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Test dvd

Le Temps des gitans

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 6 / 6 / 2007

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Cette édition, sortie en 2007, figurait à l'époque parmi les musts qualitatifs de l'édition DVD, quand bien même la source utilisée n'était pas haute définition. Evidemment, à la vitesse où les standards d'édition numérique changent, les inconditionnels de la HD relèveront forcément des insuffisances ou des imperfections - notamment dans les premières minutes - mais, en toute honnêteté, on serait prêt à lâcher un bras pour que tous les DVD du commerce aient cette tenue : compression exemplaire, belle stabilité, noirs denses, piqué fin, c'est un quasi sans-faute, et dans l'attente d'un éventuel (mais non encore annoncé) Blu-ray, il s'agit probablement encore et pour longtemps de l'édition de référence pour apprécier le film.

Son

Là aussi, les compliments peuvent fleurir : à défaut de pouvoir disposer de davantage, le Dolby Surround 2.0 (encodé à 448 kb/s) fait le boulot, et si on déplore parfois le manque de profondeur, les envolées de l'Ederlezi viennent immédiatement témoigner du dynamisme et du bel équilibre d'ensemble : la principale gageure était probablement là, dans cette omniprésence de la musique qui jamais ne recouvre les dialogues mais se marie admirablement avec eux. En comparaison, les deux versions mono (VO et VF) manquent cruellement de relief, et présentent qui plus est davantage de souffle.

Suppléments

Sur l'édition simple ne figure qu'une bande-annonce (reprise sur le premier disque de l'édition collector). Les suppléments de l'édition collector sont autrement plus copieux, et justifient - ne serait-ce que par la quantité - un deuxième disque.

Un premier module d'une quinzaine de minutes, intitulé Autour du Temps des Gitans, retrace le contexte de  production du film, en l'intégrant au sein de la filmographie du cinéaste ; il s'agit d'un petit documentaire historique, illustré d'images issues du tournage ou d'extraits de film, comme Carlotta sait si bien les proposer.

Plusieurs suppléments s'attardent ensuite plus spécifiquement sur la personnalité d'Emir Kusturica : que ce soit à travers un entretien réalisé en 2007 (Le rêve gitan, 21 minutes), des images d'archives le montrant, dans une jeep, sur le tournage même du film (Kusturica tourne Le Temps des Gitans, 6 minutes) ou un Témoignage d'amitié (15 minutes) signé Serge Regourd, professeur de droit public à l'Université de Toulouse et ami du cinéaste, ils aident à définir les contours de la personnalité et des obsessions d'un type assez mystérieux. Pour rappel, Serge Regourd avait publié un texte dans Le Monde du 9 juin 1995, une semaine après l'article incendiaire d'Alain Finkelkraut sur Underground, pour essayer de recentrer le débat autour du film et désamorcer l'effarante polémique ; il témoigne ici d'une constante fidélité à la fois à la personne et au cinéaste, insistant notamment (volontairement ou pas ?) sur la dualité propre au personnage, sur ses multiples facettes en apparence contradictoires (la cérébralité et la spontanéité ; la désinvolture et le perfectionnisme ; l'humilité et la mégalomanie...).

Sur le dernier point, un autre supplément, plus anecdotique, laisse toutefois assez stupéfait : Kustuland offre en effet une visite de 5 minutes du village de Küstendorf (à la fois "village sur la côte" et "village de Kustu", chacun étant libre de se fixer sur une des deux options sachant que le village en question est situé dans les montagnes balkanes, à plusieurs centaines de kilomètres de la mer) : construit à l'origine pour servir de décor à La Vie est un miracle, le village prendra finalement vie, s'agrandissant d'une salle de cinéma (l'Underground, où ne passent que les films d'Emir), d'une église orthodoxe (dont la conservatrice est Maja Kusturica, l'épouse d'Emir), d'une gare (utilisant les kilomètres de voies ferrées construites pour La Vie est un miracle) ou d'une école de cinéma...

Les autres suppléments sont, eux, davantage centrés sur Le Temps des Gitans, et représentent chacun un complément judicieux : L'Errance et le rêve (14 minutes), sur un texte un peu ampoulé de Jean-Max Méjean, s'attarde sur une étude, plutôt convaincante dans l'ensemble, des symboles apparaissant dans le film, et, en conséquent, des thématiques développées par Emir Kusturica. Plus spécifique, La Musique comme art de vivre est un entretien instructif d'une vingtaine de minutes avec l'ethnologue Dimitri Galitzine, qui s'attarde sur l'importance de la musique dans la culture gitane, et sur la manière dont celle-ci habite le film. Il s'agit d'un angle d'approche somme toute assez original, qui enrichit l'interprétation du film d'une dimension sensible qui lui convient assez bien. Il va sans dire que tous ces modules sont produits par Allerton Films avec la qualité et le soin habituels.

Enfin, le DVD propose la fin alternative qui figurait dans la version télévisée du Temps des Gitans, diffusée sur la télévision yougoslave, et qui fait suite au dernier plan, figé, de la version cinéma : on y voit l'oncle gagner la petite chapelle à l'arrière-plan pour prier un Christ chancelant d'accorder sa bienveillance au petit Perhan, qui n'a déjà que trop souffert. A la fin de sa prière, la croix se décroche et bascule...

Par Antoine Royer - le 9 avril 2012

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