Réalisateur : George P. Cosmatos
Année : 1979
Avec : Roger Moore, Telly Savalas, David Niven, Stefanie Powers, Claudia Cardinale, Richard Roundtree, Sonny Bono, Elliott Gould
Scénario : Edward Anhalt et Richard S. Lochte d’après une histoire de George P. Cosmatos
Musique : Lalo Schifrin
Directeur de la photo : Gilbert Taylor



PVB
Angleterre - Couleur - 115 mn
Zone 2
Format cinéma : 2.35
Format vidéo : 16/9
Langues : anglais et français en Dolby Digital 5.1, DTS 5.1 et mono 2.0
Sous-titres : français


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Sur une île grecque, pendant le Seconde Guerre Mondiale, un camp de prisonniers de guerre sert pour l’excavation de trésors archéologiques. Il est dirigé par le Major Otto Hecht, antiquaire vénal dans le civil, qui profite de ses fonctions pour détourner des artefacts de grande valeur, au su et au vu des prisonniers qu’il traite de façon honorable, au grand dam des officiers nazis. Parmi ces prisonniers se trouvent un professeur d’archéologie anglais, un soldat américain et un cuisinier résistant italien, tous repris après une tentative infructueuse d’évasion, auxquels s’ajoutent deux américains de l’USO, dont une charmante jeune artiste au talent de nageuse. Tout ce beau monde se trouve vite lié à un chef de la résistance grecque qui prépare la libération du camp de prisonnier et celle de son village, ainsi que le démantèlement des infrastructures allemandes stationnées sur l’île.

Après Moscou, James Bond nous enverrait-t-il cette fois ses salutations distinguées de la capitale grecque ? C’est bien ce que laisserait entendre le titre français de ce film, d’autant plus que Roger Moore fait partie de la distribution riche et cosmopolite de Bons baisers d’Athènes. Le distributeur français de ce film de guerre capitalisa évidemment sur la présence de l’acteur britannique au générique, Roger Moore étant alors au sommet de sa popularité dans le costume de l’agent 007. Bien entendu, il ne s’agit pas ici d’une énième adaptation à l’écran du héros de Ian Fleming. Le titre original, Escape to Athena, nous renseigne plutôt sur la nature réelle de cette production britannique qui mêle film de guerre et film d’aventures.

Nous sommes en 1979, date de sortie de Bons baisers d’Athènes, et pourtant la vision de ce film nous ramène quelques dix ans en arrière. En effet, ce projet initié par les producteurs David Niven Jr. (fils du célèbre acteur que l’on retrouve donc au casting) et Jack Wiener, à partir d’un script original écrit par George P. Cosmatos, s’apparente au type même de film de groupe présentant des héros courageux, bourrus et grandes gueules, à la moralité fluctuante mais solidaires pour combattre l’ennemi, malgré une compétition interne qui menace constamment l’unité de cet assemblage hétéroclite. Dérivé du film d’aventure traditionnel, ce sous-genre guerrier est né dans les années 60 avec des titres phares tels que Les Canons de Navarone (1961) de Jack Lee-Thompson, La Grande évasion (1963) de John Sturges ou Les Douze salopards (1967) de Robert Aldrich. Sur une période de près de 20 ans, toute une série de films mettant en scène une communauté guerrière de héros en demi-teinte unis dans l’adversité vont enchanter les spectateurs.

Mais au tournant d’une nouvelle décennie, les années 80, le genre va s’essouffler. Non seulement l’aspect formel de ces films va prendre un coup de vieux devant l’apparition de nouveaux cinéastes qui vont apporter un réel sang neuf au cinéma d’action et d’aventures (tels que Steven Spielberg, John Carpenter, George Miller ou John Carpenter), mais l’on assistera également à un changement radical dans l’évolution du héros du film d’action. Progressivement, le groupe catalyseur des talents de chacun de ses membres sera éliminé au profit de l’individu tout-puissant. Les années 1980 verront l’avènement et le règne du héros guerrier à l’invincibilité arrogante ; Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger en seront les représentants les plus symboliques. Le réalisateur George P. Cosmatos suivra justement cette évolution puisqu’il signera deux films représentatifs de ce nouveau courant: Rambo 2 (1985) et Cobra (1986). En 1979 donc, Bons Baisers d’Athènes (de même que Les Loups de la haute mer de Andrew McLaglen réalisé en 1980) marque la fin d’une époque glorieuse.

