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Venise
XVIIIème Siècle. Le carnaval annuel bat son plein. Parmi
la foule, un homme masqué reçoit un pli mystérieux
qui l’enjoint de se rendre à un rendez-vous coquin. Giacomo
Casanova, dépouillé de son masque de Pierrot, fait la connaissance
d’une charmante nonne qui l’invite à faire l’amour
devant les yeux de l’ambassadeur de France, son amant, caché
derrière une fresque. Sur le chemin du retour, le célèbre
séducteur est arrêté par les autorités et mis
en prison. Un soir de pleine lune, il parvient à s’en échapper
et quitte l’Italie. Commence alors pour Casanova un long périple
à travers quelques grandes villes d’Europe dans lesquelles
sa renommée le précède régulièrement
et l’oblige à enchaîner les exploits amoureux. |
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Le
film commence par la reconstitution opulente et agitée
du traditionnel carnaval vénitien qui s’apparente, dans sa
folie et par les cris d’extase qui retentissent dans ses rues et
ses canaux, à une démonstration païenne d’une
ampleur irraisonnée. Au beau milieu de la foule se tient Giacomo
Casanova en habit de Pierrot. Il observe l’élévation
d’une statue aquatique, laTête de Vénus, s’achever
dans la débâcle la plus totale. Un peu plus tard, lors d’une
scène drôle et extravagante dans laquelle il se livre servilement
à des ébats érotiques sous l’observation amusée
de l’ambassadeur français, il apparaît comme une figure
en représentation, dominée par le regard d’un maître
qui en fait son jouet. Après le coït, lorsqu’il se présente
comme un intellectuel et un homme cultivé, doté de talents
divers, et désireux de proposer ses services, il obtient le silence
comme seule réponse. Les premières séquences de Casanova
apparaissent fortement marquées du sceau de l’infortune.
Ainsi donc nous est présenté le fameux ensorceleur Casanova,
presque dépourvu de tout charisme, telle une marionnette fragile
aux mains des puissants. Et le film, dans sa totalité, s’ingéniera
à peindre ce portrait en porte-à-faux. La légende
du bourreau des cœurs bat de l’aile, à l’image
de son oiseau mécanique qui introduit sa danse érotique.
Dans les mains du maestro Fellini, Casanova redevient Giacomo, triste
sire déchu, vêtu de costumes luxuriants qui peinent à
dissimuler un pauvre homme égaré dans un monde sinistre,
froid et désenchanté. Federico Fellini déteste Casanova,
l’homme et son mythe, et ne se prive pas pour le faire remarquer
! Pourquoi
Casanova ? Et pourquoi donc Fellini ? L’histoire du film, tortueuse,
est presque aussi passionnante que le film lui-même. Après
les succès de La Strada (1954) et des Nuits
de Cabiria (1957), le grand producteur Dino De Laurentiis exprime
régulièrement le souhait de travailler à nouveau
avec Fellini. Les tentatives de collaboration avortent sans cesse, dont
le fameux projet de film non abouti Le voyage de Mastorno
avec Marcello Mastroianni et l’adaptation de Mandrake au cinéma,
une véritable arlésienne pour le cinéaste (le personnage
du magicien finira par apparaître dans Intervista
(1987)). De Laurentiis songe même à lui pour mettre en scène
Waterloo (qui sera réalisé en 1970 par
Sergei Bondarchuk) ! C’est finalement Fellini qui propose l’idée
de porter à l’écran les mémoires autobiographiques
de Casanova : Storia della mia vita. Voilà un
projet qui comble de joie le producteur. Ce dernier se doute-t-il que
la vision fellinienne du mythe Casanova est aux antipodes de la sienne
(et du reste du monde) ? Toujours est-il que la machine se met en marche
et que la coproduction américaine insiste fortement pour engager
une star : les noms de Marlon Brando, Robert Redford, Al Pacino, Paul
Newman sont soumis. Fellini refuse catégoriquement. Dino De Laurentiis
finit par abandonner en 1973. En 1974, le jeune Andrea Rizzoli, fils du
célèbre Angelo Rizzoli, producteur des Belles de
nuit (1952) de René Clair, de Umberto D.
