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Test dvd

Oeil pour oeil

DVD - Région 2
Antartic Video
Parution : 30 / 6 / 2005

Image

Hormis quelques plans abîmés par des tâches et poussières que l’on mettra sur le compte des années (le film date de 1978), l’image offre un rendu presque maximal si on tient compte qu’il propose en sus du format respecté en 1.85:1, un transfert 16/9 d’après le négatif original 35 mm. Le contraste et les couleurs sont naturels, la compression est aussi soignée, on remarque quelque plans granuleux mais rien qui choque l’œil ou rende le film pénible à visionner. Un presque sans faute, si ce n’est que le transfert anamorphosé rogne un peu d’image en bas.

Son

Là en revanche, le bât blesse. Si l’on comprend et l’on est ravi de trouver deux pistes au mixage d’origine en mono, quel autre intérêt que celui qui nous apparaît comme étant strictement publicitaire que de proposer l’écoute de la piste 5.1 et surtout DTS ? Ce n’est sûrement pas pour mettre en avant les dialogues déjà clairs et audibles ou pour nettoyer un souffle qui aurait été gênant, encore moins pour assurer l’ambiance musicale par une répartition équilibrée sur les différents canaux, on rappellera qu’il n’y en a pas dans le film. Si le mixage stéréo est tout à fait plaisant malgré un manque total de punch, que dire de l’inintérêt d’une piste DTS au rendu identique, sans la moindre différence ou subtilité ? Le jonglage entre les pistes à la volée, le confirme, il doit y avoir une très légère ouverture sur les canaux arrière lors du passage d’un camion, mais rien de très significatif. Mais rien que pour la présence de cette piste originale, ne faisons pas la fine bouche et soyons déjà satisfaits qu’elle soit présente. Le DTS est une option en quelque sorte.
NB : le visuel présenté est celui de l'édition Elite Entertainment, jumelle de la version Antartic Video.

Suppléments

Un menu d’accueil sonore et animé nous plonge dans l’ambiance sans perdre une seule seconde à coups de tonnerre et de bruitages intrigants, sources d’eau, éclairs, cris de la fille etc.… Il dévoile une tombe et la forêt ou comment replacer deux des éléments essentiels du film.

Antartic Video a eu l’intelligence de reprendre le visuel original et très fort du film tel qu’il était sorti en VHS puis sur l‘édition Zone All d‘Elite Entertainment. La violence même de l’image, et son propos résumé en un seul plan provoque déjà un certain malaise et sans avoir vu le film on sait qu’il faut s’attendre au pire. La jaquette crée de l’appréhension avant même de savoir de quoi il en retourne exactement ! C’est ce genre d’efficacité graphique qui a fait la force des films de l’époque, au même titre que Massacre à la tronçonneuse. Une initiative qui devrait être reprise par tous les éditeurs lorsqu’ils possèdent le visuel original des films au lieu de refaire des visuels souvent ratés ou hideux dans le pire des cas, et qui ne leur rendent pas justice.

Pour ce qui est des bonus en eux-mêmes et bien c’est l’exact réplique du Elite, les sous-titres français en plus. Outre des BA en bon nombre en VO sous-titrées (en français pour la première, puis en espagnol !) légèrement abîmées ( taches et griffures, drops, couleurs délavées, etc..) et Spots télés ainsi que Spot radios, on aura le plaisir de découvrir Les affiches d’époque, dont celles réservées aux USA, et une concernant la sortie VHS Pal en France et titrée Œil pour Œil, ainsi qu’un document Pressbook, qu’on ne peut malheureusement pas consulter, ce qui aurait été génial mais enfin il ne faut pas s’en plaindre, on sait qu’il existe bel et bien.