Si Bons baisers d’Athènes bénéficie d’un casting cosmopolite et de capitaux anglais et américains, la volonté d’ancrer fermement son récit dans les lieux de l’action est patente. Tourné dans l’île de Rhodes, écrit et réalisé par un metteur en scène grec né en Italie, illustré par un thème musical de Lalo Schifrin inspiré par le folklore du pays, le film table sur ces quelques attributs ethniques pour asseoir sa légitimité historique et renforcer son pouvoir d’attraction. George P. Cosmatos use et abuse même de plans aériens filmés à partir d’hélicoptère pour ne pas laisser échapper un morceau de son île. On atteint vite la limite de l’exercice d’autant que le scénario et les personnages sont très loin d’obéir à un quelconque réalisme. En effet, le film appartient bien à son genre et la galerie de personnages exposée, bien que jouissive grâce à l’interprétation à la limite du cabotinage de la plupart des comédiens, s’affranchit presque totalement d’un semblant de crédibilité. Le camp de prisonniers de guerre ressemble à un country club, les prisonniers s’y baladent en raillant leurs matons, Elliott Gould qui s’imagine toujours dans M.A.S.H., fait son numéro de comique en plein Stalag, Claudia Cardinale interprète la prostituée résistante au grand cœur, Sonny Bono (oui, le Sonny de Sonny & Cher, vous avez bien lu) joue au cuisinier abruti qui cache bien son jeu, Richard Roundtree (l’acteur emblématique de la Blackxploitation, échappé de Shaft !) promène sa grande carcasse et représente le soldat américain puissant, roublard et sûr de soi, Stefanie Powers (la jolie actrice célèbre pour son association avec Robert Wagner dans la série télévisée L’Amour du risque) incarne une meneuse de revue aguicheuse dont les aptitudes à la plongée seront bien utiles pour miner une installation portuaire, et enfin David Niven joue un vieil archéologue baroudeur malgré son âge avancé. Seul Telly Savalas en chef local de la résistance grecque ramène le récit dans une direction plus dramatique mais n’évite pas pour autant les clichés inhérents au genre (les stéréotypes ethniques, une confiance infaillible, une connaissance des événements à toute épreuve, une bravoure surhumaine, l’assurance de repartir avec la belle, etc.)

Bref, nous sommes en présence d’une communauté bigarrée composée d’individus truculents et goguenards, dont les aventures respectives peuvent soit réjouir soit désespérer. Le personnage le plus haut en couleur, et totalement improbable, reste le Major Otto Hecht joué par l’ineffable Roger Moore. Roger Moore jouant les officiers allemands, il fallait oser. Voilà l’exemple d’un casting à contre emploi qu’affectionnent souvent les producteurs. Mais, on s’en doute, l’interprète de James Bond ne peut décemment pas interpréter un salaud. Il incarne donc un invraisemblable chef de camp, courtois et séducteur, qui vole à l’armée allemande les trésors archéologiques censés remplir les coffres du IIIème Reich, et écoute du jazz (Louis Armstrong en l’occurrence) sur son tourne-disque. Comme il en fut souvent de coutume dans ce type de production, il se voit aussi opposer aux SS, incarnant donc un peu trop facilement l’opposition Wehrmacht / Nazis. Mais le plus important reste son parcours dans la bataille opposant les résistants alliés aux Allemands, puisqu’il finit par rejoindre les premiers, bien malgré lui au début, mais finalement pas si mécontent que cela car tirant un grand intérêt de la victoire contre l’envahisseur. L’humour et la légèreté déployés dans Bons baisers d’Athènes trouve un point d’orgue discret dans la courte apparition (un cameo donc) de William Holden que croise Elliott Gould dans le stalag. Gould lui demande étonné : "Tu es encore ici ?". A quoi Holden répond : "On n’y est pas si mal". Cet hommage sympathique au Stalag 17 de Billy Wilder renforce donc l’aspect parodique du film.

Cependant Bons baisers d’Athènes louvoie souvent entre la comédie guerrière et le drame (comme l’exécution sommaire d’une prostituée, ou la menace de fusiller des villageois innocents en représailles des attaques de la résistance). Ainsi les actes de bravoure alternent avec les tentations vénales à l’instar d’un film de groupe célèbre, et autrement plus original et emballant, De l’or pour les braves (1970), où l’on retrouvait déjà Telly Savalas. Ces ruptures de ton ne sont pas réellement à l’avantage du film tant les personnages, comme on l’a vu, sont constamment en décalage. Mais elles permettent au réalisateur de donner une certaine sécheresse aux scènes de combat. George P. Cosmatos, qui s’était fait remarquer en 1977 avec une autre production internationale, Le Pont de Cassandra, un film catastrophe à l’efficacité certaine qui eut un joli succès en salles, trousse quelques séquences d’action plutôt prenantes. Au milieu d’un récit qui avance un peu péniblement, on retiendra le combat contre l’armée allemande au centre du village, suivie par une poursuite à moto dans ses ruelles étroites, ainsi que l’attaque en altitude d’un monastère confisqué par l’ennemi. Mais nous restons loin des grands succès du genre, tant le manque de sérieux de l’entreprise (sans doute la perte de foi dans ce type de film) et le ronronnement du récit hypothèquent la réussite de l’œuvre. Comme il est aussi malheureux que le film s’achève par un happy end fabriqué et rocambolesque (il faut voir Telly Savalas et Claudia Cardinale danser le sirtaki pour célébrer leur victoire) et surtout par une séquence qui montre des touristes investir les lieux des années plus tard sur une chanson pop. On se demande encore comment Edward Anhalt, le scénariste de Panique dans la rue (Elia kazan, 1950), de L’Etrangleur de Boston (Richard Fleischer, 1968) ou de Jeremiah Johnson (Sydney Pollack, 1972) a pu co-signer le scénario.

