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Test dvd

Sholay

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 23 / 11 / 2005

Image

Tourné à l’origine en 1.33 : 1 correspondant au format "carré" classique, le film a ensuite été matté en Scope 2.35 : 1 à partir d‘une pellicule 70 mm, sans doute plus proche du 2.40, puis "pan et scanné" au format 1.37 pour son exploitation vidéo. Les sources sont discordantes à propos du format d’origine. Tantôt 1.33 : 1, tantôt 1:85 : 1, tantôt 2.35 : 1. Le 1.85 : 1 concerne surtout la copie B4U/Eros, avec deux bandes noires en haut et en bas, ajoutées au format carré d’origine. Celui du DEI est du 1.33 : 1. En clair, on a droit ici à la version "Scope" du film et donc adieu le Pan et Scan aux gestions difficiles des brumes et autres fumigènes, (re)bienvenue au format large ! Mais attention aussi car en contrepartie, l’œil va devoir s’adapter à ce nouveau ratio. Ce n’est plus du tout le même auquel nous avons affaire et on notera que des plans sont coupés en haut en bas de l‘image, recadrés pour rentrer dans le cadre Scope. On pourra aussi regretter que l’image accentue les chromatiques avec une impression de voir accolés des filtres qui adoucissent voire ternissent des scènes entières poussant les teintes vers le vert ou le jaune, l’image étant de plus légèrement étirée verticalement et coupant des éléments du décor à l‘arrière quand celui-ci est assez haut. A l’inverse du DEI qui proposait un cadre plus tanné, montrant des personnages parfois à la limite du bouffi, ici tout est horizontal, et l’on gagne en détails sur les côtés ce qu’on perd en horizontalité. La première vision est même rebutante en raison du très fort aspect pellicule qui ressort bien davantage que sur la copie DEI au rendu très vif au niveau des couleurs. La plupart des personnes qui découvriront le film le feront grâce au DVD Carlotta. Nul doute que les possesseurs des deux éditions tiqueront quant à ce choix d’avoir réduit l’éclat et la luminosité ambiantes. Le ratio du DEI était du 1.37 : 1 qui remplissait la surface de l'écran 16/9 en charcutant à droite et à gauche du cadre, ce qui explique désormais ce changement radical avec le présent pressage.

Outre la restauration du négatif, qui est vraisemblablement la même que pour la ressortie en salles à partir du 30 novembre 2005, le film dispose à présent d'un réajustement de la colorimétrie qui, au détriment d’un éclat certain des couleurs, rend celles-ci plus ternes mais avec un rendu pellicule plus juste, moins « délirant » et «explosif ». C’est un choix de retrouver l’image qu’ont connue les spectateurs en 1975 et non pas celle recadrée du DVD DEI par la suite sur notre support préféré. C’est une perte pour un gain. De même l’effet « combing » a disparu, ce dernier étant tout fait désagréable au profit d’en encodage davantage maîtrisé. Outre la stabilité de l’arrière-plan et du télécinéma, la définition est souvent bonne pour un film de cet âge, et l’on distingue sans mal la pigmentation de la peau des acteurs sur certains gros plans. Tout à été fait pour que la granulation de certains passages soit adoucie, sans toutefois la rendre trop lisse. Certains plans, délicats, restent abîmés, avec des rayures noires verticales à gauche de l’image (vers 1h12'15s du DVD 2 puis 1h18' toujours sur le même disque), quelques artefacts de compression et autres taches, visibles sur les plans de ciel bleu, ou lors de certaines transitions ne sont pas grand chose devant la satisfaction apportée grâce à ce nouvel écrin. Attention toutefois, le film ne jouit pas d’une photo pouvant rivaliser avec certains westerns de John Ford. Si on le compare à La Prisonnière du désert, l’avantage ira sur tous les plans à ce dernier, d’une vivacité de couleurs et d’une perfection de cadre que ne possèdent pas Sholay. L’image de ce dernier pourra paraître fade aux amoureux des Technicolor flamboyants. Au regard de l’œuvre en question, elle est satisfaisante. Au final, un ajustement du cadre pour un film paraissant retrouver une seconde jeunesse dont il avait besoin. Les sous-titres sont très agréables à lire, sans aucune faute ou décalage (ce qui n’était pas le cas tout le temps sur le zone 2 indien) et incrustés dans la bande noire du bas. On peut aussi imputer cela au partage du film sur deux disques, d’une durée de 1h41’46s et 1h27’58s pour la première et la seconde partie.