Le bonus majeur est le Commentaire audio du réalisateur en VOSTF, ce qui est une idée lumineuse. Le réalisateur parle avec une voix douce et posée, agréable à l’écoute et marquée d’un très fort accent, nous contant pas mal d’anecdotes sur le tournage et la façon dont il a dirigé son héroïne. Dès le générique de début on est en terrain connu : le réalisateur retrace la perception du film par les spectateurs et la critique. Les réactions assassines de certaines personnes à la sortie sont évoquées. « Film irresponsable », « Incitation au viol », « Film pour pervers et sadiques ». On en passe et des meilleurs. Comme tout film à polémique, il a reçu les quolibets comme les témoignages d’encouragements voire de félicitations. En écoutant la sincérité absolue de Meir Zarchi et devant l’œuvre visionnée (et non pas les « on dit que », « il paraît que ») on a d’autant plus envie de défendre un film qui effectivement assume son côté féministe. Les anecdotes, riches, fusent de toutes parts et Meir Zarchi a beaucoup de choses à dire. I Spit… est avant tout un film de famille, la maison a été louée à son ami Yuri Haviv, chef opérateur, et le réalisateur met cela très bien en avant en plus du côté débrouillardise. Il évoque le casting, ses choix initiaux, et comment le projet est né, une écriture qui s’est faite alors qu’il prenait le métro pour se rendre à son bureau sur Time Square. Sa femme retapait ensuite ses notes à la machine à écrire. Une belle idée de coopération ! Le commentaire est si riche qu’on a des infos sur le moindre détail. On apprend ainsi que le réalisateur qui après avoir instauré un climat de confiance avec ses acteurs, avait tout de même peur pour son actrice principale, et se demandait si elle tiendrait le coup physiquement et émotionnellement. Il est vrai qu’il est dur de sortir indemne d’un tel rôle, mais le but n’était pas de la faire souffrir pour la faire souffrir et de prendre aussi conscience qu’elle avait son mot à dire sur les scènes les plus dures (anecdote sur le lac, les moustiques et les serpents qui traînaient dans le coin et menaçaient de piquer à tout instant). Le metteur en scène nous livre ensuite un des plus gros morceaux à savoir la propre histoire qu’il a vécue, en se rendant à un poste de police alors qu’une femme avait été violée. Son amertume est palpable bien qu’il réfute l’idée que la police ne serve à rien. Au final un des commentaires les plus passionnants que le support nous ait offert.

En parallèle, le commentaire audio du critique de ciné est bien plus décalé, le type ayant une façon très particulière de commenter le film, à la façon d’une personne qui regarderait un rodéo. Il ne manque plus que les « ah ! » et les « yeah ! » pour terminer ses joutes. Car joutes il y a, et il insiste lui aussi sur plein de détails, mais quel intérêt de réécouter cela après l’application et le sérieux non dénué d’humour de Meir Zarchi. On a le droit à un joli spoiler en début de commentaire, il faut donc absolument l’écouter après. A force d’accentuer systématiquement ses fins de phrase avec une voix entre la pose et l’emportement, tout cela devient vite saoulant et l’envie d’user de la télécommande se fait ressentir. D’autant qu’il s’amuse souvent tout seul de ses « bons » mots. Après le quasi fascinant commentaire de Meir Zarchi, une question brûle les lèvres : quel intérêt d’écouter celui-ci ? Ce n’est même pas une question de choisir son camp : d’un côté Zarchi explique un bon nombre de choses sans jamais être désagréable à l’écoute, quand le critique nous pond des idées subjectives parfois incongrues ou pense avoir besoin de tout nous expliquer parfois plan par plan (quoique sa position sur le fait que ce soit Matthew qui se charge d‘aller poignarder Jennifer alors qu‘il n‘est pas la personne qui est la plus à même de le faire est juste). Ce qui n’a aucun intérêt ou presque.

Ne boudons pas notre plaisir pour cette édition qui nous réserve un traitement adéquat vis à vis de l’œuvre, et qui bien qu’étant un quasi copier-coller de l’édition Elite en zone 1, mérite l’acquisition pour saisir la portée de ce film qui au delà de son statut un peu paralysant de film estampillé culte a de nombreuses choses à dire et le fait bien.

Par Jordan White - le 15 octobre 2005

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