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Buffet Froid
Bertrand Blier
1979 - 85 mn
Réalisé par Bertrand
Blier
Avec : Gérard Depardieu, Bernard
Blier, Jean Carmet, Denise Gence, Carole Bouquet, Jean Benguigui,
Michel Serrault
Ecrit par Bertrand Blier
Musique de Brahms
Photo : Jean Penzer
Montage : Claudine Merlin
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DVD
9
Zone 2
Format cinéma : 1.66
Format Vidéo : 16/9 compatible
4/3
Format sonore : Français mono
d’origine
Sous-titres : aucun
Chapitrage, menu musical et fixe |


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Chroniqués
par DvdClassik :
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Alphonse Tram rencontre un inconnu dans le
métro. Ce dernier, comptable de son état, ne
semble pas disposé à lui parler. Après
quelques mots échangés il monte dans un train
et laisse Alphonse seul sur le quai. Quelques minutes plus
tard, Alphonse retrouve son interlocuteur affalé sur
le sol, son couteau planté dans le ventre. Dès
lors s’ensuit une série d’évènements
qui va bouleverser son existence. |
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"Il
n’y a rien de personnel, dans ce film. Je l’ai
écrit en deux semaines. J’avais mon idée
de départ, et à partir de celle-ci tout s’est
enchaîné. La question était de savoir
comment j’allais continuer mon histoire à partir
de cette séquence d’ouverture". Buffet
Froid réalisé par Bertrand Blier sort
sur les écrans français en 1979. Pas facile
pour ce fils d’un grand acteur du cinéma français
de se faire une place, et encore moins quand on porte un
héritage aussi lourd. Pourtant au fil des années,
et depuis le début des années 70, Bertrand
Blier a su imposer sa patte iconoclaste dans le cinéma
populaire. Bertand Blier, fils de Bernard Blier, réalise
en 1963 son premier documentaire-fiction intitulé
Hitler, connais pas ! Trois ans plus tard, il dirige
pour la première fois son père dans ce qui
est son premier film, Si j’étais un espion
(1966). Au tout début de la décennie suivante,
une troupe de jeunes actrices et acteurs, inconnus alors
du grand public, fondent Le Café de la Gare, qui
deviendra un véritable vivier de talents dans les
années à venir, avec la présence de
Patrick Dewaere, Coluche, Romain Bouteille, Miou-Miou entre
autres. La spontanéité et l’effervescence
créatrice qui marquent le lieu vont très bientôt
dépasser le cadre du simple théâtre
de quartier pour s’imposer sur grand écran.
En 1971, un certain Gérard Depardieu débarqué
de sa province arrive à Paris et débute dans
quelques films. Mais c’est en 1973 que sa carrière
prend un envol considérable avec la réalisation
de Les Valseuses, dont il tient le rôle principal,
adapté du roman éponyme de Blier et qui défraie
la chronique par l’insolence et l’audace de
son ton. Les féministes le taxent de machisme, tandis
que le public lui fait un triomphe. Le film reflète
l’état d’esprit d’une jeunesse
qui s’y retrouve immédiatement et sacre un
trio infernal : Miou-Miou, Patrick Dewaere et Gérard
Depardieu.
Deux
ans plus tard, Blier remet le couvert avec la réalisation
de Calmos (1976), œuvre méconnue encore
aujourd’hui, et enchaîne dans la foulée
avec Préparez vos mouchoirs (1977). Le film,
qui aborde sans détour la question de l’adultère
et de la frigidité, fait à nouveau grincer
des dents, Blier étant jugé irrévérencieux
et immoral, ce qui reviendra souvent quand on parlera de
ses œuvres. Le film nommé aux Oscars, y obtient
celui du meilleur film étranger en 1977, et permet
à son réalisateur de faire un aller-retour
à Los Angeles duquel il revient avec la précieuse
statuette dans les mains. De retour en France, il livre
son nouveau scénario à plusieurs producteurs
qui lui disent en gros "Vous avez du talent, ne
le gâchez pas dans cela". Ce "‘cela",
c’est Buffet Froid (1979), son cinquième
long-métrage, qu‘Alain Sarde va très
vite lui proposer de produire. Une idée absurde à
la base qui lui sert de fil conducteur et toute une intrigue
développée à partir d’une scène
de dialogue surréaliste entre deux personnages qui
ne se connaissent pas mais que la fatalité va rattraper
à l’issu de quatre vingt minutes de péripéties.
