seattle à
la tête d’un troupeau de bovins, en compagnie
de deux convoyeurs qu’il a désarmés. Au
départ du Wyoming, quatre ranchers l’accompagnaient,
mais deux d’entre eux, qui tentaient de détourner
son troupeau, ont été abattus par ses soins.
Dans la ville portuaire, Jeff retrouve son protégé,
le vieux Ben. Les deux hommes embarquent avec le troupeau
sur un navire à destination de l’Alaska, terre
de pionniers où le bœuf se fait rare. Ils espèrent
ainsi faire fortune et pouvoir bâtir un petit ranch
dans l’Utah. C’est en tout cas le rêve du
vieux Ben. Un mandat d’arrêt pour meurtre a été
lancé contre Jeff, qui doit trouver refuge dans la
cabine d’une belle aventurière, Ronda Castle.
Ronda lui sauve la mise, car, comme elle le concède,
elle a besoin d’amis. Le vapeur accoste à Scagway,
ville sous la coupe d’un potentat local, Gannon, qui
y fait régner sa loi et son commerce. Son troupeau
ayant perturbé une pendaison, Jeff est jugé
au saloon dont Ronda est propriétaire. Gannon l’absout
de l’accusation de meurtre mais lui confisque son troupeau.
Ronda, qui souhaite ouvrir un établissement de l’autre
côté de la frontière, dans la petite ville
minière de Dawson, engage Jeff et Ben comme guides.
Le convoi s’ébranle vers les montagnes du Yukon,
mais à la nuit tombée, Jeff, Ben et un ami de
ce dernier, le sympathique ivrogne Rube, reviennent sur leurs
pas pour reprendre leur troupeau. Jeff parvient à retarder
les hommes de Gannon lancés à leur poursuite
tandis que Ben et Rube font franchir la frontière au
bétail... Hors de sa ‘juridiction’ Gannon
renonce à les poursuivre, mais il jure de pendre Jeff
à son retour, Skagway représentant la seule
voie d’accès vers les Etats-Unis... |
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L’aventurier
épris d’espaces et de libertés,
repoussant inlassablement les frontières d’un
vieil Ouest qu’il souhaiterait immuable, face à
l’instauration d’un ordre social dont il comprend
la nécessité mais dans lequel il ne saurait
se fondre, est une figure récurrente du western moderne
des années cinquante. Le Dempsey Rae de Man without
a star, autre scénario de Borden Chase, est
de cette race de personnages au même titre que le
Jack Burns de Lonely are the brave, cow-boy moderne
pathétique par son jusqu’au boutisme et incarné
comme le précédent par Kirk Douglas. Mais
c’est assurément The far country qui
offre la figure la moins manichéenne, la plus riche
et la plus passionnante de tous ces solitaires endurcis
; figure qui contribue pour beaucoup à faire de ce
western l’un des plus beaux fleurons de la production
hollywoodienne.
Pendant la plus grande partie du métrage,
le personnage incarné avec un naturel confondant
par le grand James Stewart ne manifeste pratiquement aucune
des qualités habituelles du héros positif
d’un western classique. Nous semblons avoir affaire
à un individualiste et un égocentrique, affichant
une méconnaissance presque méprisante de la
race humaine et chez qui toutes notions d’entraide
et de solidarité semblent inconnues. Il ne semble
guère porter plus de prix à la vie humaine
elle-même, et bien qu’il affiche quelques principes
auxquels il ne saurait déroger ("non vous n’êtes
pas homme à tirer dans le dos" dixit Gannon),
nous ne jurerions pas que son passé soit absolument
sans tâche, même si rien ne nous est révélé.
A l’approche du vingtième siècle, Jeff
Webster apparaît un peu comme le vestige d’une
époque révolue, celle des pionniers d’avant
le ‘law and order’. Construire tout un western
autour d’un tel personnage pourrait s’apparenter
à un suicide commercial, si l’homme, malgré
tout, ne nous offrait quelques occasions de placer un peu
d’espoir en lui.
