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Test dvd

Les Tueurs de la lune de miel

DVD - Région 2
EDV 1207
Parution : 17 / 4 / 2003

Image

16/9 compatible 4/3 (ce qui est bien) mais sur un DVD5 simple-couche (ce qui l’est moins) alors que l’édition Criterion sortie quasi-simultanément en juillet 2003 est un 1.85 widescreen (compatible 4/3 ? encodé 16/9 ?) DVD9 gravé sur deux couches. Le master du Criterion est en outre annoncé comme issu d’un transfert en haute définition : il faut voir. Mais puisqu’on ne l’a pas encore vu, pas de comparaison possible pour le moment. Ici la copie n’est pas dans un état parfait (mêmes défauts sur la copie en v.f. et celle en v.o. : de 32’08 à 32’15 par exemple on remarque les mêmes "brûlures de cigarettes", les mêmes poussières blanches) mais la compression comme la définition sont très honnêtes même si les noirs sont insuffisamment contrastés à notre goût. L’étui qui protège le boîtier et le boîtier ont une illustration identique, plus belle au goût de certains que la jaquette concurrente du Criterion : elle s’inspire en tout cas davantage de l’affiche originale du film que celle du Criterion. À noter que la VHS secam éditée en son temps par Hollywood Vidéo contenait une version française en beau format 1.85 compatible 4/3 d’une durée inférieure : 101’17’’.

Son

Correct. Dolby Digital Mono 2.0 pour la v.f. d’époque – d’ailleurs très bien faite et que nous vous recommandons de visionner sans regret si vous ne parlez pas anglais ou n’aimez pas les v.o.s.t.f. - et une v.o.s.t.f. : on a l’essentiel et tant pis pour Criterion qui a décidé, on ne saura jamais pour quelle raison (économique ou juridique ?) de négliger une fois pour toutes le public francophone en n’offrant pas de v.o.s.t.f. dans ses DVD. Remarquons cependant que la v.o. sans sous-titre n’est pas offerte. 

Suppléments

Biographies de Tony Lo Bianco, Shirley Stoler, Leonard Kastle :bien faites, très intéressantes en particulier celle de Kastle puisqu’on savait si peu de choses sur lui mis à part qu’il était compositeur d’opéra. On apprend ici – il le confirmera dans son entretien filmé – qu’il n’avait pas l’intention de réaliser le film après l’avoir écrit par fascination pour le fait-divers original. Il écrivait le scénario tout en composant un opéra sur les Mormons : incroyable mais vrai !

Filmographie de Tony Lo Bianco : il est le seul acteur du film à avoir eu une activité justifiant son établissement. La remarquable actrice Shirley Stoler a tourné quelques films mais a surtout fait carrière au théâtre et à la télévision. On retrouve donc les films qui ont provoqué notre admiration légitime pour ce grand acteur : French Connection (USA 1971) de William Friedkin, The Seven-Ups [Police puissance 7] (USA 1973) de Philip d’Antoni, God Told Me To / The Demon [Meurtres sous contrôles] (USA 1976) de Larry Cohen, etc.

Bande Annonce française : durée 2’25 en v.f. au même format que le film, donc plastiquement identique, d’époque plaquée sur celle d’origine. Elle est bonne et donne une excellente idée du film.

Interview de Leonard Kastle : durée 8’30 en 4/3. le morceau de choix. C’est semble-t-il un fragment d’un programme français nommé "Extérieur nuit" produit par Flach Films et qui s’interrompt assez brutalement car il était sans doute encadré d’autres choses sans rapport. Il a été réalisé par Roy Lekus vers 1980 si on a bien compris. Il est absolument extraordinaire dans la mesure où nombreux sont ceux qui découvriront pour la première fois le visage, le langage, la maison luxueuse et belle, la pensée énergique de ce réalisateur mythique dont nous ignorions pratiquement tout à commencer par sa conception personnelle de son film et l’histoire très précise de sa genèse. Ce document est indispensable et nous félicitons l’éditeur de l’avoir retrouvé. Il confirme l’intégrité morale et esthétique sans concession de Kastle. Il a voulu transcrire le réel en donnant sa vision absolue, totale des faits. Son scénario et sa continuité dialoguée étaient entièrement écrits en prenant pour base les minutes du procès qu’il consultait chaque matinée. En tentant d’en transcrire la vérité profonde. Il nous apprend un fait stupéfiant : Scorsese fut embauché par Steibel et lui durant une semaine mais ils ne s’entendirent pas et Kastle décida finalement de faire le film lui-même. Alors qu’il n’avait jamais touché une caméra de sa vie. Il lut des œuvres d’histoire et d’esthétique du cinéma pour comprendre ce qu’était la mise en scène. Et Steibel lui donna carte blanche. Le distributeur voulut remonter le film. Kastle s’y opposa catégoriquement. Il conclut fièrement : "Je n’ai pas fait de mauvais film après celui-ci."

Interview de Stéphane Bourgoin : durée 21’36 en 4/3 et un seul plan fixe, parlant debout devant ses livres sans fatigue apparente. Oscillant entre le criminologue italien Césare Lombroso et les récits du journal Détective, son discours est rôdé : intégrer le couple criminel (de 1947 à 1951) à la saga des serial-killers dont il fait son fond de commerce depuis un certain temps avec le succès médiatique que l’on sait. Cela dit, ses arguments d’intégration valent ce qu’ils valent. Qu’importe au fond ! En revanche, sa connaissance historique des faits est d’une précision passionnante dans la mesure où elle permet de prendre la mesure de l’immense travail de reconstitution mais aussi et surtout de modification opérée par Kastle par rapport aux modèles originaux. Il nous restitue une réalité sordide que Kastle a mise en forme et qui n’a plus la même apparence : à commencer par celle, physique, des acteurs si différents des personnages réels. La jalousie n’y a pas le même tempo. L’histoire de Martha (enfance martyre, viol, etc.) et de Ray avant leur rencontre est évacuée par le script. Le film, on le saisit absolument et aisément, est autre que le réel qui lui a donné naissance. Il n’a pas le même sens. Bourgoin est un bon historien du cinéma : il nous apprend l’existence de deux versions supplémentaires de l’histoire de Ray et Martha. Une fut tournée pour la firme Republic Pictures juste après les faits. L’autre en est plus lointainement inspirée puisque réalisée par l’intéressant Arturo Ripstein au Mexique, avec un décor et une fin sans aucun rapport avec les faits.

Galerie photos : une dizaine de documents dont l’affiche américaine, quelques photos d’exploitation françaises mais pas le jeu complet, quelques photos de plateau. Toujours très utile et significative documentation qu’on félicite l’éditeur d’avoir pris la peine de retrouver.

Version revue et corrigée en mars 2004
d’un test paru initialement en 2003 sur www.dvdrama.com puis www.cineastes.net

Par Francis Moury - le 10 mai 2004