Car si la logique est défiée, l’étau
se resserre petit à petit jusqu’au final.
Buffet Froid marque une rupture fondamentale dans
l’œuvre et les thématiques abordées
par Bertrand Blier. Au ton audacieux et enlevé emprunt
d’une certaine poésie des débuts succède
ici la thématique de la solitude et de l’incommunicabilité.
Les personnages insouciants et révoltés (Les
Valseuses) laissent place à des personnages
plus torturés et prolixes en paroles. Ce qui paraissait
à la fois plus léger et bouillonnant dans
son cinéma du milieu des années 70 tranche
radicalement avec un ton plus sombre, plus pessimiste, mais
aussi peut-être davantage axé sur l’humain,
en phase avec la description d’une époque qui
passe des chimères et des utopies à une réalité
plus tranchante et réaliste. Les héros ne
rêvent plus, l’industrialisation l’a emporté.
Blier provoque toujours, mais la provocation n’a plus
la même résonance. D’où un Buffet
Froid glacial dans son propos. Symbole de cette nouvelle
ère de construction et de chantier économique
et industriel, l’émergence
de ces tours immenses et anonymes, dans lesquelles s’engouffrent
les populations. Le début des années 80 sera
marquée en France par la construction de ces enceintes
qu’on appellera plus tard quartiers sensibles. Le
chantier était énorme, et Buffet Froid,
avec son ambiance taciturne, l’évoque avec
toute la pertinence et la justesse de regard dont Blier
a toujours su faire preuve, mais là encore sans doute
davantage.
Le film tient la route pour la performance de ses comédiens,
tous habités par des rôles écrits sur
mesure : "Ce genre de dialogues , il n’y
a que des monstres sacrés qui peuvent les interpréter.
Autrement cela perd tout son sens. Mais il y a peu de monstres
sacrés en France, alors quand on les tient, on ne
les lâche plus". En effet, Jean Carmet,
Bernard Blier et Gérard Depardieu forment un trio
tragi-comique qui se débat pour empêcher que
les évènements ne prennent le dessus sur eux.
Blier dans le rôle du flic censé évoquer
la morale et la justice tire à vue et chambre les
petits délinquants dont il fait lui-même partie
; Carmet en tueur pathétique cherche du réconfort
et l’écoute de ses acolytes ; et Depardieu,
grande gueule, garde presque toujours son manteau et est
victime de cauchemars. Un film d’hommes donc ? Auquel
vient pourtant s’ajouter un rôle de femme, celui
d’une veuve qui ne pleure jamais, et qui sous son
voile noir mouchetée de deuil, cache une nature nymphomane.
Encore le côté misogyne de Blier qui ressort
? Les personnages féminins chez lui ont pourtant
été la plupart du temps forts : Carole Laure
dans Préparez vos mouchoirs (1977), Miou-Miou
dans Tenue de soirée (1986) ou Josiane Balasko
dans Trop Belle pour toi (1989), montrent bien
un réalisateur désireux de donner le change
dans les deux cas. Le fait que les personnages soient souvent
enfermés dans des lieux contigus accentue l’aspect
théâtral de la mise en scène et des
dialogues, sublimes comme la plupart du temps chez le cinéaste.
Car il y a dans ce Blier, un verbe qui claque, qui a sa
verve et qui offre des dialogues succulents. Buffet Froid
est aussi par le principe de sa narration et l’enchaînements
de situations incongrues ou grotesques (le médecin
qui se tape la veuve, l’assassin de la femme de Depardieu
qui vient frapper à sa porte, etc.) un film d’assassins
qui rencontrent d’autres assassins, et dans lequel
les coupables sont laissés en liberté, et
les innocents arrêtés pour des motifs plus
que douteux. Ajoutons
à cela le fait que les personnages apparaissent et
disparaissent puis reviennent d’une scène à
une autre scène et cela suffira à montrer
l’étendue de la force de cette farce moderne
se passant souvent de nuit.