En dépit de son nihilisme de façade,
Jeff, comme la plupart des héros de Mann, est un
homme d’une franchise et d’une transparence
exceptionnelles. Bien qu’il refuse de se mêler
des affaires de ses concitoyens, il reste toujours ouvert
à eux et ne refuse jamais de justifier son détachement
à l’égard de leurs problèmes
: il en va ainsi des relations nouées avec la jeune
Renée (Corinne Calvet). Et s’il aime à
se présenter à l’image de ces loups
des bois qui se complaisent dans leur solitude, un détail
trahit la pose. Ce détail, c’est cette amitié
touchante qui le lie au vieux Ben (Walter Brennan merveilleux
dans son emploi de toujours), sidekick débonnaire,
maladroit et envahissant, mais capable de faire naître
en lui une petite flamme d’humanité, voire
même, à l’occasion, de réveiller
un embryon de conscience.
Une partie du plaisir indescriptible procuré
par ce western, et que les visionnages successifs ne parviennent
pas à épuiser, tient à ces petites
digressions qui émaillent une narration d’une
linéarité parfaite. Il s’agit de tous
ces instants d’intimité volée entre
deux personnages, qui sont autant de moments où la
carapace de Jeff tend à se lézarder pour révéler
sa véritable personnalité. Signalons, notamment,
cette attention merveilleuse et rituelle qui consiste, après
l’avoir quelque peu rabroué, à extraire
la pipe du vieux Ben de l’intérieur même
de sa propre veste et à l’allumer pour lui
; ou ces moments de désarroi sincère concédés
face à la générosité naïve
exprimée par la fraîche Renée, aussi
prompte à lui déclarer sa flamme, sans fausse
pudeur, qu’à lui signifier vertement sa complaisance
; ou bien encore, bénéficiaire d’une
aide non escomptée de la part de Ronda Castle, la
surprise non feinte que Jeff manifeste initialement sur
le vapeur, même si en définitive cette aide
n’est pas dénuée d’arrière-pensée,
la jeune femme représentant un peu son alter ego
féminin.
Toutes ces saynètes chaleureuses
agissent non seulement comme des petites pauses respiratoires
et contemplatives au sein d’un récit d’une
densité dynamique peu commune, elles sont aussi autant
de pierres apportées, presque malgré lui,
à la formation d’une véritable conscience
sociale chez Jeff Webster. Entendons-nous bien, il est peu
probable qu’au terme de son itinéraire, le
pragmatique Jeff se mue en citoyen parfaitement intégré
à la collectivité de Dawson, et dans une certaine
mesure, sa réaction finale tient sans doute autant
de la vengeance instinctive que de la prise de conscience
solidaire. Il n’en rejoint pas moins la longue liste
des héros d’Anthony Mann chez qui la maturité
s’accompagne d’une acceptation d’un certain
ordre moral et social et plus que tout d’une appréhension
de ses propres responsabilités. Au terme de ce cheminement,
Jeff Webster, parti de rien, pourrait bien préfigurer
le Glyn McLyntock de Bend of the River.
Pour Anthony Mann, pourtant chantre de
la communauté et de l'instinct solidaire, l'essor
civilisateur s'accompagne inévitablement du vice
et de la cupidité. Il a ici le visage du méphistophélique
marshal Gannon. Une fois de plus, Anthony Mann nous gratifie
d’un badman de très haut vol, qui ne dépareille
pas, loin s’en faut, au milieu des Waco Johnny Dean
(Winchester 73), Ben Vandergroat (The naked
spur), Dock Tobin (Man of the west) ou bien
évidemment Cole Emerson (Bend of the river).
Ce marshal faussement débonnaire des territoires
de l’Alaska, interprété par un truculent
John McIntire, témoigne d’une originalité
sans pareille : qu’il se soit ou non autoproclamé
marshal, il incarne l’ordre en Alaska comme le mythique
Juge Roy Bean l’incarnait à l’ouest du
Pécos. Il est la loi, et, dut-il l’aménager
à sa convenance en certaines occasions, il n’aura
de cesse, pendant longtemps, de perpétrer ses méfaits
dans le cadre strict de cette ‘légalité’.
Ainsi, il se refuse à poursuivre Jeff en dehors de
sa juridiction et dépossède les prospecteurs
de Dawson en prenant simplement soin de faire enregistrer
– à son nom - leurs concessions dans les bureaux
appropriés de Ottawa. Ces précautions légales
légitimeraient dans une certaine mesure le refus
de Jeff à se faire le bras armé des mineurs
spoliés, puisqu’en s’opposant à
Gannon il se placerait derechef hors-la-loi. Mais ce serait
néanmoins oublier que cela n’avait pas arrêté
notre homme lorsqu’il s’était agi de
récupérer son troupeau.
