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Réalisé par Mikhail Kalatozov
Avec Tatyana Somojlova, Aleksei Batalov, Vasili Merkuryev, Valentin
Zubkov
Scénario : Viktor Rozov
Musique : Moisej Vajnberg
Photographie : Sergei Urusevski
Un film Mosfilm distribué par Criterion
Russie - 95 mn - 1957
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95
mn
Zone 1
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langues : Russe Dolby Digital mono
Sous titres : Anglais
Mono d’origine
Chapitres et menus animés |


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Chroniqués
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Ce
12 octobre 2003, Quand passent les cigognes fêtera
son 46e anniversaire. L’occasion de se pencher
sur un monument cinématographique, servi par un éditeur
Criterion en toute grande forme
Moscou,
1941, Veronica (Tatyana Somojlova) et son fiancé Boris
(Aleksei Balatov) sont éperdument amoureux l’un
de l’autre. Le mariage n’est pas loin mais
ce jour du 22 juin, l’Allemagne envahit la Russie
par surprise. Boris, conscient de la gravité de
la situation, part comme volontaire pour le front russe.
Mark, cousin de Boris et joueur de piano, évite
l’enrôlement grâce au mensonge. Le
pianiste profite du départ de son cousin pour
courtiser Veronica dont il est aussi amoureux. Ne recevant
plus de nouvelles de Boris, Veronica cède, la
mort dans l’âme, aux avances de Mark et finit
par l’épouser. S’en suit une descente
aux enfers qui balance Veronica entre le doute, le désespoir,
le remord et l’amour. Elle rejoint un hôpital
de Moscou en tant qu’infirmière et découvre
l’horreur du conflit, une expérience qui
va l’endurcir. Boris meurt au combat. Quand Veronica
apprend la nouvelle, elle doit alors composer avec une
réalité qui touche 20 millions de familles
victimes du conflit : les exigences de la guerre vont
rarement de pair avec les besoins personnels des individus |
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1957,
Claude Lelouch est à Moscou comme caméraman
d’actualité. Au cours d’une visite
aux studios Mosfilm, il a l’occasion d’assister
au tournage de Quand passent les cigognes. Séduit
par son lyrisme et sa modernité technique, il
le fait découvrir au directeur du Festival de
Cannes. Quelques mois plus tard, en 1958, c’est
la consécration pour Mikhail Kalatozov. Sous le
soleil de la Croisette, Quand passent les cigognes remporte
la consécration suprême : la Palme d’Or.
L’aventure ne s’arrête pas là,
le film remporte également l’Oscar du meilleur
film étranger à Hollywood ; rares sont
les films qui ont cumulé les deux distinctions.
Le réalisateur russe se voit couronner pour une œuvre à part
dans sa filmographie.
Mikhail Kalatozov, né Kalatozishvili
en 1903 en Géorgie, est reconnu pour trois œuvres
majeures. Tout d’abord Le sel de Svanétie en
1930, première inspiration romantique de l’auteur,
ensuite pour Lursmani Cheqmashi, mis en boîte
un an plus tard et qui causa quelques soucis à Kalatozov,
le film étant taxé de négativisme
par les autorités suprêmes. Pour pénitence,
Kalatozov est réduit à des tâches
administratives dans l’industrie cinématographique.
Cette mise au pilori va se prolonger jusqu’en 1939,
date qui marque le début de la deuxième
guerre mondiale et "l’ascension" de
Kalatozov en tant qu’Administrateur en chef de
la production cinématographique soviétique.
Pendant cette période, l’activité artistique
tourne au ralenti et Kalatozov, occupé par ses
fonctions, n’a que de trop rares occasions de s’adonner à sa
passion. Envoyé comme attaché culturel à Los
Angeles, il découvre le cinéma américain
de King Vidor et de Vincente Minnelli, des auteurs qui
auront une grande influence sur sa manière de
traiter le mélodrame. Il ne reviendra réellement
derrière la caméra qu’après
1950. En 1957, Kalatozov tourne sa troisième œuvre
majeure : Quand passent les cigognes. Staline décède
en 1953, Nikita Khrouchtchev prend les rênes du
régime. Lors du 20e Congrès du Parti Communiste
en 1956, le nouvel homme fort dénonce le culte
de la personnalité et les crimes de son prédécesseur.
