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Test dvd

Les Rapaces

DVD - Région 2
Bach Films
Parution : 16 / 9 / 2013

Image

Depuis sa création, il y a 10 ans, Bach Films avait creusé un sillon éditorial quelque part dans les cinématographies de la marge, exhumant des films confidentiels, parfois exotiques, avec des qualités techniques souvent pour le moins contestables, comme nous l'avons déjà mentionné en ces pages. Avec cette sortie, courant septembre 2013, d'une vague de Grands classiques du cinéma muet (réunissant également La Foule de King Vidor, La Vampire de Frank Powell ou Le Vent de Victor Sjöström), l'éditeur s'engage du côté du "grand" cinéma de patrimoine (cela étant dit sans condescendance aucune pour le cinéma de séries B), étant ainsi le premier éditeur français à sortir en DVD le chef-d'oeuvre d'Erich von Stroheim, régulièrement cité parmi les oeuvres les plus importantes de l'histoire du cinéma.

Disons-le tout de go : le film n'a bénéficié d'aucune restauration, et il est livré dans une version brute, extrêmement abîmée et souvent mal définie. Ce n'est pas que le film soit irregardable, mais à l'époque de l'ultra-HD, évidemment, le choc est assez brutal, et les spectateurs les plus exigeants (ou ceux qui vidéo-projettent) risquent de trouver l'image particulièrement vilaine.

Sans vouloir prendre la défense de l'éditeur (DVDClassik et Bach Films ont par le passé eu de singuliers différends), cette édition pose néanmoins une question importante, presque de l'ordre de la "philosophie de l'édition", à laquelle chacun apportera sa propre réponse - souvent de façon tranchée : l'essentiel est-il l'existence du film sous support numérique ou la qualité de son édition ? Très clairement, Bach Films a, depuis sa création, choisi la première option, selon nous parfois jusqu'à l'excès. Mais dans le cas d'un film aussi important que Les Rapaces, la question mérite d'être remise en avant : comment se fait-il qu'aucun éditeur, mécène, fondation ou autre n'ait consacré le moindre effort à la restauration et à la diffusion d'un tel film, limitant l'offre (qui plus est aussi tard) à cette seule édition, techniquement médiocre mais qui possède au moins le mérite d'exister ?

Que ce soit clair : DVDClassik ne soutient pas la démarche éditoriale consistant à livrer le film dans un état aussi brut, qui plus est dans une édition possédant d'autres défauts majeurs (voir par ailleurs). Mais il faut aussi rappeler que le pire destin d'un film est de sombrer dans l'oubli, et que le fonctionnement actuel du marché de l'édition fait que si un film n'existe pas sous support numérique, il n'existe pas tout court... Au moins, il y a désormais une édition DVD des Rapaces : puisse-t-elle donner envie à d'autres d'accorder au film l'attention qu'il mérite.

Son

Cette édition n'offre aucun autre choix que celui de visionner le film avec la partition originale composée pour l'occasion par le groupe français Panama Hammer Jammers (comme cela avait déjà été fait pour l'édition de The Man from Beyond). Cette initiative, a priori plutôt louable, de confier à un groupe contemporain la création d'un accompagnement sonore nous aurait semblé indiscutable si une alternative (par exemple la partition de Carl Davis) avait été proposée au spectateur. Ce n'est pas le cas, et le risque est considérable que son ambiance électro-folk hypnotique désarçonne un certain nombre de spectateurs, d'autant qu'elle ne nous aura pas toujours semblé être parfaitement en adéquation avec l'atmosphère des séquences qu'elle accompagne.

Suppléments

Première remarque (d'importance) : la version proposée ici est celle en "10 bobines" (d'une durée de 125 minutes environ), et non la version "reconstruite" de 1999, intégrant un montage de photos des séquences coupées et approchant les 4 heures. Pour plus de détails sur ces différences, nous vous renvoyons à la chronique de François Massarelli sur notre site.

Concernant les suppléments, et pour revenir aux Panama Hammer Jammers, le premier bonus de cette édition est le CD de cette bande originale, ce qui a une conséquence inévitable sur le prix du coffret, proposé à un tarif initial de 29 €. Et si, vous l'avez compris, notre sévérité réelle sur l'aspect technique de cette édition se teinte d'une indulgence de circonstances, nous peinerons à enrober les choses sur ce point : à nos yeux - et si l'important était à ce point le film - peut-être fallait-il envisager deux éditions : ce coffret, conséquent, fourni en bonus, pour collectionneurs, mais également une édition standard, basique, avec un tarif beaucoup moins décourageant (quitte à ne pas en proposer d'accompagnement musical sur cette version). Ici, on a en quelque sorte l'impression que le film et la bande originale sont mis au même degré d'importance, ce qui - avec tout le respect que nous devons à la partition des Panama Hammer Jammers - n'est évidemment pas le cas.

Sur les deux DVD du coffret (par ailleurs un assez bel objet, sobre, sur lequel le nom de Bach Films est particulièrement discret), figurent d'autres compléments d'intérêts variables :

- sur le disque 1 (celui du film), la journaliste-documentariste-romancière Agnès Michaux se livre à une présentation assez complète (et assez détendue) du film, notamment dans la mise en contexte de sa production, de son tournage et de son importance historique.

- sur le disque 2, consacré aux suppléments, on retrouve :

26 minutes 30 d'un diaporama (images + texte) évoquant les séquences perdues du film.

un petit module de 4 minutes évoquant La Vallée de la mort, et un diaporama "backstage" de 3 min 30.

un documentaire de 51 min 10', produit par Bach Films et Esperanza en 2008, consacré à la personnalité et à la carrière d'Erich von Stroheim.

 

un documentaire de 26 min (réalisé en 2000, d'où le générique un peu daté...), réalisé par L. Preyale dans le cadre d'une série "couples et duos de légendes", évoquant la relation entre Erich von Stroheim et Carl Laemmle, émigré allemand fondateur d'Universal Studios.

Evoquons enfin les 5 lobby cards collector figurant à l'intérieur du coffret.

Par Antoine Royer - le 12 novembre 2013