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Test dvd

Le Jardin des délices

DVD - Région 2
La Vie est belle
Parution : 17 / 11 / 2010

Image

Passées les premières images affreuses sur des images de Metropolis (« Silvano Agosti presenta »), on est d’emblée saisi par la splendeur du noir et blanc contrasté concocté par Aldo Scavarda, chef opérateur d’Antonioni sur L’Avventura, et admirablement restitué par cette édition : la copie est propre, d’une belle définition, et si le temps a œuvré à une inévitable usure, celle-ci ne s’exprime que par des défauts ponctuels (griffures, tâches, légers crépitements) qui n’affectent jamais le visionnage.

Son

Avec son dispositif scénique confiné, le film compose une atmosphère de réclusion à laquelle l’atmosphère sonore participe grandement. Le rendu de la seule piste proposée (version originale avec sous-titres français amovibles) est satisfaisant mais manque peut-être un tout petit peu de relief.

Suppléments

Tout d’abord, il faut jeter un œil au livret d’une trentaine de pages qui accompagne le film, composé en majeure partie d’un long extrait d’un entretien entre Agosti et les auteurs d’un ouvrage qui lui est consacré (« Le cinéma en exil »), Patrizia Masala et Alessandro Macis. La personnalité foisonnante et atypique d’Agosti s’y révèle au travers de réponses inattendues et d’anecdotes insolites, notamment concernant ses rencontres avec Lang, Renoir ou Bergman. Un deuxième extrait du même ouvrage, cette fois un texte écrit par Agosti lui-même, « Pourvu que tu saches que la superficie de la mer n’est pas la mer », vient confirmer sa conception engagée d’un cinéma d’auteur indépendant et marginal.

On retrouve ensuite Agosti sur le disque dans un beau documentaire de Silvia Bardoni et Grégory Robin (environ 45 minutes), Agosti seul avec tous, où le cinéaste exprime librement sa vision de poète anarchiste, même si ses digressions sur l’art et la vie sont d’inégale pertinence.

Enfin, La vie est belle offre une initiative rare mais particulièrement judicieuse compte tenu de la confidentialité du travail d’Agosti, au travers d’extraits de plusieurs de ses autres films (moins léchés esthétiquement mais aussi intrigants), jamais distribués dans les circuits classiques mais projetés « partout ailleurs, dans les cages d’escaliers, dans les salles de bal, même dans les parcs » (dixit le cinéaste). Mentionnons enfin la belle élégance sobre des menus animés, qui confirme l’excellence et le sérieux du travail éditorial de La vie est belle ; à l’instar de ce qu’il avait pu faire, notamment, pour les films d’André Delvaux (L’Homme au crâne rasé ou Rendez-vous à Bray), l’éditeur affirme sur cette réalisation son savoir-faire et son audace : la pierre brute qu’il exhume ici est un petit diamant, et l’écrin qu’il lui a réservé est indéniablement à sa hauteur. Chapeau bas.

Par Antoine Royer - le 2 octobre 2009