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Test dvd

Pulsions

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 21 / 11 / 2012

Image

Après la vision du film sur cette édition, on peut raisonnablement penser que la technologie DVD a été exploitée à son maximum. En premier lieu, le respect de la photographie originale (pas facile à reproduire avec sa texture tamisée et ses effets de lumière douce) est de mise, ce qui fait toujours plaisir. La propreté du master est quasiment irréprochable, on ne va pas ergoter pour de très rares tâches. La compression numérique a été réalisée avec grand soin, c'est un excellent point, et l'on ne trouve pas de traces d'un traitement DNR destructeur. Ainsi, le grain d'origine de la pellicule est bel et bien présent. Le piqué de l'image est également à saluer grâce à une définition homogène et de qualité (conformément au rendu éthéré du film, cela dit, et heureusement) ; même si l'on notera quelquefois un usage du Edge Enhancement mais peu prononcé. Les contrastes sont très satisfaisants, laissant voir des détails dans le noir. En comparaison avec le DVD MGM zone 1 (l'édition spéciale datant de 2001), qui avait d'ailleurs une colorimétrie plus chaude, Carlotta s'en sort haut la main en fournissant un résultat sensiblement meilleur sur tous les aspects (le DVD MGM était moins bien défini, avait une compression plus visible et des contrastes très poussés). Les possesseurs de lecteur Blu-ray choisiront logiquement l'édition HD, mais en l'état ce DVD est une réussite.

Son

Carlotta a eu la bonne idée de conserver la piste originale mono, de quoi satisfaire les puristes en la matière. Cette bande-son ne présente aucun défaut particulier, elle se révèle claire et bien étagée, chaleureuse et précise, avec un mixage agençant parfaitement les ambiances, les voix et la musique pour un rendu mono de très bon niveau. La piste sonore française est également proposée en mono ; elle a des qualités équivalentes à son homologue américaine mais avec néanmoins des ambiances mixées bien plus bas, des voix comme très souvent portées en avant et présentant moins de profondeur. Mais la "couleur" générale - avec la musique - est de nature assez proche. Enfin, l'éditeur a placé une version originale mixée en 5.1 : excellente nouvelle, cette piste offre un bon rendu et ne trahit jamais l'œuvre sonore originale. Nous avons affaire à une spatialisation agréable (mais maintenue sur l'avant du spectre), qui profite essentiellement à la musique de Pino Donaggio. On a donc une piste enveloppante - heureusement jamais superficielle - qui met bien en valeur les différents aspects de la bande-son, équivalents à la version mono originale.

Suppléments

L'ensemble des suppléments présents dans les éditions DVD et Blu-ray de Pulsions a été créé par l'éditeur en association avec une compagnie allemande. Ainsi les quatre documentaires (consacrés à George Litto, Angie Dickinson, Nancy Allen et Keith Gordon) sont produits par Carlotta Films (Paris) et Fiction Factory (Munich). Il est seulement dommage que cette nouvelle édition ne comporte pas le making of de 44 minutes réalisé en 2001 par Laurent Bouzereau (on imagine que la raison en est une question de droits, ou bien une volonté de l'éditeur de s'afficher comme totalement indépendant en proposant des suppléments entièrement inédits). Cela dit, de nombreuses informations présentes dans le making of américain se retrouvent disséminées dans les entretiens suivants.

DVD 1

Préface de Samuel Blumenfeld (8 min - 16/9 - DD mono 2.0)
L'introduction à Pulsions a été confiée à Samuel Blumenfeld, journaliste, critique de cinéma et également co-auteur avec Laurent Vachaud de l'indispensable Brian De Palma - Entretiens paru en septembre 2001. Blumenfeld évoque la genèse du film alors que la carrière de Brian De Palma est en plein essor après deux grands succès (Carrie et Furie), l'importance du casting (Angie Dickinson et Michael Caine) et fait bien de rappeler que Pulsions contient bon nombre d'éléments autobiographiques (la drague dans les musées, la session de psychanalyse, l'adolescent nerd) qui démontrent que ce nouveau thriller est un projet bien plus personnel qu'il n'y paraît.

Pulsions en trois versions (5 mn - 4/3 - D mono 2.0)
Au moyen de plusieurs extraits de films, ce module très intéressant effectue un comparatif entre plusieurs versions du film concernant quelques séquences clés : la scène de la douche (le cadre est coupé en deux pour visualiser les différences entre la version intégrale - unrated - et la version censurée - rated - puis la version pour la télévision en plein cadre), la scène de l'ascenseur et celle du cauchemar de Nancy Allen avec les mêmes procédés de comparaison. Sont expurgés des version coupées (et surtout des versions télés) les quelques plans gore et les plans du pubis sous la douche... Enfin nous sont montrés quelques bouts de dialogues coupés de la version censurée.

Bande-annonce (2 min - 16/9 - DD mono 2.0)
Le film-annonce de Pulsions est relativement en bon état, malgré quelques points blancs et autre saletés, et ce même s'il présente un grain vidéo assez prononcé.