Quoi qu’il en soit cette extraordinaire
figure de méchant, capable de tuer ou de faire tuer
en souriant, oriente le récit, à priori l’un
des plus noirs des cinq interprétés par James
Stewart sous la houlette d’Anthony Mann, vers une
atmosphère inattendue, picaresque et presque dédramatisée,
nonobstant le nombre et l’importance dramaturgique
des victimes de mort violente à l’écran.
En dépit de l’âpreté de l’intrigue,
et exception faite des hommes de main de Gannon interprétés
par deux des meilleurs heavies de l’âge d’or
d’Hollywood, Bob Wilke et Jack Elam, presque tous
les personnages possèdent d’ailleurs un relief
pittoresque et savoureux, qui contribue justement à
accentuer les accents picaresques de cette histoire. La
famille d’acteurs réunis dans The far country
n’est pas à proprement parler ‘mannienne’,
il s’agit avant tout d’un groupe d’acteurs
de seconds plans exceptionnels qui firent, particulièrement
dans le western, la richesse du studio Universal dans les
années cinquante. Mais le brio dont font preuve les
Jay C. Flippen (Rube), Connie Gilchrist (Hominy, la tenancière
du restaurant), Eddy Waller (le mineur et marshal Yukon
Sam) ou encore Eugene Borden (le père de Renée,
seul médecin de Skagway et dévoué à
l’étude des estomacs) pour animer leurs simples
silhouettes est tel qu’il contribue pour beaucoup
au sentiment de vie intense qui émane de ce western
et qui le rend impérissable. En admirable peintre
de l’esprit communautaire, Mann parvient à
nous impliquer réellement dans les espoirs et les
craintes de ces petites gens, dans leur quotidien et leur
sort immédiat. En résulte un western d’une
plénitude inégalée.
Est-il besoin de souligner que le plaisir
que procure The far country est avant tout un plaisir
des sens et, peut-être plus encore que pour Les
affameurs, un plaisir purement ludique. L’émerveillement
procuré par la vision de ce chef-d’œuvre
naît de cette splendeur plastique incomparable et
pourtant si naturelle, propre à toutes les grandes
réussites du maître dans le genre. Avec l’aide
du talentueux William Daniels, chef opérateur attitré
de Greta Garbo à la Metro dans les années
trente et qui avait déjà été
son collaborateur pour la photographie noir et blanc de
Winchester 73 notamment, Anthony Mann optimise
la relative verticalité du cadre cinématographique
traditionnel. Dans un admirable travelling ascensionnel
il nous révèle par exemple toute la majesté
d’une muraille rocheuse surplombant les voyageurs.
Le travail réalisé sur la profondeur de champs
est peut-être encore plus impressionnant. Ainsi, la
mise en valeur d’un traquenard sanglant orchestré
au fond d’une profonde vallée auquel assistent,
de loin, Jeff, Ronda, Ben et Rube laisse littéralement
pantelant par son intelligence et sa virtuosité.
Et lorsqu’un convoi s’ébranle en serpentant
de part et d’autre de l’écran dans une
passe de montagne recouverte par les glaces, la beauté
hypnotique du plan se révèle imparable. Cette
fabuleuse appréhension de l’espace dans le
cadre à priori contraignant du 1.37 suffit à
invalider les récriminations de ceux qui auraient
souhaité que ces montagnes grandioses de la province
de l’Alberta soient magnifiées dans l’éclat
panoramique du Cinémascope.
La jubilation procède aussi de cette
extraordinaire variété de lieux et paysages
au sein desquels prend place cet itinéraire linéaire
et passionnant. Certes, les toiles peintes suggérant
les arrivées à Seattle ou Scagway n’ont
pas la magnificence de Portland, cette autre ville portuaire
des Affameurs, mais qu’à cela ne tienne,
quel autre film peut nous offrir un voyage en vapeur, un
saloon transformé pour l’occasion en salle
de tribunal, des monts enneigés générant
une avalanche, des plaines rendues marécageuses par
la fonte des glaces, un village d’altitude aux rues
boueuses et un camp de mineurs aux baraquements de fortune
? Même le sublime The searchers de Ford n’en
offre pas autant et encore s’agit-il d’un récit
de quête se transformant en errance.