Son

L’unique piste hindi en Dolby Stéréo 2.0 est bien moins percutante que son homologue du disque DEI qui, quant à lui, proposait un 5.1 plus gonflé mais un brin artificiel. Elle a le mérite d’être claire dans la restitution des dialogues, mais la dynamique est faiblarde que ce soit lors des discussions comme lors des séquences chantées, ce qui poussera à augmenter le volume. Mais c’est toujours préférable à un horrible remix de la bande-originale en Arkamys et autres procédés qui gonflent de façon très artificielle le rendu sonore en arrivant à un résultat inverse et bien pire, l’écho. On constatera aussi et c’est une bonne nouvelle, que le souffle constamment présent et que les "trous" sonores qui dénaturaient à intervalle régulier en provoquant des scratchessur la bande-son du DVD Eros Entertainment DEI ont disparu, ou du moins ont été nettoyés, même s‘il y a une légère saturation lors de Yeh Dosti, mais rien de scandaleux. Il demeure bien plus agréable à l’écoute. Pas de doublage VF et pour cause il n’en existe pas et la musique, si elle est uniquement relayée par les deux voies stéréo avant, possède une clarté appréciable sans atteindre la démonstration technique. Ce n’est pas son but, et le choix du respect du mixage d’origine est le meilleur, même si un Dolby Prologic n‘aurait pas été de refus.

Suppléments

Trois éditions différentes sont proposées. La première est celle de Sholay seul sur deux DVD, le film étant reparti sur deux disques pour optimiser la compression, chose logique quand on voit que la durée dépasse les trois heures. La seconde est celle de Sholay et New York Masala lui aussi sur deux disques, et dans ce cas de figure c’est quatre DVD auxquels nous avons droit. Enfin, New York Masala peut aussi être acheté à l’unité. Ce qui permettra à celles et ceux qui ne veulent que se procurer le film de Ramesh Sippy de pouvoir le faire, ce qui n’était pas le cas pour Andaz/Mangala où l‘un des deux titres n‘était pas disponible à la vente seule.

Comme c’était le cas lorsque nous évoquions Andaz/Mangala vendu avec Kuch Kuch Hota Hai, deux petits mots sur New York Masala, film de Nikhil Advani, co-réalisé par Karan Johar, puisqu’il a tout supervisé de l’écriture à la production jusqu’à la mise en scène. Un film très beau et très moderne, situant des NRI (Non Residents Indians) à New York, ville cosmopolite par excellence, dans lequel un cercle d’amis soudés va être soudainement confronté à la maladie de l’un des leur, tout en continuant à vivre au jour le jour. Film optimiste malgré sa relative gravité, il permet de donner des rôles en or à ShahRukh Khan, Saïf Ali Khan et Preity Zinta. Nous n’irons, époque oblige pas plus loin en terme de commentaire, mais en ce qui concerne l’édition c’est du tout bon. Oubliée la tessiture un peu forcée de l’image de Kuch Kuch Hota Hai et ses plans trop numériques ; ici, malgré l’indication Nouveau master restauré qui suscite l‘inquiétude pour un film aussi récent, c’est bien l’image que l’on a pu voir en salles, laissant de côté l’effet « arc-en-ciel » sur les contours des visages, qui resplendit dans tous ses éclats et dégradés de couleurs, à n’en jeter qu’un œil sur Maahi Ve. De même, les noirs sont abyssaux et la définition ciselée au-delà de l’excellence, et le film encodé en 16/9 permettra aux possesseurs de grand écran de jouir d‘un spectacle visuel constant. Même topo pour le son, le caisson de graves frissonnera dès que Pretty Woman sera entamé et le film devient alors un véritable disque de démo avec une répartition idéale des effets. Vous serez en boîte à domicile pour profiter à fond de It’s time to disco. Pour les suppléments, le making of est bien sympathique, ainsi que les scènes coupées d’une durée de trente cinq minutes qui, ajoutées en seamless branching, porteraient la durée à 3h35. On a aussi droit aux répétitions des chorégraphies par Farah Khan, sur celle d’It’s time to disco en particulier. Un document brut issu de rushes au caméscope très instructif.