(1952) de Vittorio De Sica, de La
Dolce Vita (1960) et de 8 ½ (1963),
du Désert rouge (1964) d’Antonioni ou de
L'Incompris (1966) de Comencini,
s’empare du projet pour la société Cineriz. Fellini,
après le refus de Gian Maria Volonte d’endosser le rôle
de Casanova, accepte de se rendre à Londres pour tester des comédiens
anglais. Après avoir vu et apprécié la performance
de Donald Sutherland dans Ne vous retournez pas (1973)
de Nicholas Roeg, dont l’action se déroule principalement
à Venise, le cinéaste engage l’acteur canadien. Mais
Fellini voit grand, et les retards comme les dépenses commencent
à s’accumuler. A son tour, Andrea Rizzoli jette l’éponge.En 1975, un autre ponte de la production transalpine reprend le projet Casanova. Il s’agit d’Alberto Grimaldi, producteur du Bon, la Brute et le Truand (1966) de Sergio Leone, d’Histoires extraordinaires (1968), d’Il Mercenario (1968) de Sergio Corbucci, de Fellini Satyricon (1969), de Queimada (1969) de Gillo Pontecorvo, du Décaméron (1971), des Contes de Canterbury (1972), des Mille et une nuits (1974) et Salo (1976) de Pasolini, du Dernier tango à Paris (1972) et de 1900 (1976) de Bernardo Bertolucci, et de Cadavres exquis (1976) de Francesco Rosi. Il exige avec autorité que les coûts soient maîtrisés, et propose de tourner le film à Londres. Fellini, de son côté, se bat pour tourner les tableaux fastueux de Casanova dans les studios de Cinecitta et en langue italienne. Finalement, Grimaldi accepte de tourner en Italie, mais le film se fera en anglais en raison du marché international. Quand le tournage débute enfin après trois ans de mésaventures, les relations entre Grimaldi et le maestro sont tendues. L’ampleur de la production est phénoménale. L’équipe atteint presque les cent personnes, le film compte des dizaines de rôles parlants, les décors faramineux recréant des parties d’Europe occupent quasiment tout Cinecitta, et le budget, logiquement, explose. Les médias font leurs choux gras d’un tournage considéré comme le plus cher de l’histoire du cinéma européen. L’argent vient à manquer et, en plein milieu des prises de vues, Alberto Grimaldi vire presque la totalité de l’équipe au grand désespoir de Fellini. Le cinéaste se voit donc contraint de renoncer à des chapitres entier de son œuvre. Les deux hommes se livrent à une guerre verbale dans la presse. Le célèbre « Fellini est pire qu’Attila ! » prononcé par Grimaldi date de cette période. Les deux parties finissent par s’entendre et enterrent la hache de guerre. Le tournage peut reprendre et ira jusqu’à son terme. Les conflits et les déconvenues qui ont jalonné le parcours du film ont-ils contribué à en assombrir le propos ? Il est difficile d’en juger réellement, mais il est certain qu’à la base du projet, le personnage de Casanova selon Fellini n’est certainement pas celui auquel le public pouvait s'attendre voir dépeint. Le génie baroque du cinéaste et son univers poétique, coloré, bouillonnant et peuplé de personnages haut en couleur sont mis au service d’une vision originale qui s’affranchit de tout conformisme et de tout respect envers les représentations coutumières de l’époque décrite. Il faut oublier le Casanova de Comencini et toutes les autres adaptations, oublier les fastes de la reconstitution de type viscontien, ne pas imaginer ce qu’aurait pu en tirer un metteur en scène comme Zeffirelli ou tout autre réalisateur attiré par le
raffinement bourgeois le plus extrême ou l’esthétique
pompière. Fellini va à l’encontre de toutes les images
cinématographiques du Siècle des Lumières (son Casanova
se déroule d’ailleurs principalement de nuit) déjà
traitées au cinéma. L’atmosphère est pesante,
la fête est triste, le carnaval de Venise a un goût de cérémonie
funèbre, les gens sont laids et portent des masques ridicules,
leurs comportements manquent de grâce et de légèreté,
leur culture générale ne leur épargne aucun sens
du ridicule tragique, la musique de Nino Rota est dépouillée,
sarcastique et mélancolique. Federico Fellini ne se contente pas
