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Test dvd

Taking Off

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 23 / 3 / 2011

Image

Carlotta nous offre l'une des rares éditions de ce film, toujours inédit en DVD aux Etats-Unis. Le master est parfaitement nettoyé, le transfert très bon et le niveau de détail tout à fait satisfaisant. Couleurs et contrastes sont à l'avenant et carlotta nous offre une nouvelle fois une édition de référence. On note simplement quelques défauts très passagers, comme une rayure qui s'installe un petit moment - mais n'est pas envahissante - et de petites instabilités d'image. Rien en tout cas qui vienne vraiment gêner notre confort de vision.

Son

La version originale est excellente, dynamique, claire, propre et détaillée. On la privilégiera à une version française qui elle manque de relief et de profondeur, et qui est parfois grésillante sur certaines voix. Les scènes chantées ou musicales (comme le concert d'Ike et Tina Turner) sont autant d'occasions de profiter de cette qualité sonore irréprochable.

Suppléments

Présentation du film par Luc Lagier (4'16). Le critique Luc Lagier (dont on ne louera jamais assez son travail sur Blow Up pour arte, émission qui allie intelligence, inventivité, pertinence du regard cinéphile et plaisir ludique) présente Taking Off comme étant à la croisée des chemins pour Forman, entre sa période tchèque et sa carrière hollywoodienne qui débutera vraiment quelques années plus tard avec Vol au-dessus d'un nid de coucou. Une présentation certes très courte, mais on sait Lagier très à l'aise dans les petits formats. C'est ici le cas une nouvelle fois, et notre critique parvient avec ce petit module à synthétiser les enjeux du film et à le replacer dans la carrière de son réalisateur et dans le paysage du cinéma américain de ce début des années 70.

Avant Taking-Off : Milos Forman en route pour l'Amérique (30mn, VO stf). Milos Forman raconte dans cet entretien passionnant ses premières années de cinéaste et comment il en est venu à tourner un film aux Etats-Unis. Il démarre en expliquant comment, tout jeune, par l'intermédiaire de son frère il tombe amoureux du show-business. Il poursuit en racontant ses études de cinéma, louant au passage l'excellence de l'enseignement reçu dans l'école du cinéma tchèque. En effet, écrivains et artistes, empêchés par le pouvoir de s'exprimer librement, devaient se tourner vers l'enseignement, comme Milan Kundera qui a ainsi été son professeur de littérature. Il évoque ensuite ses débuts de réalisateur et la Nouvelle Vague tchèque, jeune mouvement influencé en partie par les cinéastes français mais aussi et surtout par le néo-réalisme et le cinéma vérité. Lui et ses amis cinéastes entendaient alors réagir à un cinéma de propagande exsangue, sans ambition et complètement déconnecté de toute réalité sociale ou politique. Eux souhaitaient filmer le monde qui les entourait, la vie, les gens dans la rue, toutes choses que l'on retrouvera par ailleurs dans Taking Off. Forman raconte la genèse du film, son tournage et sa découverte du capitalisme à travers une anecdote vertigineuse : le film est un échec au box office mais la première séquence intéresse une agence qui lui demande de tourner une publicité. C'est ainsi que Forman reçoit enfin un salaire (il n'avait qu'une participation aux bénéfices sur le film) et découvre que si Taking Off a coûté 840 000 dollars, la pub pour RC qu'il réalise bénéficie quant à elle d'un budget d'un million !

Deux européens à New York (16mn). Jean-Claude Carrière raconte sa rencontre avec Milos Forman puis, des années plus tard, comment le cinéaste le contacte alors qu'il est au Mexique avec Bunuel, lui demandant de le rejoindre à New York pour écrire ensemble un film. Ils prennent de plein fouet les mouvements contestataires, sont un peu perdus, emportés par la vague. Ils reviennent en France et tombent en plein mai 68, Forman ne comprennant pas comment la jeunesse peut brandir le drapeau rouge alors que ses compatriotes tchèques se battent pour le faire tomber. Pourchassés par les révoltes et les contre-révoltes (les chars russes qui entrent dans Prague), les deux hommes ont bien du mal à écrire leur scénario. Carrière poursuit en racontant par le détail leur travail d'ethnologue qui petit à petit fait naître Taking Off, expliquant très clairement d'où vient le film et comment il s'inscrit dans l'oeuvre de Milos Forman. Un entretien passionnant - Carrière se révélant comme à son habitude précis et circonstancié - rendu d'autant plus agréable qu'il est porté par la voix posée et calme d'un conteur hors pair.
Par Olivier Bitoun - le 5 mars 2011