Carlotta soigne ses coffrets et ses DVD en général, et ce dernier n’échappe pas à la règle du point de vue éditorial, même si certains fans et fidèles de l’éditeur auront eu du mal à se remettre de la présentation de certains classiques américains sortis dernièrement comme Infidèlement vôtre. Mais ici, on ne peut pas faire de véritable reproche à ce niveau, l’éditeur ayant eu la bonne idée de reprendre les couleurs oranges et terreuses d’une des affiches d’exploitation à sa sortie en 1975, avec l’accroche « The greatest story ever told ! » (La plus grande histoire jamais contée) et la mention 70 mm. Certains en riront, d’autres apprécieront cette volonté de respecter l’œuvre initiale. Nous avons également droit à une belle animation via un menu d’accueil bien dans l’esprit de camaraderie du film. Les menus sont animés et musicaux.

Note importante avec gros spoiler à lire une fois le film vu : la durée présentée ici affiche 189 min, soit environ dix minutes de moins, générique compris, que la version director’s cut d’une durée quant à elle de 200 minutes environ. Les coupes touchent pour l’essentiel les dialogues. Ne crions donc pas trop vite au scandale de la part de Carlotta, l’œuvre garde son sens intact. Les principales différences, si ce n’est LA principale, se situe au niveau de la fin en elle-même complètement différente d’une version à l’autre. Dans l’une, c’est-à-dire le DVD Carlotta, Thakur est sur le point de tuer Gabbar de ses propres mains lorsqu’intervient la police à 1h24’20s sur le disque 2, ce qui n’est pas du tout le cas pour le DVD DEI, où Thakur va jusqu’au bout, séquence où il l’achève et qui se situe à 3h18’ sur le disque indien. Dernière précision pour les puristes : nous avons le droit sur le DVD DEI à l’écran The End original à 3h24’50s.

Le DVD DEI est à ce jour le seul proposant la version intégrale du film qui inclut la fin d’origine qui a été refaite suite à l‘intervention du gouvernement, fait explicité plus haut. Pour celles et ceux qui tiennent à avoir les deux versions du film (une poignée de fans irréductibles), il reste l’alternative la plus simple : acheter le Z2 anglais trouvable dans les boutiques spécialisées pour quelques Euros en sus de cette version présentée et incomplète. Ce qui reviendra au prix d’un DVD collector neuf. C’est l'une des meilleures, sinon la meilleure, solutions. Dommage donc de ne pas avoir cette fin en scène coupée, il aurait été facile de la visionner ainsi et de constater la différence de traitement d’une séquence à une autre et son impact sur le reste du long métrage. Soyons cependant clairs pour ne pas donner une image qui n’est pas celle correspondante au DVD. Le film est respecté dans ses grandes lignes et le combat en moins rajoute un côté « too much » que ne renieront pas les amateurs du genre mais aurait aussi la capacité d’en faire rire plus d’un. Carlotta n’a pas charcuté l’œuvre de Sippy, elle est retranscrite avec fidélité, d’ailleurs on ne peut que souligner l’apport des sous-titres intégraux lors des chansons, qui n’étaient pas présents sur le DVD DEI. Pour la durée qui pourrait paraître tout de même un critère essentiel dans l’appréciation du film et la différence entre les deux formats, précisons que le signal vidéo n’est pas le même. Celui du DEI est en NTSC, le DVD Carlotta en PAL.

