![]() |
|||||||||||||||||||||||||
![]() |
![]() |
||||||||||||||||||||||||
![]() |
|||||||||||||||||||||||||
![]() |
|||||
|
|
|
||||
Amateurs
de comédies musicales jubilatoires aux rythmes endiablés
et d’une vitalité inhumaine (dixit Van Johnson à
propos de Gene Kelly dans Brigadoon) comme ont pu l’être
certaines de Stanley Donen (Chantons sous la pluie, Donnez-lui
une chance, Pique-nique en Pyjama), Charles
Walters (Good News), George Sidney (Kiss Me Kate)
ou Busby Berkeley (Take Me Out to the Ballgame), ne vous
attendez surtout pas à la même chose quand vous déciderez
de découvrir Brigadoon. Ce dernier possède
un rythme volontairement lent, une ambiance ouatée et ne vous fera
sûrement pas venir de fourmis dans les jambes comme les films sus-cités.
Brigadoon, c’est la féerie passionnée
de la comédie musicale, un hymne fantasmé à l’Amour.
Dans la droite lignée de ces sommets du romantisme onirique cinématographique
représentés par Peter Ibbetson de Henry
Hathaway, Horizons perdus de Frank Capra, L’Aventure
de Mme Muir de Joseph Mankiewicz ou Le Ciel peut attendre
d'Ernst Lubitsch, Brigadoon continue d’enchanter
une grande partie des cinéphiles, certains l’adulant même
sans retenue. Et pourtant, aujourd’hui encore, contrairement à
d’autres "Musicals" de Minnelli, tels Tous en
scène ou Le Chant du Missouri, ce magnifique
diamant du genre est loin de faire l’unanimité, la critique
et le public américain le boudant encore même assez souvent
; outre-Atlantique, il est loin d’être considéré
comme un "classique" (tout comme Moonfleet
d’ailleurs, qui, pour l’anecdote, a été tourné,
pour les séquences de la lande, dans les décors créés
pour le film de Minnelli). Avant
d’être un film, Brigadoon fut un succès
à Broadway en 1947. Les auteurs en étaient Alan Jay Lerner
et Frederick Loewe. Dès 1951, Lerner travailla à une adaptation
cinématographique pour Gene Kelly. Sa mise en chantier fut retardée
car, grisé par le succès et les producteurs lui donnant
quasiment carte blanche, Gene Kelly tenait absolument à son idée
de réaliser un projet ambitieux, un film entièrement dansé.
Ce sera Invitation à la danse qui, finalement
se révèlera être un fiasco commercial et un échec
critique. En 1953, après quelques années de phases d’expérimentation
bouillonnantes aux résultats artistiques plus que probants (les
"avant-gardistes" Yolanda and the Thief et
Le Pirate, le tournage hors-studio de On the
Town, le ballet impressionniste d'Un Américain
à Paris, le ballet Broadway Melody dans Chantons
sous la pluie), l’acteur et le réalisateur manquent
d’enthousiasme quand il s’agit de s’attaquer à
l’adaptation d’une comédie musicale dont ils pensent
qu’elle marquerait un net recul artistique et plastique après
toutes ces brillantes réalisations. De plus, tout n’est pas
à l’optimisme pour les grands studios qui commencent à
marquer la pas financièrement. Le départ de Louis B. Mayer
n’est pas là pour rassurer les producteurs, les bénéfices
stagnent et la télévision entame sa conquête du public
des salles obscures. Il faut contre-attaquer la petite lucarne en lançant
de nouvelles techniques avec, entres autres, l’écran large
(pour la MGM le Cinémascope). Cette dernière trouvaille
technique ne vas pas arranger les affaires de Minnelli qui devra tourner
deux versions de son film, l’une donc en format Scope, l’autre
dans le standard de l’époque, le 1.37 pour les salles non
équipées d’écrans larges. Le cinéaste
dira d’ailleurs qu’il a détesté sur ce film
l’utilisation du scope (« Brigadoon
était mon premier film en Cinémascope. Je détestais
cet écran géant »). Il s’en fera pourtant
par la suite une spécialité et il est difficile d’imaginer
aujourd’hui des films comme Lust For Life, Gigi,
Home From the Hill ou Some Came Running
dans un format plus restreint tellement Minnelli se sert et remplit à
merveille cet immense rectangle.A rajouter à ce manque d’enthousiasme de départ, une genèse chaotique et un tournage qui ne s’est pas déroulé dans les conditions enchanteresses qui auraient été souhaitables, Gene Kelly et Vincente Minnelli n’ayant pas eu dès le départ les mêmes conceptions à propos de sa mise en oeuvre. Vingt ans après, une grande amertume s’exprimait
toujours dans les propos de l’acteur : « Ma voix n’était
pas assez bonne pour interpréter les numéros de Lerner et
Loewe. Le film ne s’est jamais fait comme il aurait dû se
faire. Il fut d’abord question de réaliser le tournage en
Ecosse, où Arthur Freed et moi devions effectuer les repérages.
