
Réalisateur
: Paul Bartel
Avec : David Carradine, Simone Griffeth,
Sylvester Stallone, Mary Woronov, Roberta Collins, Martin Kove, Louisa
Moritz, Don Steele
Scénario : Robert Thom et Charles
Griffith
Musique : Paul Chihara
Directeur de la photo : Tak Fujimoto
USA - 1975 – 76’ |

DVD
Mad Movies
couleur
Zone 2
Format cinéma : 1.37
Format vidéo : 4/3
Langues : anglais et français
en mono 2.0
Sous-titres : français |


|
Chroniqués
par DvdClassik :
Pas d'autre film à ce jour
|
|
|
|

|
Dans
une Amérique dictatoriale et décadente,
soumise au culte de la violence, une grande course automobile
organisée chaque année sert de nouveaux jeux
du cirque pour une population abreuvée de discours
présidentiels lénifiants. En cette année
2000, la cinquième édition de la "Transcontinental
Road Race" oppose une nouvelle fois Frankenstein, héros
national et créature du régime, à de
redoutables pilotes, dont son principal opposant Machine Gun
Joe Viterbo. La course n’obéit à quasiment
aucune règle, sinon celle de s’entre-tuer en
marquant le plus de points possibles, dont le comptage dépend
du nombre et du type de passants écrasés. Pendant
ce temps, une résistance s’affaire à saboter
la course afin de mettre un terme au régime politique
en place. |
|
 |
Parmi
l’énorme quantité d’œuvres
engendrées par la New World Pictures, société
de production dirigée de main de maître par
le fameux réalisateur / producteur Roger Corman,
La course à la mort de l’an 2000 (connu
aussi sous le nom des Seigneurs de la route) restera
sans doute comme l’un des films les plus jouissifs
et malins jamais sortis de cette véritable usine
à série B et Z. Dans ces années 70
au climat contestataire, de nombreux films d’anticipation
ont eu pour but d’interroger et de critiquer le système
en place, de manière sérieuse ou bien sur
le ton de la farce. C’est bien sûr la seconde
optique qui est adoptée ici sous la forme d’un
film d’action efficace et mouvementé, voire
même complètement "barré"
si l’on tient compte de la personnalité de
ses personnages. Profitant du succès critique et
public du célèbre Rollerball de Norman
Jewison (1974), qui dénonçait le spectacle
de la violence, encouragé par la collusion de plus
en plus étroite entre le pouvoir politique et le
pouvoir médiatique, La course à la mort
de l’an 2000 se veut certes plus "fun",
distrayant et décomplexé que son modèle,
mais le sous texte politique et subversif est bel et bien
présent, souvent même asséné
de façon assez grotesque.
Cette production Roger Corman remet aussi
au goût du jour le genre "aventures automobiles"
qui connut un certain succès dans les années
60 avec des films comme Un monde fou fou fou fou
(1963) de Stanley Kramer, La grande course autour du
monde (1965) de Blake Edwards ou Monte Carlo or
Bust (1969) de Ken Annakin. Le sens de la comédie
loufoque déployé dans ces grands films familiaux
fait place ici à un humour noir, violent et décapant
destiné à un public non avare de sensations
fortes et prêt à se régaler devant un
spectacle satirique à la tonalité anar évidente.
La présentation des concurrents fait étalage
d’une galerie de personnages tous plus dangereux
et psychopathes les uns que les autres, chacun d’entre
eux étant accueilli par leurs supporters garnissant
les tribunes (dont des néo-nazis arborant fièrement
leur drapeau). D’ailleurs, de manière moins
innocente qu’il n’y paraît, l’hymne
américain, joué sur un ton légèrement
strident et caricatural, est entonné dès le
début du film pour lancer la compétition.
De leur côté, les étoiles du drapeau
national ont été remplacées par un
poing tendu. L’intervention à deux reprises
du Président des Etats-Unis, s’exprimant tel
un télévangéliste apportant la lumière
divine à son peuple, en rajoute dans la farce grossière.
