
Réalisé
par Alberto Cavalcanti, Charles Crichton, Basil Dearden et
Robert Hamer
Avec Mervyn Johns, Googie Withers, Frederick
Valk, Sally Ann Howes, Roland Culver, Anthony Baird, Judy Kelly, Mary
Merrall, Ralph Michael, Basil Radford, Naunton Wayne, Michael Redgrave,
Hartley Power
Scénario de John Baines, T.E.B.
Clarke, Angus MacPhail adapté d’histoires de J. Baines,
E.F. Benson, A. MacPhail et H.G. Wells
Musique de Georges Auric
Photographie noir et blanc de Jack Parker
, H. Julius, Stanley Pavey et Douglas Slocombe
Produit par Michael Balcon pour Ealing
Studios
GB - 104’ - 1945 |

DVD
9
Zone 2
Edité par Studio Canal Vidéo
Format 4/3 1.33 :1
Langues : Anglais et Français
mono
Sous-titres : Anglais optionnels
Durée DVD 104’
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Chroniqués
par DvdClassik :
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L’architecte
Walter Craig est invité à passer un
week end à la campagne par le gentleman farmer Elliott
Foley, désireux de discuter avec lui des aménagements
prochains de son cottage. Arrivé sur place, Craig découvre
avec stupeur que le cottage comme ses occupants du week end
sont ceux-là même qui hantent ses nuits de façon
récurrente. Bien qu’incapable de se rappeler
distinctement de la totalité de son cauchemar, il est
convaincu qu’au terme de celui-ci il glisse vers le
mal, poussé par une force obscure et maléfique.
Y voyant un présage, Craig est désireux de partir
sur-le-champ, mais le professeur Von Stratten, psychiatre
et psychanalyste qui fait également partie des invités,
reste sceptique et veut lui démontrer l’inacuité
de son comportement. D’autres invités, plus compréhensifs,
entreprennent alors d’exposer au docteur leurs propres
confrontations au paranormal... |
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Les
studios Ealing évoquent plus généralement
la comédie so british et les rôles de composition
d’Alec Guinness que le drame ou, à fortiori,
que le film fantastique. C’est oublier que la première
de ces comédies célèbres qui imposèrent
le nom d’Ealing à travers le monde, Hue
and Cry (A cor et à cri), ne sortit
qu’en 1947, soit neuf ans après la création
des studios -ou plutôt leur prise en main par le producteur
Michael Balcon, les studios, établis à...Ealing,
existant déjà dans les années trente
sous un autre nom (Associated Talking Pictures). Ancien
co-fondateur de la Gainsborough et responsable de production
à la Gaumont British, puis en 1938 à la MGM
British Studios, qu’il quitta rapidement faute d’autonomie
(un seul projet fut mené à bien sous son ère,
A yank at Oxford de Jack Conway), Balcon n’était
en rien spécialisé dans la comédie.
Au contraire, il rêvait d’un grand cinéma
national, capable de concurrencer l’hégémonie
hollywoodienne sur les circuits de distribution britanniques
et d’enrayer l’inexorable fuite des talents,
pas tant en luttant sur le terrain des moyens (comme la
Rank ou les studios de Korda) et donc à l’exportation,
qu’en cultivant une identité cinématographique
affirmée au niveau national. Pour affirmer cette
identité, Balcon s’adjoint les services d’Alberto
Cavalcanti, architecte de formation et documentariste célébré
pour son sens du réalisme. La production des studios
Ealing durant la guerre –pour ce que nous en connaissons-
semble d’ailleurs très orientée vers
un style semi-documentaire (les mines de charbon de The
Proud Valley de Pen Tennyson) parfois inscrit dans
un contexte propagandiste (Went the day well ? de
Cavalcanti). Sous l’égide de Cavalcanti se
forment de jeunes collaborateurs maisons, Henry Cornelius,
Charles Frend, Charles Crichton, Basil Dearden, et surtout
Alexander Mackendrick et Robert Hamer qui seront les fers
de lance des studios après guerre. Dead of night
est un peu la conjugaison et l’affirmation de tous
ces talents, une dernière fois réunis sous
l’aile protectrice de leur "mentor".