DVD 2

Symphonie de la peur (17 mn - 16/9 - DD mono 2.0 - VOST)
Ce documentaire est consacré au producteur George Litto. Dans cet entretien, ce dernier revient sur son passé d'agent artistique, sa rencontre avec Brian De Palma et principalement, bien entendu, sur la genèse et la fabrication de Pulsions : la production avec Samuel Z. Arkoff d'AIP, le tournage avec de nombreuses anecdotes (la scène de la douche, l'organisation pour filmer dans un musée, etc.) les méthodes de travail du cinéaste. Litto, particulièrement fier des films qu'il a produits, nous fait part de sa conception du PulsionsUne symphonie de la peur et de l'horreur ») et aborde la censure à laquelle De Palma et lui-même ont dû légèrement se plier. Il en ressort de cette interview un portrait en creux très sympathique de George Litto, qui apparaît comme un être chaleureux, débrouillard, drôle et très communicatif.

La femme en blanc (28 min 39 - 16/9 - DD mono 2.0 - VOST)
L'actrice Angie Dickinson (82 ans aujourd'hui) est à son tour questionnée sur Pulsions, un film qu'elle chérit tout particulièrement. Avec beaucoup d'humour, une certaine distance et un brin de naïveté, elle revient sur l'aventure du tournage : la rencontre avec De Palma, sa réaction devant sa célèbre scène de la douche (qui a nécessité une doublure pour les gros plans osés), sa relation avec les autres comédiens (le facétieux mais très généreux Michael Caine, Nancy Allen et Keith Gordon), la séquence du musée puis la scène de sexe dans le taxi avec ses contraintes techniques, le plan séquence de la chambre, la scène de l'ascenseur avec ses trucages (tournée à la fois dans un immeuble et en studio), sa mort frappante à l'écran. Elle évoque aussi le style de Brian De Palma, son investissement, et précise que c'est elle-même qui a choisi d'être vêtue en blanc pour l'occasion. Pour Angie Dickinson, le rôle de Kate Miller restera sa meilleure performance et c'est non sans avec une réelle tendresse que l'on regarde parler cette femme âgée souriante, celle qui fut la jolie et pimpante Feathers de Rio Bravo, la forte Ruby Calder de La Poursuite impitoyable et Chris, la femme fatale du Point de non retour...

La femme en violet (22 min - 16/9 - DD mono 2.0)
Nancy Allen participe également à l'évocation des souvenirs de tournage du film. Etant alors l'épouse de Brian De Palma, elle a assisté de près à l'écriture et à l'élaboration de Pulsions. La comédienne raconte sa rencontre avec De Palma sur Carrie, leur étroite collaboration, évoque le style du cinéaste (et la comparaison évoquée avec le cinéma de Dario Argento), sa relation à son personnage de prostituée, l'importance de la costumière Anne Roth, sa relation de travail avec Keith Gordon. Différentes séquences fortes du femmes sont abordées, avec son propre point de vue d'actrice et de femme du cinéaste (notamment la séquences de l'ascenseur, la scène où elle effectue un strip-tease, son cauchemar sanglant). Elle aborde enfin le fond du film, la censure, les polémiques et la violence faite aux femmes. A 62 ans, l'actrice semble avoir gardé la fraîcheur, la vivacité et la liberté d'esprit de ses jeunes années de comédienne, ce qui n'est sûrement pas pour nous déplaire.

Une leçon de cinéma (29 min 30 - 16/9 - DD mono 2.0)
L'interview de Keith Gordon clôt cette section des suppléments. C'est ici, avec l'acteur devenu réalisateur, que l'on approchera au plus près de l'analyse du film. Pour Gordon, Pulsions marque une date dans le cinéma mainstream pour avoir repoussé les limites de la violence à l'écran. Il s'est intéressé à la mise en scène pendant le tournage (après avoir déjà noué une bonne relation avec Brian De Palma sur Home Movies, leur première collaboration l'année précédente). Gordon se plaît à analyser le style du cinéaste, évoque sa méticulosité (De Palma avait le montage dans sa tête), sa préparation précise mais aussi la liberté qu'il pouvait laisser aux acteurs en dehors des scènes d'action et de suspense ; pour lui, chaque scène est abordée par De Palma comme un film à part entière (sa vision de la scène inaugurale de la douche est celle d'un fantasme onirique). Sa collaboration avec les autres comédiens est aussi évoquée mais l'on sent que Keith Gordon a beaucoup plus de choses à dire sur Brian De Palma et son cinéma. Au sujet de Pulsions, il réfute la supposée misogynie du film et défend le style original du cinéaste face à l'inévitable influence hitchcockienne. Supplément le plus instructif de cette édition, Une leçon de cinéma nous permet de revoir et d'écouter avec plaisir un artiste très sympathique qui poursuit son petit bonhomme de chemin à Hollywood entre films indépendants (Le Fantôme de Sarah Williams, The Singing Detective) et séries télés (Dexter, The Killing).

Par Ronny Chester - le 15 décembre 2012