Enfin et surtout, les médias télévisés,
à la botte du gouvernement, agissent comme des catalyseurs
de la barbarie. La course est retransmise dans le monde
entier et les morts sont aussitôt célébrés
à l’antenne par un reporter hystérique
et faussement compatissant. Voilà une description
d’une certaine presse et d’un certain média
télévisé qui reste toujours malheureusement
d’actualité. La scène la plus croustillante
restera assurément celle des infirmières disposant
leurs vieux patients sur chaise roulante en-dehors de l’hôpital
pour les donner en pâture à leur bien-aimé
Frankenstein. C’est la "journée de l’euthanasie"
! La réaction du pilote sera à la mesure de
ce gag "hénaurme". Autre incongruité
qui nous fera sourire : la responsabilité des Français
dans le krach de 1979 censé avoir transformé
le monde et jeté les Etats-Unis dans la crise ! Les
autorités accuseront régulièrement
d’ailleurs les Français d’êtres
responsables des tentatives de sabotage de la course transcontinentale,
pour éviter de reconnaître l’existence
de la résistance. Ce qui occasionnera des dialogues
succulents.
La réalisation a été
confiée à l’acteur / réalisateur
Paul Bartel, fidèle collaborateur de Roger Corman.
Formé à l’école de son mentor,
comme un grand nombre d’artistes devenus incontournables
dans le cinéma américain, il travaillera essentiellement
pour la New World avant de passer à la télévision.
On notera que le directeur de la photo n’est autre
que Tak Fujimoto, futur collaborateur du réalisateur
Jonathan Demme (Le silence de agneaux (1990), Philadelphia
(1993)), issu lui aussi de la même famille. L’humour
à froid de Bartel fait merveille dans ce road movie
satirique. « J’avais réalisé les
scènes d’action de Big Mama, alors
Corman a pensé à moi. Ca m’a coûté
un an de ma vie. On a écrit le scénario trois
ou quatre fois. Pendant le tournage, comme il trouvait que
j’introduisais trop d’éléments
comiques, il envoyait une autre équipe tourner des
gros plans d’effets sanglants et de têtes écrasées.
Le
contenu du film me paraissait tellement violent que je voulais
le désamorcer. Mais il a fini par monter le film
comme il le voulait et ça a eu du succès.
» Cette alliance d’humour noir et d’effets
gore (rapidement montés pour ne pas trop choquer)
ne fonctionne pas toujours et on arrive à se demander
sur quel pied veut danser le film. On mesure alors l’influence,
bonne ou néfaste que Corman pouvait avoir sur ses
protégés. Bartel confia aussi : « Lorsqu’il
m’a engagé pour le film, les voitures étaient
en construction. A chaque visite, la plus belle du moment
était pour le héros du film… Alors on
récrivait. Corman refusait de mettre des barres de
sécurité, comme je le lui conseillais. Mais
quand les cascadeurs ont refusé de monter à
bord, ça lui a coûté beaucoup plus cher
pour modifier les véhicules terminés. On improvisait
continuellement. Les voitures étaient des Volkswagen.
Elles n’allaient pas très vite. » L’expérience
des petits budgets et le dynamisme partiel de la mise en
scène fait que le spectateur ne ressent pas vraiment
les limitations économiques d’une telle production.
Il semble bien d’ailleurs qu’une bonne partie
des moyens soit allée dans la confection de ces voitures
monstres au design futuriste et agressif (la peinture sur
verre censée représenter une ville futuriste
visible par deux fois à l’arrière-plan
est complètement ratée, de même que
l’écrasement minable de l’avion traqueur
de la résistance, mais ce ne sont que des détails).
Si le spectacle manque parfois un peu de
rythme, la réalisation de Bartel couplée au
montage de Corman parvient souvent à rendre trépidante
la course poursuite que mènent ces fous de l’asphalte.
« On a fait des gros plans sur des compteurs et on
a filmé certaines scènes en accéléré.
Ca donne un côté cartoon et ça m’a
permis d’introduire des gags qui me plaisaient, comme
le faux tunnel qui envoie la voiture dans le ravin. Corman
était furieux ! » L’ironie déployée
par les scénaristes,
qui ont su essaimer un nombre conséquent de morts
violentes, est soutenue avec efficacité par un montage
percutant. Le récit peut paraître certes bien
répétitif par endroits mais c’est souvent
la loi du genre, le film de course, qui veut cela. De plus,
certaines contraintes dues à la catégorisation
"film d’exploitation" du film en grèvent
un peu la réussite. Il en va ainsi des quelques scènes
de nudité qui n’ont aucune justification dramatique
sinon celle d’exciter moyennement la libido du spectateur.