de proclamer son dégoût du personnage, mais aussi son mépris
pour l’idée toute faite et bien propre sur elle que l’on
se fait généralement de cette époque. « J’avançais
dans l’immense océan en papier des Mémoires, dans
cette liste aride de faits entassés avec une rigueur tatillonne,
méticuleuse, irritable, plutôt franche, et l’ennui,
l’étrangeté et le dégoût étaient
les seules variantes de mon état d’âme déprimé
et découragé. C’est le refus, cette nausée
qui m’a suggéré le sens du film. »Fellini et son fidèle scénariste Bernardino Zapponi adoptent une vision très sélective des mémoires de Casanova. La plupart des événements et des expériences vécues par le séducteur invétéré sont écartés. Ils s’attachent essentiellement à relever les épisodes susceptibles de véhiculer la déchéance du personnage et la décadence de l’époque. Et Fellini imagine tout le reste. L’Europe que parcourt Giacomo Casanova est un formidable et macabre théâtre d’ombres peuplé de spectres déliquescents. Le découpage du film refuse la linéarité et rappelle justement une construction déstructurée propre au rêve (l’impossibilité pour Fellini de filmer toutes les séquences prévues et l’obligation de procéder à des coupes dans son montage doivent aussi en être la cause). Le pauvre homme est en représentation permanente ; un raccord significatif, lorsque Fellini passe de la scène d’orgie à une représentation théâtrale, exprime directement ce point de vue. Il traverse l’existence comme un objet ballotté d’une scène à une autre. La haute société est composée de personnages futiles et mesquins, vulgaires et pitoyables derrière l’apparat et le faste de leurs fêtes bourgeoises. La force du cinéma de Fellini est aussi justement dans son habilité à magnifier la vulgarité et l’obscénité avant de les réduire à leur plus simple expression. Le XVIIIème Siècle dépeint par Fellini est grandiloquent, halluciné, schizophrène, hystérique, loufoque, tragi-comique, mais dénué de profondeur et de valeurs humanistes. Casanova, qui n’est pas lui-même un exemple de probité et de dignité, apparaît finalement presque sympathique dans sa quête éperdue d’élévation au-dessus de la décrépitude morale qui l’entoure. Mais les couches sociales les moins élevées ne sont pas mieux loties. Casanova, romantique rejeté, n’est à l’aise nulle part. La fuite en avant constitue son destin tragique. Sa seule issue semble reposer dans la fantaisie et le rêve éveillé. Car son voyage mystérieux est également d’ordre psychique. C’est dans cette dimension fantasmagorique que l’art fellinien excelle. La séquence du séjour londonien en est un merveilleux exemple. Dans une atmosphère brumeuse à la lisière du fantastique, Casanova visite une sorte de cour
des miracles et pénètre dans une attraction en forme de
baleine. Le mythe de la baleine est connu de tous, il renvoie au bain
matriciel, au ventre maternel et donc à la renaissance. De même
qu’à Pinocchio, la marionnette de Collodi à laquelle
fait souvent penser le Casanova de Fellini. Mais Giacomo ne sort pas grandi
de l’épreuve et se trouve placé face à ses
contradictions. A l’intérieur de la baleine, il assiste aux
projections, émanant de la lanterne magique, de dessins de sexes
féminins à l’étrangeté agressive et
inquiétante (ils sont signés Roland Topor, comme le précise
le générique). La psychanalyse fait ainsi une entrée
remarquée dans le film et Casanova en sort conforté dans
son cauchemar à la symbolique castratrice. Lors de son escapade
à Dresde, il rencontre sa mère dans un opéra. A la
fin de la représentation, la salle se vide, les huissiers s’affairent
à éteindre les bougies des lustres, et Giacomo se retrouve
seul au milieu de la pièce. Il aperçoit sa mère isolée
dans une loge le fixant du regard. C’est à ce moment précis
du film que Fellini attribue directement la névrose de Casanova
à sa génitrice. Il doit la porter jusqu’à sa
calèche de la même manière qu’il porterait un
fardeau. En rendant à Giacomo sa nature d’homme enfant au
regard triste, le cinéaste met en lumière la malédiction
du mâle italien possédé par l’image de la "mamma".