Mais le temps était si désastreux que nous avions dû
nous ranger à l’idée du studio. Revenus aux USA, nous
avons trouvé dans le Monterey, des hautes terres pouvant évoquer
l’Ecosse. Mais le studio pratiquait une politique d’économie
et ne donna pas suite à cette idée. Tout le plaisir du tournage
avait disparu. »Gene Kelly se rendit donc avec le célèbre producteur du département "Musical" de la MGM, Arthur Freed, en Ecosse où ils dénichèrent près d’Inverness les paysages qui leur fallaient. La météo déplorable les contraignit à rentrer en Californie où ils tombèrent amoureux d’un coin près de Carmel qui pouvait faire penser aux Highlands. Au grand mécontentement de l’acteur-danseur-chorégraphe, les pontes de la MGM décidèrent de tourner le film entièrement à Culver City, à l’intérieur du studio. « Puisque le film ne pouvait se tourner en extérieurs, dira Minnelli, le studio réalisa un énorme cyclorama et fit construire les collines autour du village de Brigadoon. Preston Ames créa un immense décor
qui pouvait restituer le moindre aspect du paysage selon chaque angle
de caméra. Les caméras pouvaient avoir un champ de 360°.
Joe Ruttenberg, ce vieux pro, était notre cameraman. L’éclairage
des intérieurs suggérait les peintures flamandes tandis
qu’une brume romantique enveloppait les extérieurs.
» (" I Remember It Well "). Vincente Minnelli
dut ainsi se plier au nouveau format qui le gênait énormément,
supporter la mauvaise humeur de Gene Kelly et subir les jérémiades
de Van Johnson qui lui reprochait sans cesse sa lenteur perfectionniste.Tout ces soucis eurent-ils un impact sur le résultat final ? Beaucoup le pensent et lui reprochent un manque de rythme, des séquences très statiques et des numéros musicaux assez figés. Tout ceci n’est pas faux mais participe majestueusement de l’ensemble. Il est vrai que, s’il l’avait voulu, Minnelli aurait pu faire de cette histoire un monument de "flamboiement baroque et lyrique" à la King Vidor du genre Duel au soleil. On sait très bien qu’il en était capable puisqu’il nous l’avait prouvé avec Les Ensorcelés et récidivera avec Celui par qui le scandale arrive. Mais non ! Dans la filmographie de Minnelli, Brigadoon se situe au milieu des oeuvres à la mise en scène plus discrète, moins voyante (et pas moins réussie pour autant) ; il côtoie ainsi d’autres monuments "pastels" de sensibilité comme L’Horloge ou Thé et sympathie. Et ce rythme lent épouse le rythme de la vie de ce village hors du temps où le modernisme et sa suractivité n’ont pas encore fait leur apparition. Beaucoup de séquences techniquement "sages", par contraste, rendent d’autant plus fortes les envolées lyriques qui parsèment le film avec parcimonie : celles conjuguées de la caméra et de la musique au milieu de la chanson The Heather on the Hill (la danse dans la bruyère) ou la fabuleuse scène de chasse à l’homme, The Chase, d’une fluidité et d’une virtuosité qui laissent pantois ! ![]() Le fait que Brigadoon ait entièrement été tourné en studio au milieu de toiles peintes et de décors en cartons-pâtes n’a pas nui au film, renforçant bien au contraire cette ambiance totalement irréaliste et onirique de conte de fée. Car c’en est bien un ! Lerner n’a jamais caché sa grande admiration pour James Barrie, l’auteur de Peter Pan et se sentait remarquablement à l’aise dans ces récits merveilleux (il écrira encore pour Minnelli son avant-dernier film, On a Clair Day You Can See Forever (Melinda) toujours sur un argument fantastique). Dès les premières images, le village fantôme sort de la brume et de l’ombre, les premiers rayons du soleil viennent
éclairer le pont et d’étranges bovins, et le spectateur
est immédiatement plongé dans un univers de pure magie.