On relèvera aussi quelques passages ridicules comme
la séquence de la danse dans la chambre d’hôtel
entre Frankenstein et sa copilote. Par moments donc, nous
nous éloignons avec dépit de cet humour "cartoonesque"
qui fait le sel de La course à la mort de l’an
2000. Heureusement, les différents pièges
concoctés par la rébellion organisée
et les points de bonifications récoltés par
les concurrents à chaque écrasement de piéton
nous ramènent vite sur le bon chemin !
Parmi les comédiens qui interprètent
ces gladiateurs de la route aux patronymes bien choisis
(Néron, Attila de Milwaukee, Calamity Jane, Matilda
The Hun, etc.), on retiendra bien évidemment les
acteurs principaux que sont David Carradine et surtout Sylvester
Stallone. Carradine, qui joue Frankenstein, est dans la
période la plus prolifique de sa carrière.
Il vient de connaître le succès avec la série
Kung Fu (1972) et tourne avec des cinéastes
de renom comme Martin Scorsese, Ingmar Bergman ou Hal Ashby,
avant de se compromettre plus tard dans des navets intersidéraux.
Celui qui lui vole la vedette est bien sûr le futur
interprète de Rocky et de Rambo, ici pour la première
fois en haut de l’affiche. Stallone accumule les figurations
et les petits rôles depuis cinq ans dans des films
plus ou moins obscurs et quelques productions intéressantes,
voire même à la télévision, mais
il ne voit rien venir. Sa présence dans La course
à la mort de l’an 2000 ma rque
le début de la fin de sa période de vaches
(très) maigres. Sa composition d’abruti violent
et dément dans le rôle de Machine Gun Joe Viterbo
est assez remarquable, et même franchement désopilante
avec le recul, même si son rôle n’est
pas réellement valorisant et a tout du faire-valoir.
En 1976, il retrouvera Carradine et Bartel dans Cannonball
(à ne pas confondre avec les véhicules à
stars Cannonball Run 1 et 2 réalisés
par Hal Needham), une sorte de suite officieuse de La
course à la mort de l’an 2000 qui conte
les péripéties de la course Transamerica,
film dans lequel il fera une courte apparition. En 1976,
le mythe Rocky allait être lancé sur orbite.
Ce second volet paraîtra cependant un peu poussif
face au film dont il est question ici, et que l’on
recommandera finalement sans l’ombre d’une hésitation,
malgré ses quelques faiblesses.
|
|
 |
Image
: La copie présente malheureusement de nombreuses
imperfections : points blancs, griffures, points noirs.
On déplore aussi une instabilité de l’image
et des variations dans la définition et la colorimétrie.
A ce sujet, le début du film affiche des couleurs
joliment saturées, mais celles-ci ont vite tendance
à se délaver au cours de la projection. La
photographie conserve son aspect "années 70",
mais on aurait volontiers souhaité un meilleur rendu
de la définition et des contrastes qui sont bien
trop fluctuants. De son côté, la compression
est plutôt satisfaisante, un bon point. Malgré
ces soucis, nous restons bien au-delà de la qualité
effroyable de la VHS qui circulait jusqu’à
présent. Le prix modique du DVD, fourni en février
avec le magazine Mad Movies, incite à plus de tolérance.
Son : La version originale
rend mieux justice aux ambiances que la version française
qui porte trop les voix en avant. Cependant, elle a tendance
à saturer dans les aigus, contrairement à
la VF qui est plus étouffée. Les voix sont
claires et le bruit des moteurs est assez bien rendu.
Le doublage est décevant pour qui est habitué
aux doubleurs traditionnels de David Carradine et surtout
Sylvester Stallone.
|
 |
Les
suppléments comportent :
- Le chapitrage sonore et animé
: il est composé de 12 vignettes réparties
sur 3 pages
- La bande annonce (1’03’’)
en anglais non sous-titrée. Elle est légèrement
bruitée, présente du souffle mais arbore de
fières couleurs.
- Les biographies/filmographies de David
Carradine et Sylvester Stallone sous la forme d’un
menu déroulant.
Le menu principal est sonore et sommairement animé.
|
|
|
|