Le régime entreprend une longue et pénible
déstalinisation. Sur les plaies de l’Empire
s’éveille un courant artistique appelé le
thaw. Un nouveau cinéma émerge, bien évidemment,
toujours contrôlé, mais allégé de
sa rhétorique marxiste et de son idéologie
réaliste socialiste. Cette libération permet
au cinéma russe, et à Kalatozov en particulier,
de transcender son œuvre et son talent. C’est
la révélation : si The forty first de Grigori
Chukhrai, réalisé en 1956, est le film
le plus important de l’ère post-Staline,
Quand passent les cigognes est pour sa part le premier
chef-d’œuvre de ce tournant historique.
Quand passent
les cigognes est une histoire d’amour
sur fond de deuxième guerre mondiale, une diatribe
sur la guerre, un mélodrame psychologique sur les
choix d’une femme et les conséquences de sa
décision. Le film a souvent été qualifié de
mètre étalon, de référence
par les historiens du cinéma. Des qualificatifs
qui peuvent parfois rebuter un spectateur qui s’attend
dès lors à un cinéma inaccessible.
On est loin du compte. Plus qu’un exercice de style,
c’est une splendide histoire d’amour que nous
offre Kalatozov.
Le film a surpris la critique
internationale par sa rupture avec le cinéma de
propagande que la Russie avait coutume de proposer. Si
la Palme d’Or cannoise de
1958 se démarque par son lyrisme et son aversion
pour la guerre, il faut également souligner son
expérimentation formelle typique du cinéma
russe des années 20. Au même titre que The
forty First, Quand passent les cigognes a insufflé de
la vie dans la production cinématographique de l’ère
post-Stalinienne, que ce soit avec La ballade d’un
soldat du même Chukhrai en 1959, L’enfance
d’Ivan de Andrei Tarkovski en 1962 ou bien encore
Soyez les bienvenus de Eugène Klimov en 1964. Toutes
ces œuvres participent d’un même renouveau
: c’est une période faste faite de découvertes
et d’expérimentations.
La virtuosité technique est omniprésente.
Le film démarre par des perspectives qui ne sont
pas sans rappeler le travail du photographe Alexandre Rodchenko,
Veronica et Boris se courant après dans une ville
encore épargnée par le conflit à venir.
Kalatozov exploite ensuite toutes les possibilités
de sa caméra ; il enchaîne des plans "à la
Orson Welles", offrant une profondeur de champ et
un grand angle maîtrisés. L’héroïne,
Tatyana Somojlova, explose l’écran de sa présence.
Elle est touchante de justesse et de retenue et apporte
une émotion de tous les instants, que ce soit lors
de la découverte du petit garçon abandonné ou
lors de la lecture tardive du message d’anniversaire
de Boris ou encore lorsqu’elle apprend fortuitement
le décès de son amour. Kalatozov se refuse à porter
un jugement sur l’infidélité de Veronica.
Même le sermon de Feodor (le père de Boris) à un
jeune soldat blessé qui s’imagine que sa fiancée
l’a trompé en son absence, ne parvient pas à diaboliser
les actions de la jeune russe.
Enfin, on ne peut évoquer Quand passent les cigognes sans applaudir le binôme que forment Kalatozov et
Sergei Urusevski, son directeur de la photo. Les deux hommes
ont fait équipe pour la première fois sur
Le premier échelon en 1955 et ont encore partagé l’affiche
sur The letter never sent et finalement sur Soy
Cuba en
1964, avant dernier film de Kalatozov. Comme l’analyse
l’écrivain Chris Fujiwara, une véritable
symbiose, comparable aux duos Ingmar Bergman/Sven Nykvist,
Jean-Luc Godard/Raoul Coutard est née entre les
deux hommes. Tous deux explorent des terrains fertiles,
novateurs et parfois extravagants.
Lors de nombreux plans,
Urusevski utilise la caméra à l’épaule,
une technique qu’il a eu l’occasion d’apprendre
lors de son service militaire en tant que caméraman.
Le photographe utilise le terme "off-duty camera" afin
de décrire la mobilité et la sensibilité de
son travail. La caméra bouge avec les acteurs, tourne
parfois afin de souligner le côté adolescent
des deux amoureux. On peut apprécier son talent
quand Veronica part à la recherche de Boris à travers
une foule massée sur le quai d’une gare ou
encore lorsque Veronica et Boris grimpent quatre à quatre
les escaliers de l’appartement, une scène
rehaussée par la musique de Moisej Vajnberg.
En conclusion,
ce film est une pure mélodie. Les
cigognes apportent la sérénité dans
le ciel moscovite et donnent des ailes à un cinéma
qui était sclérosé par la folie d’un
seul homme
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