Celle-ci est raffermie par la beauté des costumes de Irène
Sharaff (Cyd Charisse vêtue d’une robe crème et d’un
châle jaune, Gene Kelly d’une magnifique chemise verte), par
la délicate photographie de Joe Ruttenberg (le chef opérateur
utilisant l’Anscolor, procédé beaucoup moins "violent"
que le Technicolor, les couleurs étant dans l’ensemble beaucoup
plus douces, plus pastels) et bien évidemment par la suave musique
de Frederick Loewe.Peu facile d’accès, cette partition s’apprivoise et s’apprécie de plus en plus au fil des visions et s’avère même être l’un des travaux les plus remarquables du compositeur. Il disait s’être plus inspiré du maître du romantisme, Johannes Brahms, aux ascendances écossaises, que de la musique typiquement traditionnelle écossaise. Puis-je dire sans subir les moqueries que, par exemple, les premières mesures de la chanson The Heather on the Hill n’ont pas à rougir des plus beaux Lieder du compositeur allemand ? La manière dont Gene Kelly entame avec retenue et timidité ces premières paroles est une des choses les plus sublimes entendues dans une comédie musicale
hollywoodienne. La chorégraphie qui fait suite à la chanson
nous fait littéralement décoller ; un ange passe et la magie
se met en place devant nos yeux émus par tant de simplicité
et de grâce. Il en est de même de la fameuse séquence
The Chase, le "climax" du film, parfaitement rythmée
par l’extraordinaire alchimie qui s’opère entre la
mélodie, le montage sonore et les incantations et appels d’Harry
Beaton. Ces deux scènes ont de grandes chances de vous faire monter
des frissons de bonheur le long de l’échine. Hormis ces deux
chansons, il nous est offert en compléments (et quels compléments
!) la belle Waitin’ for my Dearie, la romantique Almost
Like Being in Love, la tonique I’ll Go Home with Bonnie
Jean ainsi que les marches et danses traditionnelles écossaises
se situant toutes lors de la cérémonie du mariage. Rien
à jeter dans cette partition dont les richesses demandent quand
même beaucoup d’attention de la part du spectateur. Quant
à la chorégraphie, louée comme il se doit ci-dessus,
elle est due à Gene Kelly, assisté de Jane Coyne et Carol
Haney, cette dernière allant devenir, immédiatement après,
célèbre à Broadway grâce à Pyjama
Game (rôle qu’elle reprendra dans l’euphorique
adaptation de Stanley Donen). Pour
en revenir à l’histoire proprement dite et à ses thèmes,
on peut raisonnablement dire qu’ils sont à l’origine
du plus "minnellien" des films du cinéaste, jouant constamment
sur son sujet de prédilection : les rapports entre rêve et
réalité. A l’intérieur même de ce monde
de rêve, le cinéaste oppose le romantisme rêveur du
couple Kelly/Charisse à la trivialité terre à terre
des rapports qui s’établissent entre le personnage de Van
Johnson et une villageoise. Tommy est un doux rêveur désespérant
de découvrir un jour le Grand Amour (« Parfois je me
sens incapable d’aimer »), Fiona croit au Prince Charmant
et ne se donnera qu’à sa venue ; à l’inverse,
Jeff est un sceptique indécrottable qui ne veut croire qu’à
ce qu’il voit (et encore) et la villageoise qui l’entreprend
(lors d’une scène assez drôle) semble proche de la
nymphomanie. Et pourtant, paradoxalement, c’est Jeff, qui sans le
vouloir, fera que le village ne s’évanouira pas dans les
abîmes en SPOILER tuant accidentellement l’homme
qui voulait forcer les frontières du village FIN DU SPOILER.
Si, pour certains personnages, Brigadoon représente le Shangri-La
(le paradis selon James Hilton dans son roman adapté par Capra,
Lost Horizon), pour d’autres, il n’est qu’une
étroite prison : Harry Beaton, l’amoureux éconduit,
ne songe qu’à fuir pour voir d’autres horizons et découvrir
d’autres lieux, gens et coutumes. Lorsque nos deux Américains,
n’ayant pas voulu croire assez fort à ce qu’ils viennent
de voir et de vivre, retournent à New York, Minnelli retrouve le
brillant qui le caractérise pour décrire des microcosmes
urbains : la faune new-yorkaise (faux intellos, femmes névrosées,
hommes désœuvrés... ) est décrite ici avec une
acuité et une tendre ironie qui n’appartiennent qu’à
lui. L’idée des simples mots prononcés lors d’une
discussion faisant se déconnecter Tommy de la triviale réalité