Il ne faudrait presque jamais revoir certains films dont on était très friand dans sa jeunesse. Bons baisers d’Athènes faisait la joie des doubles programmes des cinémas comme le Hollywood Boulevard (à Paris) dans les années 1980, là même où votre serviteur l’avait découvert. Mais ne boudons pas nécessairement notre plaisir. Car le superbe casting réuni ici y pourvoit plus que largement. Et puisque nous avons commencé cet article avec James Bond, nous le finirons volontiers avec l’agent 007. A la fin du film, quatre de nos aventuriers doivent attaquer un monastère transformé par les Allemands en site mystérieux cachant une arme secrète destinée à empêcher le débarquement allié. Nous découvrons alors une machine infernale et son missile ultra puissant qu’un peloton spécial de l’armée, vêtu de costumes futuristes, se charge d’entretenir. Si l’on ajoute que cette installation est évidemment munie d’un système d’autodestruction et que nos guerriers ont juste le temps d’y échapper après avoir rempli leur mission, on se rend bien compte que les aventures du héros de Ian Fleming ne sont pas loin. Les producteurs, malins, savaient tout de même garder un œil sur la production contemporaine. Il est décidément des associations bizarres qui peuvent déconcerter et décevoir, ou bien simplement divertir, c’est selon...

Image : L’image proposée par PVB est une bonne surprise pour les spectateurs quelque peu âgés qui se souviennent des couleurs délavées du film lors des reprises en salles ou des diffusions télévisées. La copie affiche donc une colorimétrie parfaitement saturée, des contrastes probants et une plutôt bonne définition (qui pèche parfois cependant dans les mouvements). La propreté du master est également à mettre au crédit du DVD, malgré l’apparition rare de quelques rayures verticales. On retiendra cependant des fourmillements dans les plans larges et une impression de "filés" lors des fameux plans d’hélicoptère. Autrement, ces petits soucis de compression ne gênent en rien la vision d’un film que l’éditeur a eu la bonne idée de graver sur deux disques, compte tenu de la présences de plusieurs mixages sonores.

Son : L’éditeur propose deux remixages multicanaux et le mixage mono d’origine, et ce pour les deux langues (anglais et français). Malgré ces remixages, l’image sonore reste frontale, l’enceinte centrale étant sollicitée en priorité pour la musique comme pour les ambiances. Les enceintes avant et arrière la secondent discrètement en faisant sentir une légère ouverture sonore. Les pistes mono semblent avoir une dynamique plus prononcée et une définition légèrement meilleure, mais on a surtout l’impression d’entendre une toute autre tessiture. Les versions françaises produisent le même effet que les versions originales, bien qu’elles soient un peu plus étouffées. Le doublage français est celui d’origine avec les voix parfaitement reconnaissables des doubleurs attitrés pour chacune des stars du film. On regrettera seulement le doublage navrant de Stefanie Powers qui la fait passer pour une véritable cruche (ce qu’elle n’est pas loin d’être dans le film, mais l’effet est bien trop appuyé). De toute manière, toutes les pistes affichent une belle clarté et sont exemptes de souffle.


Le DVD comporte deux disques, en fonction des langues proposées. Chaque disque dispose des mêmes menus 4/3 fixes et musicaux (le thème musical de Lalo Schifrin) qui suivent une introduction composée d’un court montage d’images du film. Le chapitrage est fixe et muet : 8 vignettes réparties sur 2 pages.

DVD 1 : Filmographies déroulantes de Telly Savalas, Roger Moore, Elliott Gould, David Niven, Claudia Cardinale, Richard Roundtree, Stefanie Powers, Sonny Bono et George P. Cosmatos sur fond du thème musical du film.

DVD 2 : Bons Baisers de Claudia Cardinale (27’46’’) : un entretien avec l’actrice italienne qui est censé survoler la carrière prolifique de la grande comédienne. Se retrouver en face de la mythique Claudia Cardinale doit être particulièrement impressionnant et déstabilisant pour perdre toute notion de professionnalisme. Car cette interview est en effet filmée en dépit du bon sens (le pauvre cameraman semble passer son temps à chercher le cadrage de son plan… fixe) et montée à la truelle (on nous gratifie même de splendides faux raccords regard et on espère que Mme Cardinale ne s’est pas aperçue du traitement infligé à son profil). Le journaliste menant l’entretien est passionné et fort sympathique mais la qualité des questions posées, souvent très "people", n’est pas digne de l’investissement de PVB (car organiser une interview exclusive d’une telle star reste une réussite pour un éditeur indépendant). Sans vouloir être gratuitement méchant, on a parfois l’impression d’assister à une interview de Raphaël Mezrahi. Néanmoins, Claudia Cardinale parvient à nous livrer quelques anecdotes intéressantes, et nous parle de ses débuts à Cinecitta, de sa personnalité, de ses rencontres et du statut de ses films.

Malgré tout, PVB fait toujours montre de respect vis-à-vis des films qu’il édite, quel qu’en soit leur intérêt cinématographique. La qualité technique est régulièrement au rendez-vous et le prix demandé n’est jamais prohibitif.


Un film chroniqué par Roy Neary