A la fin de la magnifique saynète anglaise, Casanova avait fait
la connaissance de la géante Angelina entourée de ses deux
compagnons nains l’aimant d’un amour maternel. Giacomo, attendri,
assistait au petit bonheur solitaire vécu par ces saltimbanques
tout droit sortis de l’imaginaire fellinien (des réminiscences
de La Strada ?), mais un bonheur qui lui renvoyait en
plein visage sa solitude et sa détresse, ainsi que les souvenirs
douloureux de sa mère, physiquement absente mais très -
trop - présente dans sa vie intérieure. Car
Casanova est également en constante recherche de la femme idéale.
Le personnage d’Henriette est le seul personnage féminin
qu’il poursuit de son amour. Mais cette dernière est maîtresse
de son destin et échappe à ses filets. Il se voit condamné
à contenter une galerie de femmes particulièrement laides.
Les ébats sont introduits par son oiseau mécanique qui stupéfie
ses conquêtes tout en l’enfermant dans son rôle de pantin.
L’ombre de cet oiseau plane visuellement sur la destinée
du séducteur, et chaque fin de séquence est scandée
par une aventure sexuelle répétitive, aussi frénétique
que misérablement vaine. Le Casanova recréé par Fellini
n’est plus le séducteur altier, puissant et infatigable de
la légende mais un acrobate du sexe irresponsable et disgracieux.
Le choix du comédien principal en est déjà un signe.
L’acteur racé, nonchalant, obséquieux et troublant
de MASH (1970), Klute (1971) et du Jour
du Fléau (1975) éprouve beaucoup de difficultés
à travailler avec son metteur en scène. La collaboration
avec Fellini, qui dirige ses comédiens pendant
les prises, ne ressemble en rien à ce qu’il avait connu aux
Etats-Unis ou en Angleterre. Mais il s’habitue peu à peu
à cette nouvelle expérience et l’histoire retiendra
sa performance, certainement l’une de ses plus saisissantes et habitées.
Donald Sutherland passe quotidiennement des heures à se faire maquiller
le visage (le nez, le menton, les sourcils, le front) pour devenir un
être aux traits fins et raffinés, mais aussi une sorte de
reflet grossissant de la bourgeoisie précieuse et suffisante, une
caricature sinistre et grotesque (à l’image des dessins de
pré-production esquissés par Fellini), empreinte toutefois
d’une certaine innocence. Le point d’orgue de toutes ces expériences
calamiteuses est atteint lors de la séquence de l’automate
féminin dans le comté du Wurtemberg. Fellini, par un bel
effet de miroir, renvoie à un Casanova fasciné sa propre
image de Pinocchio prisonnier de son état de marionnette enfantine.
