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Test dvd

Rodan

DVD - Région 2
Studio Canal
Parution : 7 / 11 / 2001

Image

La copie présentée est en état très moyen : "brûlures de cigarettes", rayures. Le master comporte de nombreuses poussières blanches. Le format standard original est respecté. Par ailleurs, si les couleurs sont parfois magnifiquement respectées (le générique et la fin notamment) d’autres séquences sont colorimétriquement médiocres : les scènes minières, par exemple. La définition du master est quelconque. Il n’y pas de gain réel, concernant la qualité d’image de ce DVD, par rapport à celle de la version américaine éditée en VHS SECAM vers 1980-1985 par American Vidéo et Moonlight Vidéo en version française d’époque. C’est dire notre déception.

Son

En raison de contraintes liées à la technique numérique d’encodage et aussi de problèmes de disponibilité auprès de l’ayant droit, Canal + ne présente ici que la v.o.s.t.f. sans v.f. C’est dommage pour la connaissance historique du film. En effet, la v.f. reproduisait le montage de la version américaine : elle contenait un pré-générique composé de stock-shots d’explosions atomiques et d’un commentaire scientifico-apocalyptique se concluant par : « Quelle engeance résultera d’une si monstrueuse semence ? C’est ce que nous allons vous montrer ». Elle modifiait même parfois le scénario original en accentuant certains aspects seulement suggérés dans la version originale (le couple Shigeru et Kyo disaient leur tristesse en voyant mourir les deux Rodan !). Bien entendu, il n’y a pas de miracle à espérer du son mono mais le report numérique en est relativement médiocre. La balance entre les dialogues, les effets, la musique est terne. On entend mal la musique d’Ikukube, il est vrai moins présente que dans d’autres titres. Les effets (explosions et détonations) sont ce qui ressort le plus. Certains pourront s’en réjouir (les enfants notamment).

Suppléments

Le menu principal est divisé en 4 parties :

1 ) Film : pour voir le film immédiatement

2 ) Filmographies : contient celles de Honda, de l’acteur Kenji Sahara, de l’actrice Yumi Shirakawa (qui tourna pour Ozu), de l’acteur Hakihito Hirata (dont le prénom est parfois orthographié sans "H" initial dans les fiches techniques parues en langue française). Sur fond d’images de Rodan en sépia, parfois retouchées ou stylisées, ces listings procurent l’année, le titre japonais original et sa traduction française, parfois un titre anglais. On peut leur reprocher de ne pas être illustrées par un fond montrant une photographie de l’artiste dont elles énumèrent les films ! La progression d’une page à l’autre n’est pas évidente : il faut tâtonner avant de comprendre enfin comment s’y prendre : appuyez sur le rond jaune situé à droite de « menu », en bas de l’écran, pour « tourner la page » et lire la suite. Et appuyez sur le rond situé à gauche de « menu » pour remonter d’une page. Si vous cliquez sur « filmographies », vous pouvez changer de filmographie. Pénible et énervant : on aurait préféré des icônes en forme de flèches, par exemple… ou, mieux encore, les mentions "pages suivantes" et "page précédente".

2 ) Chapitrage : le film est divisé en 10 chapitres (2x4, 2x4 et 1x2 écrans animés et titrés sur un fond coloré fixe).

4 ) Suppléments :

Présentation du film par J.-P. Dionnet (3’) : brève introduction, débitée à un rythme accéléré (pour ne pas dire infernal) et de ce fait, comme toujours, pénible à écouter. Elle est remplie d’informations utiles et permet de bien situer le film dans la carrière du réalisateur. Mais on aurait préféré voir des affiches et des photos illustrant ces propos plutôt que le présentateur, filmé en un seul plan demi-rapproché. Attention, pour ceux qui veulent y échapper : il faut, une fois le DVD placé dans votre lecteur, aller volontairement dans menu et choisir film car sinon, vous n’y couperez pas !

Interview de Nicolas Saada (21’ à peu près en plan demi-rapproché) : réalisée par l’équipe de Dionnet, elle est riche. Le journaliste des Cahiers du cinéma a la sympathique volonté de vouloir rendre justice au cinéaste : il le considère comme un des grands cinéastes de la peur (individuelle comme collective) et analyse avec pertinence le rapport dialectique entre réalisme et onirisme chez Honda. Il tient à situer celui-ci à sa juste place dans l’histoire du cinéma mondial : une place rien moins qu’importante. Il rappelle qu’on le connaît en France encore assez mal car l’on n’a pas vu ses films de guerre, ses films d’aventure et aussi qu’il a travaillé avec Kurosawa et Naruse. Il émet l’idée discutable que la musique d’Ifukube lors des scènes militaires est « ironique », que Honda n’était pas « réactionnaire » comme on l’a parfois écrit, qu’il a une sensibilité néo-réaliste. Sa peinture juste et sensible du petit peuple des pêcheurs (Godzilla) ou des mineurs (Rodan) en témoigne et aussi le fait que les militaires soient constamment bafoués par les monstres (notons cependant que dans Rodan, les militaires viennent à bout des monstres en bombardant le volcan qui les abrite, ce qui déclenche une éruption qui les brûle : le triomphe de l’homme provient ici d’une "alliance" entre la technique et la nature). Il admire le talent qu’a Honda de décrire en quelques plans une communauté, une relation sociale, de « planter le décor » avec clarté et brièveté (c’est la caractéristique des réalisateurs de l’époque, formés souvent par le documentaire et éventuellement le reportage de guerre : après tout Georges Sadoul admirait les films réalistes japonais des années 1950-1955). Il met en lumière l’ambivalence du rapport de Honda à la nature : source de catastrophe (Hiroshima est la matrice évidente de son œuvre fantastique) lorsqu’elle est « violée » ou « manipulée » mais aussi source de plaisir élégiaque, d’harmonie que le metteur en scène sait peindre avec bonheur dans la grande tradition de la peinture japonaise classique.
Il analyse ensuite le travail (qu’il compare à celui du Titanic réalisé par James Cameron) de Honda sur les rapports de changement d’échelle et de taille des monstres par rapport au décor et aux personnages humains. Leurs variations permanentes sont élevées par Honda au niveau d’une figure rhétorique de style avec laquelle il joue consciemment et dont il sait faire naître une magie perpétuelle, que seul un art optique comme le cinéma pouvait obtenir. Il analyse de ce point de vue avec justesse le rapport des "larves" et du premier Rodan qui les dévore. Il estime Honda supérieur aux cinéastes américains contemporains travaillant dans le même genre, Gordon Douglas mis à part en raison de Them ! (Des monstres attaquent la ville, USA 1954). Il rappelle enfin l’une des raisons du succès des films de Honda : chacun de nous éprouve une telle pulsion de destruction lorsqu’il est enfant. Mettant en scène cette pulsion, Honda en appelle ainsi à l’enfance de chacun d’entre nous.

Notes de production : ce sont des textes écrits sur un fond coloré contenant des informations succinctes sur la biographie de Honda et ses collaborateurs, sur Rodan, sur le genre japonais du "kaiju eiga", etc. On y confirme que Honda travailla sur Chien enragé (le titre français du film s’orthographie au singulier, soit dit en passant !) de Kurosawa (1949) par exemple, que Jun Fukuda fut assistant de Honda, que Kimara fut son scénariste favori, que Rodan pulvérisa les records de recettes lors de sa sortie aux U.S.A. en décembre 1956, qu’il fut le premier Honda fantastique tourné en couleur, etc.

Par Francis Moury - le 19 décembre 2004

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