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Test dvd

Voyage à Tokyo

DVD - Région 1
Criterion
Parution : 28 / 10 / 2003

Image

Bien qu’il soit, avec Le Goût du Sake, le film d’Ozu le plus célèbre (notamment à l’étranger), Voyage à Tokyo est paradoxalement l’un de ses films qui a été le moins bien conservé. Le master proposé par Criterion est d’une qualité moyenne. Les taches, les rayures, la légère instabilité de l’image auraient pu être réduites par un vrai travail de restauration, mais tous ces petits défauts, vite oubliés, n’altèrent en rien le plaisir de la vision.

Son

Son mono d’origine, sans trop de souffle, qui respecte bien les intonations et le phrasé si particulier des acteurs d’Ozu, que l’on apprécie même sans avoir de notion de japonais.

Suppléments

DVD 1

La Bande-annonce du film. Un petit bijou comme toutes celles des films d’Ozu

Commentaire audio de David Desser qui sait rester au plus près du déroulement du film, sans se disperser en anecdotes biographiques, pour mettre en avant la complexité et l’ambivalence de la mise en scène d’Ozu. Son analyse est souvent pertinente. Desser a l’intelligence de ne pas faire siennes les généralités, trop souvent répétées, qui réduisent le style d’Ozu plus qu’elles ne le décrivent.

DVD 2

I lived but … - 122mn - Ce documentaire réalisé en 1983 Kazuo Inoue est l’un des beaux jamais consacré à un cinéaste. Il justifierait à lui seul l’achat du DVD. Il a la particularité d’avoir été photographié par le chef opérateur attitré d’Ozu, Yuharu Atsuta, qui compose ici des plans de ville et de nature, à la manière de son maître, d’une grande beauté. C’est un documentaire passionnant sur les méthodes de travail d’Ozu. Les principaux collaborateurs encore vivants ou leurs proches sont interviewés avec une grande intelligence. Habillement, Inoue fait parfois succéder à ces interventions de longs extraits de la scène correspondante. Ainsi après que Chishu Ryu, enfin vieux comme dans les films d’Ozu (quel grand acteur), ait expliqué que son mentor lui avait parlé de la façon dont son père était mort d’une crise cardiaque devant ses yeux, nous revoyons l’extrait poignant où il rejoue cette scène traumatique dans Il était un père (1942). Malgré l’absence de Setsuko Hara, les différents entretiens avec la plupart des acteurs de la dernière période permettent de mieux comprendre la manière dont il les dirigeait. La fille et la veuve du scénariste Kogo Noda livrent de précieuses anecdotes sur leur longue et fructueuse collaboration. Suivant les indications d’Atsuta, le réalisateur du documentaire recrée les attitudes d’Ozu sur un plateau. Enfin de grands réalisateurs, qui ont été parfois l’assistant d’Ozu comme Keisuke Kinoshita et Shohei Imamura, nous parlent également de sa technique de mise en scène et de son influence sur leurs carrières. Le documentaire s’articule brillamment entre ces entretiens qui dévoilent les méthodes de travail d’Ozu, des longs extraits (bien choisis) des films, et un récit biographique illustré par les très belles images photographiées par Atsuta. La poésie de ces plans, la lecture de certains textes et le plaisir de revoir les acteurs d’Ozu procurent une émotion, difficile à contenir, particulièrement vers la fin. Le document indispensable pour tous les fans d’Ozu.

Talking with Ozu - 39 mn - est un documentaire produit par la Shochiku, le studio où Ozu a effectué toute sa carrière (à l’exception du film Herbes flottantes produit en 1959 par la Daiei, édité aussi par Criterion), à l’occasion de la commémoration du 90ème anniversaire de la naissance du cinéaste. Il consiste en une série de courts monologues où des cinéastes du monde entier rendent hommage et témoignent de leur passion pour le réalisateur en s’adressant à sa photo placée devant eux. La qualité de la réalisation et du transfert laisse franchement à désirer, et à l’exception du témoignage émouvant de Wim Wenders (qui a réalisé en 1985 un film hommage à Ozu intitulé Tokyo-Ga), et de celui, hilarant, d’Aki Kaurismaki (qui est le seul à jouer le jeu en s’adressant directement au portrait du maître), ceux de Lindsay Anderson, Hou Hsiao-Hsien, Paul Schrader, Stanley Kwan et Claire Denis sont inintéressants, même si on apprécie ces cinéastes.

Conclusion

Cette édition est donc rendue indispensable pour tout amateur de l’oeuvre d’Ozu par la présence de ce fantastique documentaire de Kazuo Inoue. Elle ne s’adressera malheureusement qu’aux anglophones, bien que le niveau de la langue n’exige pas d’être bilingue. On aurait quand même apprécié une image de meilleure qualité et un peu plus de subtilité dans les traductions.

Par Benoit Van den Abeele - le 17 janvier 2007