Après l’avoir fait danser, il lui fait l’amour. Cette
scène séduit par sa grâce, sa beauté et son
ironie cruelle, mais jamais Casanova n’avait été aussi
pathétique. Et c’est tout logiquement que Fellini raccorde
sur sa vieillesse et les derniers instants de sa vie, alors que Storia
della mia vita s’achevait quand son narrateur avait cinquante
ans. Son éternelle quête de reconnaissance se heurte toujours
aux railleries de son entourage. La désillusion atteint son paroxysme
pour le prince de l’illusion. Casanova, simple bibliothécaire
au service de la comtesse de Wurtemberg, s’évade dans le
rêve. Un rêve qui le voit livrer une dernière danse
onirique à Venise avec la poupée mécanique vue dans
la séquence précédente, définitivement son
alter ego féminin. Deux visages de porcelaine unis pour l’éternité,
comme deux automates effectuant un ballet mécanique à l’intérieur
d’une boite à musique jouant la partition de Nino Rota. Cette
conclusion aussi misérable que bouleversante fait partie des plus
belles images que le metteur en scène nous a léguées. Ces
nombreux paradoxes nous amènent à l’essence même
de l’art de Fellini, un artiste profondément amoureux de
l’espèce humaine prise dans sa globalité, dont il
grossit les traits avec un appétit d’ogre et avec une fièvre
onirique qui n’appartient qu’à lui. Le cinéaste
démiurge récrée un monde intégral dans l’enceinte
des studios de Cinecitta. C’est le règne du factice et de
la théâtralité. Même la mer est faite de bâches
en plastique bleues marine. Casanova de Fellini, œuvre
d’essence picturale, est une suite de tableaux renversants qui s’animent
de l’intérieur. Le rythme du récit est plutôt
lent avec une sorte de fixité hypnotique que viennent traverser
de rares mouvements d’appareil (au moyen de zooms ou de recadrages).
Les plans séquences, la profondeur du cadre et la multitude de
détails qui le composent donnent principalement son mouvement au
film. La lumière a été confiée au chef opérateur
Giuseppe Rotunno, qui avait déjà travaillé avec Fellini
sur Histoires extraordinaires (1968), Satyricon
(1969), Roma (1972) et Amarcord (1973).
Il est également l’auteur de la photographie de Rocco
et ses frères (1960) et du Guépard
(1963) de Luchino Visconti, de La Bible (1966) de John
Huston, de Ce plaisir qu’on dit charnel (1971)
de Mike Nichols, ou des futurs All That Jazz (1979) de
Bob Fosse et Popeye (1980) de Robert Altman. Rotunno
compose des lumières complexes dont la dimension organique, multicolore
et progressivement crépusculaire contribue fortement à véhiculer
un sentiment de rêverie désenchantée. Le personnage
de Casanova se promène dans un univers onirique habité de
fantômes dans lequel il en vient régulièrement à
se perdre, comme dans cette scène où, fuyant l’émotion
qui l’étreint devant Henriette qui joue du violoncelle, il
se réfugie dans un décor labyrinthique fait de buissons
verts de la même couleur que son costume.On s’en voudrait également d’omettre le travail impressionnant de la direction artistique confiée à Danilo Donati, fidèle collaborateur du maestro. Les exemples abondent, de l’inventivité des décors à la magnificence des costumes, et l’émotion artistique affleure de chacune des scènes. De l’onirisme et de l’artifice porté en étendard émanent pourtant une réelle mélancolie, une vérité sur les états d’âme opposés aux mouvements disgracieux des corps, et donc une profonde humanité. Voilà l’un des traits caractéristiques du cinéma de Fellini. Et cela même si l’amour pour ses personnages est bien moins présent qu’à l’accoutumée. L’univers dépeint dans Casanova est celui du cinéaste, artiste visionnaire, mais aussi la projection de celui de son protagoniste errant dans un monde en vase clos duquel il est un prisonnier consentant. Enfin, les cinéphiles n’oublieront pas de sitôt la musique écrite par Nino Rota, autre fidèle partenaire de Fellini et l’un des plus grands compositeurs de l’histoire du cinéma (les quelques notes de 8 ½ et des Parrain de Francis Ford Coppola l’ont fait entrer depuis dans l’inconscient collectif). Les sonorités mécaniques et obsessionnelles de sa partition, sa fausse légèreté due à une orchestration complexe, ses dissonances cristallines, sa mélancolie et son ironie participent de la caractérisation du Casanova fellinien et de son microcosme exubérant et fantomatique, triste et décadent. ![]() Il Casanova di Federico Fellini sort en Italie en décembre 1976. Il ne plaît ni au public ni à la critique. Cette dernière ressent assez mal l’affront fait à la légende du héros national et détruit le film dans son intégralité. Aux Etats-Unis, pays dans lequel Fellini est ordinairement apprécié (Amarcord avait reçu l’Oscar du Meilleur Film Etranger), Casanova connaît un échec commercial retentissant. Son tournage en anglais ne fut donc d’aucun secours, contrairement aux attentes d’Alberto Grimaldi. Trente ans plus tard, force est de constater que la puissance évocatrice de ce film tant attractif par ses fulgurances picturales et son audace créative que par sa poésie baroque et son abstraction, demeure aussi ingénieuse et efficace. De même que sa mélancolie féerique et funeste, associée à la description de son personnage de pantin infantile débarrassé de ses oripeaux de séducteur vénitien tout-puissant, font de lui l’un des chefs-d’œuvre les plus purs et tragiques du maestro italien. Avec Federico Fellini, le mythe de Casanova s’offre un enterrement de première classe. |