pour retourner en pensée au pays de sa bien-aimée est magnifique.![]() Cette virtuose parenthèse citadine terminée, le cinéaste nous fait revenir dans cette Ecosse de studio où un nouveau miracle va avoir lieu « Car quand on aime vraiment, tout est possible ! ». Après que Tommy ait découvert que l'on se rend compte de la valeur des choses une fois qu’on les a perdues, la brume se déchire à nouveau et fait place au « Triomphe de la pensée romantique » selon Dominique Rabourdin (in Minnelli, de Broadway à Hollywood - Hatier). Le spectateur quitte le film le cœur léger. Ceux qui ne supportent pas les Happy End peuvent prendre rendez-vous ailleurs ! Peut être moins achevée techniquement et plastiquement, moins moderne et ambitieuse que d’autres oeuvres de Minnelli, Brigadoon n’en demeure pas moins un film superbe, attachant et éminemment personnel. Gene Kelly, moins exubérant qu’à l’habitude, Van Johnson absolument parfait dans un rôle un peu ingrat, Cyd Charisse légère et somptueusement belle sont là pour nous faire participer à ce petit miracle cinématographique. Il ne vous reste plus qu’à faire de beaux rêves ! |
|||||
Image : Après une première édition
sortie en septembre 2000, non catastrophique mais très décevante
de par l’absence de 16/9 et la présence de couleurs plutôt
ternes, en voici une nouvelle, sortie en même temps dans un coffret
consacré aux comédies musicales intitulé Broadway
to Hollywood. Même si la qualité est au rendez-vous,
force est de constater qu’il s’agit quand même, techniquement
parlant, du moins bon DVD du coffret. Le traitement qui lui a été
accordé est bien en deçà de l’époustouflant
travail effectué sur The Band Wagon ou Easter
Parade par exemple. Si, en France, ceci peut paraître incompréhensible,
la logique est pourtant respectée puisqu’aux Etats-Unis,
Brigadoon est nettement moins bien considéré
que ces deux titres. Mais que votre cœur n’arrête pas
de battre pour autant, rassurez vous, le résultat est néanmoins
plus qu’honnête ! Le master est assez propre mais manque quelque
peu de définition, de luminosité et la compression se fait
ressentir par un fourmillement assez constant dans les ciels et se révèle
assez visible lors des séquences de brumes, surtout sur celle de
la fin voyant la dernière apparition du village. La colorimétrie
se révèle parfois vacillante mais rien de honteux de ce
côté-ci, il faut vraiment être extrêmement pointilleux
pour s’en offusquer. Finalement, pas fabuleux comme nous aurions
pu nous y attendre mais plutôt bon.Son : La version originale anglaise nous propose des sous-titres plutôt peu nombreux (par exemple, la séquence de la narration du "miracle" est très avare en la matière n’étant traduite qu’au trois-quarts sans que cela ne vienne cependant nuire à la compréhension) mais cette fois Warner n’a pas oublié de traduire les chansons, ce qui constitue un assez net progrès de la part de l’éditeur. La version française est d’époque, bien conservée (même si, comme il se doit, elle y perd en bruits d’ambiance, étouffés, atténués ou carrément absents) et loin d’être désagréable même si ça crépite un peu parfois. Une belle réussite d’autant plus que le doublage est très correct et que les chansons n’ont heureusement pas été traduites, ce qui aurait été un sacrilège. Il vous faudra juste jongler avec la télécommande si vous voulez lire les sous-titres sur les chansons. La version originale n'est disponible qu'en Dolby Digital 5.1. La spatialisation se révèle plutôt efficace sur la scène frontale. Lors des numéraux musicaux, la stéréo avant est plutôt bien rendue et son mixage avec la voie centrale fonctionne vraiment bien. En elle-même, cette bande-son est claire, dynamique et donne suffisamment de relief aux ambiances pour nous plonger dans le spectacle avec bonheur. Un peu plus de profondeur aurait été bienvenu, mais c'est vraiment pour chipoter. Les voies arrières sont de leur côté très discrètes et ne participent que peu au rendu général. |
|||||
|
|||||
Dans
le cas des comédies musicales, la disparition des boîtiers
cartonnés Warner est assez pénalisante pour le chapitrage
car il était alors bien pratique lorsqu’il était reproduit
à l’intérieur du carton pour pouvoir accéder
directement aux numéros musicaux écrits en italique. Mais
ceci n’est qu’un détail.![]() En supplément, nous avons droit à une bande-annonce au format respecté, trois belles séquences musicales non retenues au montage final, elles aussi au format respecté (mais au format vidéo 4/3) et assez bien conservées : Come to Me Bend to Me (Jimmy Thompson et Virginia Bosier), From This Day On (Cyd Charisse et Gene Kelly) remplacée dans la version finale par une reprise de The Heather on the Hill, Sword Dance (Tudor Owen) qui devait se dérouler pendant la cérémonie de mariage, ainsi qu’une autre superbe chanson coupée et proposée uniquement en format audio : There But for You Go I (Gene Kelly). Il est vraiment fort plaisant de découvrir ces scènes inédites qui n’auraient pas nui au film si elles y avaient été intégrées. Je tiens à signaler que le zone 2 sortira en France le 01 juin et que, selon toutes probabilités, le master devrait être identique. Toutefois, pour le plus impatients, il faut savoir que ce DVD américain ou canadien est en fait toutes zones et se trouve donc lisible sur vos lecteurs zone 2. |
|||||
|
|||||
|
|||||