Les bonus du film :

On trouve un petit dépliant informatif dans les tons du film, qui revient sur le contexte et donne quelques pistes quant à la formidable destinée du plus gros blockbuster hindi des années 70.

Outre la bande-annonce restaurée, et VOSTF, qui présente toutes les péripéties du film, cette section nous propose deux bonus inédits dans nos contrées, et même absents de l’édition DEI, à savoir, tout d’abord un portrait d’Amitabh Bachchan, intitulé Follow the star (52 min) qui nous montre l’acteur dans ses préparations sur les tournages de ses amis réalisateurs, qui interviennent pour donner leur point de vue et discuter de la façon dont ils le dirigent. L’acteur, très élancé, aux bras gigantesques et au regard profond, parle d’une voix très posée, délicate, d’une gravité presque solennelle lui conférant un aspect vénérable et un charisme monstrueux. De nature peu commode, souvent peu souriant, il paraît de prime abord irascible et intouchable. Or, c’est un homme modeste, se remettant en question, séparant la vie professionnelle de la vie amoureuse ainsi que familiale qui nous est présenté, avec ses hauts et ses bas, voire de très grands bas avec le récit de son terrible accident qui failli l’emporter il y a quinze ans. On le voit sur un plateau faire la mou, bouder son réal ou au contraire être plus ouvert, discuter de sa gestuelle, de sa façon de placer sa voix et de se mouvoir face à la caméra. On le sent souvent exalté par son métier, généreux, donnant ce qu’il faut au moment de la prise. Se concentrant sur les années 80, le doc a un avantage et un inconvénient. L’avantage c’est d’avoir offert ce document rare afin de se familiariser avec le monstre sacré du cinéma indien contemporain, l’équivalent d’un Dilip Kumar des années 50-60, au moment où Amitabh a commencé sa carrière. L’inconvénient c’est que le doc est justement ancré dans la période la moins prestigieuse de l’acteur, qui enchaînait pas mal de films moyens voire de beaux nanars. Il aurait été intéressant de constater l’évolution de sa filmographie avant et après par d’autres extraits, car ce ne sont pas ici les plus glorieuses années qui nous sont présentées.

Le deuxième supplément est Magic Sippy (8 min) : une interview filmée très courte de 8 minutes qui fait parler l’un des principaux intéressés, le réalisateur lui-même, Rameshi Sippy, qui parle avant tout du succès historique fleuve de son film, le troisième à son actif en 1975. Il parle surtout de l’importance d’Amjar Khan dans le processus de bouche à oreille, et la façon dont il est devenu LE personnage du film. C’est un bon comme un mauvais point : certes sans lui Sholay ne serait pas Sholay, mais il arrive à l’acteur de cabotiner en étant parfois lourd.

Rajoutons enfin un mot sur le bonus qui pourra paraître pour certains anecdotique, voire un gadget, un Karaoké disponible pour quatre titres et non pas les six du film. Bien entendu, si nous n’avez jamais lu des transcriptions de l’hindi vers l’alphabet que nous utilisons tous les jours, ça n’a que peu voire pas d’intérêt. Par contre, pour les fans, visés avant tout, fredonner ou reprendre en cœur Yeah Dosti est des plus sympathiques, devant sa télé seul, ou mieux entre ami(e)s.

Voilà donc une édition très soignée d’un point de vue éditorial, regroupant des documents intéressants à visionner, un visuel de jaquette fidèle et dans les tons adéquats, respectueux des affiches originales, une fois bien sûr l’œuvre regardée, pour ne gâcher aucune surprise. Mais pour avoir Sholay dans sa version à priori définitive, il faudra posséder les deux DVD : DEI et Carlotta.
Par Jordan White - le 16 novembre 2005