Ce qui fait la grande originalité
de ce diamant noir, c’est en effet le souci d’inscrire
ce(s) récit(s) fantastique(s) dans un cadre réaliste,
bien qu’il puisse apparaître quelque peu suranné
aujourd’hui. Au gré de sa production à
la Gaumont British, Michael Balcon s’était
déjà essayé au genre fantastique, mais
il s’agissait d’œuvres ouvertement gothiques
(plusieurs bandes avec Karloff, comme The ghoul
ou The man who changed his mind). Ici, l’ambition
est tout autre : entremêler le réel et le fantastique
de façon tellement inextricable que le film tout
entier ne puisse être vécu que comme un rêve
éveillé, ce qu’il est d’ailleurs
in fine. C’est peu dire que cette ambition est atteinte
haut la main.
Pour transformer cet essai, il faut à
priori une unité de ton que le film à sketches
semble peu susceptible de garantir, surtout lorsqu’il
brasse des thèmes aussi disparates que les rêves
prémonitoires, l’envoûtement, la schizophrénie
ou la psychanalyse. Mais voilà, Dead of night
est-il véritablement un film à sketches
? Nous serions tentés de répondre par la négative,
et ce même si chacune de ces histoires prises séparément
constituerait un court ou moyen métrage fantastique
de grande qualité. Dans Dead of night, leur
résonance est accentuée par leur impact sur
le cheminement même de l’intrigue mystérieuse
qui se noue dans ce cottage au charme tranquille et confiné.
Ces échanges au coin du feu ne sont pas qu’un
simple prétexte à l’exposé de
quelque conte, ils n’ont rien de ce qu’on pourrait
qualifier de séquences de liaison, comme c’est
le cas dans la plupart des films à sketches. Au contraire,
ils sont le sel même du récit dont se nourrit
un malaise intangible mais allant crescendo.
Ainsi, l’épisode The Christmas
Story, qui conte la rencontre entre les âges
de la jeune Sally (Sally Ann Howes) et du fantôme
d’un garçonnet assassiné par sa sœur
presque un siècle plus tôt, ne prend de sens
que dans la mesure où il permet de prouver au pragmatique
docteur Van Stratten (Frederick Valk), que la science est
inapte à tout justifier. Ce faisant, il contribue
à alimenter les doutes et les présomptions
de Walter Craig, à renforcer son malaise, et par
voie de conséquence, celui du spectateur. De même,
le vertigineux cas du ventriloque (extraordinaire prestation
d’un Michael Redgrave halluciné), conté
par le docteur lui-même, peut être vu, au-delà
de la fascination morbide qu’il suscite, comme l’expérience
ultime qui fait définitivement sombrer notre architecte
dans une folie meurtrière.
Il est donc illusoire de vouloir mesurer
les mérites respectifs de chacun des épisodes
composant ce joyau envoûtant, chacun d’entre
eux apportant sa pierre à l’édifice
de nos fantasmes les plus refoulés et les plus inquiétants.
Rendons néanmoins à chacun ce qui lui appartient,
en n’omettant pas de souligner une nouvelle fois l’unité
de ton, sinon de style (oscillant entre classicisme, baroquisme
et fulgurances expressionnistes) qui empreint tout le récit.
Cavalcanti a filmé les deux premiers sketches, consacrés
au rêve prémonitoire (The hearse driver)
et à la rencontre de Sally et du jeune fantôme
(The christmas story), ainsi bien sûr que
le révéré The ventriloquist,
dont William Goldman s’inspirera beaucoup pour son
roman Magic, adapté par Richard Attenborough
en 1977. Charles Crichton, le futur réalisateur de
Hue and cry, The Lavender Hill mob et
plus récemment A fish called Wanda, reste
égal à lui-même en tournant le seul
épisode à prétention comique (The
golfing story) avec les inséparables Basil Radford
et Naunton Wayne, qui sévissaient déjà
ensemble dans The lady vanishes d’Hitchcock
et qui se retrouveront encore notamment dans Passport
to Pimlico, autre célèbre comédie
Ealing. Basil Dearden, qu’on a connu moins inspiré
et plus académique (The woman of straw,
Khartoum) s’est quant à lui chargé
avec brio de la narration principale.