Outre ce scénario à la fois alambiqué
et fataliste, Buffet Froid marque aussi les débuts
de Carole Bouquet au cinéma, dont on taira pour laisser
la surprise la signification de sa présence et la
façon dont elle chamboule l’histoire, ou plutôt
comment elle la termine. Si on pense dans un premier temps
que les protagonistes sont soudés les uns aux autres,
il ne sont au fond que des inconnus, étant même
prêts à se tirer dans les pattes et à
se trahir si la situation s’aggrave. Les grands espaces
n’offrent pas plus de liberté que la campagne
ce qui vaut à Bernard Blier de se livrer à
une tirade cinglante sur sa vision quelque peu archaïque
et bougonne du monde rural. Un décalage qui souligne
à la fois l’humour noir et la vacherie intrinsèque
de cet inspecteur de police haïssant la musique. Même
si l’on sent que les personnages étouffent,
que la caméra leur colle aux baskets, il y a toujours
cette pincée d’humour qui vient soulager le
spectateur, évitant ainsi l’écueil du
film plombant et premier degré. Fable amère
autant que portrait réaliste par certains aspects
d’une France ankylosée à une certaine
époque, Buffet Froid est l’un des
tous meilleurs Blier, et l’on souhaite que le réalisateur
du génial Tenue de soirée (1986),
revienne à ce niveau d’inspiration dans lequel
s’exprime le talent unique d’un amoureux du
cinéma tout simplement.
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Image
: Elle bénéficie d’une restauration
qui fait ses preuves. Une compression et une définition
qui respectent les couleurs et l’ambiance générale
voulue par le réalisateur et quelques rares problèmes
dus à des scènes parfois très sombres
qui peuvent faire apparaître des petits blocs de pixellisation,
mais rien de grave. La luminosité est elle aussi
convaincante, surtout dans la scène finale, dont
le ciel n’a pas subi les outrages parfois voyants
du numérique.
Son: Un mono d’origine très
clair, même si on sent qu’il y a des petites
baisses de volume par instants. Compte-tenu du genre qui
nous intéresse, ce n’est pas du tout un obstacle.
Petite présence de la musique également dans
les enceintes.
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Peu
de suppléments dans cette édition de la
collection Studio Magazine sortie chez Studio Canal.
Une bande-annonce - 2'10": D’époque,
avec griffures et poussières qui témoignent
de la qualité du nouveau master utilisé
pour l’édition DVD. L’image tremble,
mais la BA en elle-même possède ce cachet
"De Palmien" avec l’utilisation du Split-screen.
Elle possède aussi ce ton sec et direct qui fait
sa qualité.
Une pré-bande-annonce - 0'30"
: Très peu d’intérêt au vu de
la bande-annonce.
Une filmographie des acteurs principaux
et du réalisateur : elles reprend les principaux
films des intéressés, elle est déroulante
et part des films les plus récents aux plus anciens.
10 BA de films
de la même collection, parmi lesquelles celles de
Ran ou de Elephant Man.
Un
entretien avec Bertrand Blier - 24'.
Le cinéaste, pipe à la main, revient en
détails sur la genèse du film, ses sources
d’inspiration. On comprend que c’est l’immense
Gérard Depardieu qui fut au départ de tout
le processus créatif d’un film qu’il
eût du mal à produire, les producteurs se
montrant réticent à la lecture du roman,
ce qui peut paraître paradoxal quand on sait qu’il
sortait de deux longs-métrages à succès
Les Valseuses et Préparez vos mouchoirs.
On y apprend sa façon d’appréhender
la mise en scène et le fait qu’il n’utilise
aucun story-board, qu’il n’y a pas de croquis,
de pré-découpage ou de positions de caméra
pensées avant de tourner des scènes. Il
s’explique aussi sur la façon avec laquelle
il retourne les clichés et les postulats comme
des crêpes, et avoue lui-même ne pas retrouver
la même inspiration aujourd’hui qu’à
cette époque charnière. Bref un vrai régal
pour tous les fans du bonhomme, mais aussi pour les autres.
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