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Image : Le master restauré proposé par Carlotta
se révèle relativement propre. On doit déplorer de
temps en temps des points blancs et quelques rares poussières,
mais le travail sur ce plan reste satisfaisant. Les couleurs sont belles
et rendent parfaitement hommage à l’esthétique particulière
du film. De même pour la définition qui se fait rarement
prendre en défaut. La compression, de son côté, est
globalement bien maîtrisée. Au chapitre des déceptions,
on relèvera une ou deux sautes d’images et variations chromatiques.
Il est clair que le spectateur n’a pas eu l’occasion de voir
Casanova dans ces conditions depuis fort longtemps. Il
y aurait de quoi jubiler si un bémol ne venait pas gâcher
un confort de vision qui aurait pu être total. En effet, le format
vidéo présenté par le DVD est de 4/3. Le film s’affiche
pourtant au format cinéma 1.77 qui correspond exactement au format
vidéo 16/9. Il est dommage que Carlotta n’ait pas pu se procurer
un master 16/9. La définition s’en ressent franchement si
l’on veut zoomer sur l’image pour remplir l’écran
de son diffuseur 16/9.Son : Le DVD propose trois pistes sonores en mono 1.0 : les versions anglaise, italienne et française. Casanova a été tourné en anglais. Tous les acteurs s’expriment dans cette langue, il suffit d’observer les mouvements de leur lèvres pour s’en rendre compte. Certes, le film a été complètement postsynchronisé, et cela se voit parfois, mais il n’en reste pas moins que la version anglaise peut être considérée comme la version originale. D’autant que la performance de Donald Sutherland s’apprécie pleinement en écoutant sa voix. Par chance, c’est la piste sonore qui bénéficie du meilleur traitement. Elle possède la meilleure dynamique et la meilleure définition. Les voix sont très claires et les ambiances plutôt bien rendues. Le mixage italien est plus étouffé et aigu avec des ambiances moins présentes. La postsynchronisation est légèrement déficiente mais il faut savoir que Fellini a supervisé avec méticulosité le doublage et a choisi chaque timbre de voix dans un but précis, comme il l’avait fait pour la version anglaise. La version française bénéficie de l’apport de Michel Piccoli qui double Sutherland. Malheureusement, cette piste présente des ambiances en retrait et partage les mêmes caractéristiques que la piste italienne. En conclusion, la version anglaise est celle à privilégier sans aucune forme de contestation. |
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![]() Casanova est présenté sous la forme d’une édition double DVD dans une boîte de carton plastifié du plus bel effet. Les menus, tous animés et musicaux, sont joliment illustrés. Le chapitrage est animé et musical. Il est divisé en 15 chapitres répartis sur 5 pages. DVD 1 Comme seul supplément sur ce disque, la bande-annonce du film (1’49’’). Plus ou moins bien conservée, avec de belles couleurs et de forts contrastes, elle présente une succession de plans courts qui visent à donner un aperçu de la folle richesse de l’œuvre et du génie baroque du cinéaste. DVD 2 E
il Casanova di Fellini ? (72’34’’). Voici un
film rare qu’il est agréable de retrouver dans cette édition
DVD. Réalisé pendant l’interruption de tournage de
Casanova, et présenté par l’actrice
Olimpia Carlisi qui joue le rôle d’Isabella dans le film de
Fellini, il a pour vocation de définir un portrait croisé
du légendaire séducteur. Tourné pour la télévision
sous la forme d’un documentaire fiction, il interroge plusieurs
intellectuels (professeurs, écrivains, scientifiques), dont Tonino
Guerra et le scénariste du film Bernardino Zapponi, sur leur vision
du personnage Casanova. Des membres de la Jet Set sont mêmes mis
joyeusement à contribution lors d’une escapade de l’équipe
de tournage dans une boite de nuit. Ce documentaire joue franchement la
carte de l’humour. Même Fellini seulement présent en
voix off, exception faite d’une discrète apparition sur le
plateau de Cinecitta, participe au jeu des questions. Les moments les
plus amusants du film sont apportés par les quatre plus grands
et célèbres comédiens du cinéma italien :
Marcello Mastroianni, Ugo Tognazzi, Vittorio Gassman et Alberto Sordi.
