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Test dvd

Le Port de la drogue

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 16 / 6 / 2004

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Commençons sans plus attendre par dire que la qualité du DVD est égale à celle du film ! Carlotta est le petit éditeur qui monte, qui monte…et qui est en train de devenir synonyme de fiabilité en terme de qualité technique et en matière de suppléments et de design. Bref, après la collection regroupant 3 comédies américaines, l’éditeur continue sur sa lancée de la recherche de l’excellence.
La copie dont nous disposons se révèle d’une très grande propreté. Hormis quelques artefacts (mais il faut vraiment les chercher), une compression sommairement visible sur les très gros plans et quelques autres où ça fourmille légèrement (13’), c’est la perfection attendue par tous les cinéphiles. Ah, si seulement tous les classiques pouvaient être traités de cette manière ! Attention, les flous que nous trouvons à quelques reprises au cours du film sont intentionnels et voulus par Samuel Fuller ; ils n’ont rien à voir avec une quelconque défaillance technique du DVD.

Son

La piste anglaise est époustouflante de netteté et de clarté : le thème entêtant de Leigh Harline peut s’y épanouir à loisir. La piste française en revanche est pratiquement inaudible : crachouillante, grésillante, criarde, grinçante et complètement saturée. Mais il faut savoir que Carlotta nous offre ici l’opportunité de voir (ou plutôt d’entendre) une rareté que l’on croyait perdue. La médiocrité de la VF est donc excusable et, si historiquement la version française est importante pour toutes les raisons expliquées plus haut, elle était de toute façon minable, le doublage étant parfaitement hideux

Suppléments

Question design, c’est splendide : les menus sont très recherchés et présentés soit sur fond d’extraits du film dans des bouts de pellicule, soit sur fond de dialogues, le tout enrobé dans le fameux thème "asiatisant" de Leigh Harline.

Quant aux suppléments, l’éditeur ne faillit pas à sa réputation. Ils représentent une durée totale d'à peine une heure mais pourquoi faire plus long quand, en 5 bonus, une somme aussi riche et passionnante d’informations et d’analyses nous est offerte. Pour notre plus grand bonheur, la qualité prime donc encore une fois sur la quantité dans ces 5 documentaires réalisés pour 4 d’entre eux par la société Allerton : 4 documents courts, riches et complémentaires, tous superbement montés, organisés et réalisés avec pour chacun, uniquement des extraits du film analysés sous forme parfois de "split-screen".

Préface d’Arthur Penn (5’52)
Le grand réalisateur parle de ce qui le rapproche de Samuel Fuller, leurs expériences personnelles de la Seconde Guerre Mondiale qui leur a fait faire du cinéma dans l’urgence, ayant appris sur le front à ne pas perdre de temps et aller à l’essentiel. Si sa vision de Pickup on South Street paraît assez lointaine et parfois faussée, Arthur Penn parle avec passion de la rigueur du réalisateur, de sa manière d’aller droit au but sans fioritures. Toujours agréable d’entendre un grand cinéaste parler d’un de ses confrères avec un aussi profond respect.

Du microfilm à la poudre blanche (8’12)
Ou comment la version française a transformé un brûlot "anti-rouge" en histoire de drogue… On nous décrit, en long en large et en travers, l’histoire de cette fameuse mais rarissime version française dont je vous ai déjà beaucoup parlé à l’intérieur de ma chronique. Dommage que la voix de Fabien Ricour soit aussi monocorde. Nous apprenant que la version française était quasiment invisible, nous pouvons une nouvelle fois applaudir l’éditeur de nous l’avoir proposée.

Le film noir selon Fuller (22’27)
Voici le morceau de bravoure du DVD, un monologue de François Guérif, historien du cinéma et spécialiste de la série noire, auteur d’un fameux livre sur le genre, la bible des amateurs. Avec sa passion et son érudition sur le sujet, il fallait s’attendre à être accroché à ses lèvres et c’est ce qui se produit. Revenant d’abord sur la définition du film noir, il se penche ensuite sur le contexte du tournage du film et nous fait un bref topo sur Fuller et le film noir. C’est seulement après qu’il nous parle pendant quasiment un quart d’heure de Pickup on South Street en le détaillant assez profondément mais toujours avec une clarté digne d’un grand pédagogue. Guérif connaît parfaitement son sujet et nous en parle en se mettant au niveau du plus grand nombre sans l’intellectualiser. Mais le cinéma de Fuller n’a pas à être intellectualisé, c’est du cinéma brut de décoffrage. Passionnant !!!

Derrière l’objectif : Le style Fuller (16’)
Et voici que c’est au tour de Hervé De Luze, chef monteur de Roman Polanski, Alain Resnais, Claude Berri, de nous parler de Pickup on South Street mais cette fois côté purement technique même si il ne peut parfois pas s’empêcher de nous parler de son propre ressenti émotionnel à de nombreuses reprises (il compare aussi ce film "glauque et humain" aux romans de David Goodis et William Irish), ce qui nous rend ce document moins froid et didactique qu’il l’aurait été sans ça. Malgré qu’il n’ait pas l’air d’avoir revu le film récemment (il nous dit que la musique est quasiment absente du film !!!), il se révèle lui aussi passionnant mais partant un peu dans tous les sens à la fois. Son intervention est moins construite que celle de Guérif mais pas loin d’être aussi riche en informations.

Cinéma cinémas : Fuller (10’)
Extrait de l'émission mythique (à l’époque où la télévision publique savait encore produire des émissions de qualité sur le sujet) dans lequel le cinéaste commente à la Moviola le début du film devant sa table de montage… Ce document est plus intéressant par le fait de voir et d’entendre Fuller et son bagout (le cinéaste n’ayant pas sa langue dans sa poche) que pour ce qu’il nous apprend comme anecdotes : il s’étend bien trop longtemps sur de petits détails parfois insignifiants mais il faut dire, à sa décharge, que son temps devait être compté. Il nous apprend entre autre que toutes les scènes montrant New York ont été filmées à…Los Angeles, que la scène du métro a, contrairement à ce que tout le monde croyait, été filmée elle, entièrement en studio, qu’il adorait les pickpockets et en conclusion nous parle de sa relation avec la caméra : "j’écris avec la caméra, la caméra doit avoir un rythme musical"…

Bande annonce originale
Pour finir, la traditionnelle bande annonce mais ici complètement abîmée, sans aucune définition ni contraste : on peut alors juger du travail formidable effectué par l’éditeur concernant la restauration de ce chef-d’œuvre.

Nous aimerions plus souvent avoir à chroniquer des DVD de cette qualité : Bravo et encore merci Carlotta. Puissiez vous récupérer un maximum de chefs-d’œuvre du 7ème art !

Par Erick Maurel - le 26 mai 2004