Evoquons tout de même à part
l’admirable épisode du Miroir hanté,
qui constituait la première réalisation du
grand Robert Hamer, le futur réalisateur de Kind
hearts and coronets, ne serait ce que pour célébrer
le génie de son interprète principale. Cette
étourdissante synthèse du drame gothique,
du récit d’envoûtement et d’un
cas de schizophrénie vécue à travers
le temps marquait la rencontre du réalisateur avec
l’étincelante Googie Withers, prodigieuse comédienne
qu’on ne connaît guère en France que
pour son rôle dans Night and the City de
Dassin (Helen Nosseros), dont le talent multiforme lui permettait
d’incarner avec la même incandescence une femme
fatale ultime, une prolétaire amoureuse d’un
criminel en fuite (le désenchanté et superbe
It always rains on sunday, d’Hamer) ou une
mère de famille déterminée et compréhensive
se heurtant à la rigidité de son époux
pour l’éducation de ses enfants (Pink string
and sealing wax, d’Hamer également). Il
suffit de s’attarder sur la sourde mélancolie
qui émane au cottage de cette jeune femme autrefois
si fière et impétueuse pour comprendre que,
peut-être, la pathologie dont souffrait son mari ne
s’est pas brisée avec le miroir...
C’est d’ailleurs toute
la force de ce Dead of Night que de suggérer
et de laisser vaquer les élans de notre imagination.
Nous ne saurons d’ailleurs jamais rien de cette force
obscure qui anime Walter Craig, et pour cause, la catharsis
n’ayant pu intervenir... Comme nous ne saurons jamais
si c’est la réalité ou le rêve
qui se perpétue, à la fin du film... Une œuvre
unique et extraordinaire, qui doit trouver une place de
choix dans votre vidéothèque.
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Image : Sans être exempte de défauts,
cette image donne tout à fait satisfaction. Définition
superbe pour un film de cet âge, et contrastes vertigineux,
qui retranscrivent à merveille les tendances expressionnistes
de la photo, particulièrement pour l’épisode
du ventriloque et la séquence de rêve kaléidoscopique
finale. Excellent travail, vraiment !
Son : De ce côté c’est
moins probant. Peu de souffle mais peu de dynamique aussi,
et surtout les dialogues sonnent un peu creux semblant générer
comme une pointe d’écho. La VF serait presque
plus nette que la VO, mais honnêtement, vouloir écouter
les murmures et variations tonales du ventriloque Michael
Redgrave dans une version doublée tient de l’hérésie...
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Comme
tous les titres de la collection Cinéma de Quartier
de Studio Canal (mais que fait Dead of Night dans
cette collection...), la présentation du film est
assurée par Jean-Pierre Dionnet. Ferveur, truculence
et mines d’infos sont au rendez-vous. Un régal,
comme toujours.
L’auteur Philippe Haudiquet, à qui l’on
doit des essais sur Ford et sur le cinéma polonais,
entre autres, est convié pour une explication de
texte passionnante. Manifestement, l’homme est un
grand connaisseur de la production Ealing, et ces éclaircissements
permettent de resituer l’œuvre dans le contexte
de la production d’alors. Grand admirateur de Dead
of night en particulier, c’est avec ferveur qu’il
sait communiquer sa passion.
Une sublime galerie de douze photos (plus l’affiche
originale) ainsi que des notes de production complètent
ces suppléments. On n’en demande pas plus.
Ils suffisent à vous donner envie de vous plonger
dans l’excellent ouvrage Michael Balcon : The
pursuit of British Cinema publié aux éditions
du Museum d’Art Moderne de New York (en Anglais).
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