Chacun d’entre eux se livre à un petit numéro savoureux.
L’acteur français Alain Cuny se prête au jeu. Il ressort
de cet exercice une vision drôle, complexe et contradictoire de
Casanova et par extension du mâle italien. Le film est présenté
dans une copie granuleuse et surexposée (du 16 mm sans aucun doute)
et assez abîmée. On y relève des tâches, des
rayures et un festival de points blancs. Le son, une piste italienne mono
sous-titrée en français, est de son côté plutôt
clair.Les trois documentaires suivants ont été produits en 2004 par Carlotta Films et Allerton Films. Réalisés par la même équipe technique, ils sont constitués de trois entretiens couvrant chacun un thème différent. Illustrés par des extraits du film de Fellini, solidement montés et techniquement irréprochables, ils se révèlent très instructifs. Ils sont au format 4/3 et en mono 1.0.
Et Fellini créa Casanova (28’23’’) : Gianfranco Angelucci, collaborateur de Federico Fellini, revient sur l’histoire du film et de son tournage compliqué. Il est le réalisateur du documentaire E il Casanova di Fellini ? contenu dans le DVD et évoqué ci-dessus. On apprend qu’il a réalisé ce dernier sur demande du cinéaste afin de tester les comédiens pour le personnage et en tirer quelques enseignements. Angelucci nous renseigne sur la vision qu’avait Fellini de Casanova et nous livre bon nombre d’anecdotes sur le tournage. "Poly-Gammie" en la mineur (21’26’’) : Alexandre Desplat, jeune et talentueux compositeur de musiques de film tels que Sur mes lèvres (2001), Nid de guêpes (2002) ou de La jeune fille à la perle (2003), s’exprime sur son métier de musicien pour le cinéma et, principalement bien sûr, du travail de Nino Rota sur Casanova. Ses explications techniques sont à la portée de tout un chacun et l’on ressent, malgré une certaine retenue, son amour pour la musique de Rota, le compositeur dont il tire sa principale influence. Les mémoires d’un Casanoviste (21’41’’) : Alain Jaubert, écrivain et documentariste, se définit comme un "casanoviste", soit un véritable passionné de l’homme Giacomo Casanova (1725 - 1798), qu’il tient également pour un brillant écrivain. On ne s’étonnera donc pas de trouver ici le portrait d’un personnage radicalement différent de celui dépeint par Federico Fellini. Lors de ce court entretien, Jaubert revient sur la vie et l’œuvre de Casanova, ses rencontres, ses voyages, ses aventures, ses relations féminines. Il explique dans les grandes lignes les thèmes contenus dans les Mémoires, rédigées de 1789 à 1792, du grand témoin de son époque que fut Casanova. Les auteurs de ce documentaire nous font le plaisir de nous présenter quelques extraits tirés d'une scène coupée du film de Fellini, dans laquelle Casanova s’abandonne à une tendre liaison homosexuelle. |
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