Pour tous les amateurs d’Anthony
Mann, The Far Country est un film somme, une œuvre
prodigieuse et si synthétique qu’elle dilapide
généreusement en à peine plus d’une
heure trente de projection la substance de tous les thèmes
chers au cinéaste, dans une profusion de péripéties
jamais frénétiques mais hautement jubilatoires.
Il n’est pas de récit cinématographique
d’une fibre plus aventureuse que celui ci. Il n’est
pas de récit moral plus satisfaisant non plus. Voilà
pourquoi The far country est assurément
l’un des plus beaux westerns de l’histoire du
cinéma. Peut-être même le plus beau de
tous...
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L’image : Le générique, passablement
bruité et empreint d’un grain très prononcé,
fait craindre le pire. Même si la suite s’avère
d’une tenue supérieure, reconnaissons que la
déception est tout de même de taille. Le disque
que nous offre Universal est loin de constituer l’édition
définitive que les laudateurs du film attendaient,
et reste à cent coudées du superbe pressage
réalisé pour Bend of the river. Tout
d’abord, la copie est loin de manifester la même
jeunesse triomphante. Une bonne restauration se serait imposée.
Ce ne sont pas tant les multiples scories affectant la surface,
ni même les légers bruitages comme au départ
du convoi de Scagway (chapitre7) qui posent véritablement
problème ; il existe bien pire. Non, ce sont surtout
les couleurs qui sont un peu attristantes. Elles sont quelque
peu passées, et dans certains plans, la copie semble
avoir un peu virée au bleu, à la manière
de bien des films tirés sous le procédé
Eastman de la Fox. A ceci près qu’ici le procédé
est bien le Technicolor... Attention tout de même,
la photo originale de The far country est loin
de posséder les exubérances colorées
et enchanteresses de Bend of the river. La lumière,
plus lourde, plus diffuse, n’est pas la même
sous les cieux encombrés de l’Alaska. Et certains
plans récupérés, en stock shots, de
cet autre chef-d’œuvre en attestent : je pense
à l’aube du ferry au départ de Seattle,
repris tel quel des Affameurs. Son rouge y manifeste
un mordant qu’on ne retrouve nulle part ailleurs dans
le film. D’ailleurs les séquences d’intérieur
seraient plutôt plus pimpantes et plus agressives.
Tout de même, les toiles peintes suggérant
les arrière-plans de Seattle ou Scagway trahissent
sans aucun doute ces couleurs défraîchies,
au même titre que la verdure des sapins, ici ou là.
Cette copie numérique est par contre parfaitement
compressée et jouit d’une définition
des plus honorables. A quoi faut-il imputer alors cette
gestion parfois hasardeuse des contrastes et des sources
lumineuses dans plusieurs séquences nocturnes ? Mystère.
Mais tous les plans à contre-jour sont un peu surprenants,
détourants des halos de lumière autour des
jambes d’un cheval ou d’un loup sur la crête
d’une colline, ou autour de la silhouette tout entière
de Jimmy Stewart au dernier chapitre. Rien de toute façon
qui puisse venir gâter un plaisir sans mélange...
Le son : Une unique
piste anglaise originale en mono 2.0 qui offre pleine
satisfaction à l’instar de celle des Affameurs
ou de Winchester 73. Une dynamique fort correcte,
une totale absence de souffle, peu de distorsions –tout
juste une petite tendance à mettre en avant les
aigus - dans la restitution de l’excellent score,
très atypique, de Gershenson, et une clarté
limpide dans l’affichage des merveilleux dialogues
de Borden Chase : impossible d’en demander plus.
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Toute cette fournée de westerns
Universal est particulièrement chiche en bonus,
et The far country ne déroge pas à
la règle. Au moins avons-nous droit ici à
la bande-annonce originale, ce qui n’est pas le
cas sur Destry rides again de George Marshall
par exemple.
Un mauvais point pour le thème musical accompagnant
les menus fixes, sans rapport avec la musique originale
de Gershenson et proprement horripilant... sauf peut-être
si vous appréciez les thèmes country.
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